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ANCIENS EDITORIAUX
Juillet 2001
En guise d'éditorial, vous trouverez ci-dessous l'interview du
Pr J.D. Dewitte
Impact Médecin Hebdo n°542, 9 juillet
2001
L'homme qui
voulait soigner la mer
Par le Dr Sylvie RIOU
Interview du Professeur J.D. Dewitte, président de la
Société Française de Médecine Maritime
Comment est née la Société française de médecine maritime
(SFMM)?
Tout a commencé de manière fortuite, il y a trois ans, lors
d'une journée d'information consacrée à la santé et à la
mer. Depuis 1998, il existait à Brest un diplôme
universitaire de médecine maritime. Parmi les inscrits
figurent des généralistes installés sur le littoral breton,
et aussi des parisiens, surtout des gens qui aiment la mer.
Après trois ans, le besoin de regroupement de ces anciens
s'est fait ressentir. Parallèlement, la médecine maritime
apparaît comme une discipline balbutiante qui commence tout
juste à se structurer au niveau international. Il existe de
fait une véritable spécificité à la santé du milieu
maritime. L'actuel service de santé des gens de mer, qui
exerce son activité sous la tutelle du ministère des
Transports, ne répond pas à la totalité des particularités
de la profession. Il se contente trop souvent de faire
appliquer les arrêtés d'aptitude à la lettre, sans mener
plus loin la réflexion. Et puis j'ai été sollicité par deux
de mes collègues, les Drs Dominique Jégaden et Joël Cuzon,
tous deux anciens médecins de la marine, nettement plus
maritimes que moi. Sans eux, rien ne serait arrivé!
Quels sont les objectifs de la FFMM?
Ils sont multiples. Si aujourd'hui les navires poubelles,
les marins abandonnés et la pollution font les titres des
journaux, on manque cruellement d'informations sur la santé
du milieu maritime. La SFMM se propose de promouvoir
l'hygiène et la santé de ce secteur comme également les
connaissances médicales, l'enseignement.
Comment vous
définissez-vous et comment allez-vous travailler?
Nous nous situons comme une structure de réflexion qui va
pouvoir agir à la façon d'un révélateur de la problématique
du milieu. Mais nous aimerions aller plus loin que le
catalogue des constats qui sera forcément peu satisfaisant.
Pour l'instant, nous sommes une toute jeune
société mais, avec le temps, il nous faudra agir. Il s'agit
aussi de fédérer tous les professionnels de santé intéressés
par les différents champs de la sécurité, la salubrité, la
médecine tropicale, la médecine du travail ou encore la
médecine sportive. Pour désormais travailler ensemble plutôt
qu'isolément. Ce rôle fédérateur est essentiel. D'ailleurs,
nous préparons pour septembre prochain le premier colloque
"mer et santé".
A qui s'adresse ce colloque et quels en sont les thèmes ?
A tous ceux qui s'intéressent à la mer et aux
relations entre mer et santé. Il concerne bien sûr les
médecins et aussi le grand public. Quatre temps ont été
retenus pour ces deux journées. Tout d'abord celui des
changements climatiques et de ses conséquences en médecine
tropicale, avec les pathologies transmises par les
moustiques, comme la dengue et l'encéphalite japonaise qui
s'étendent. Puis un chapitre sera consacré à la santé
mentale des marins et à la dégradation de leurs conditions
de travail, conséquence de la mondialisation. Un troisième
temps traitera des problèmes de vigilance et des troubles du
sommeil, et enfin nous aborderons celui des cancers
professionnels. Déjà des travaux apparaissent avec des
thèses qui traitent des ichtyosarcotoxismes (contamination
par la chair de poisson) ou encore une étude qui fait état
de la toxicité algale par le biais d'inhalation d'embruns
chargés de neurotoxines provenant de la pullulation d'algues
secondaire à des modifications climatiques.
Les bateaux sont-ils des univers à haut
risque ?
Absolument. Car ils cumulent la lourdeur physique des
tâches, les problèmes de sécurité, l'amiante longtemps
utilisée dans la construction navale, le transport des
toxiques, le bruit. Sans compter la dégradation des
conditions de travail des marins. Isolement et confinement
sont majeurs. De plus, la notion traditionnelle
d'appartenance de l'homme au bateau tend à disparaître et
l'on constate une véritable perte identitaire, source de
souffrance. Aujourd'hui, un tiers des navires fonctionnent
sous régime des pavillons de complaisance. Les équipes sont
réduites et les risques liés aux cargaisons majeurs, comme
dans le cas des navires poubelles. Concrètement, il s'agit
d'esclavage moderne.


Octobre 2001
Séance inaugurale du Colloque « mer et santé »
Brest, le 20
septembre 2001
Professeur J.D.
Dewitte, président de la Société Française de Médecine
Maritime
Monsieur le Médecin
Général Inspecteur, inspecteur du Service de Santé pour
la Marine
Monsieur le Médecin
Général, directeur du service de santé en région
Atlantique, représentant le Préfet Maritime,
Monsieur le Député-Maire
de Brest,
Monsieur le Doyen de la
Faculté de Médecine de Brest,
Chers collègues,
Mesdames et messieurs,
C’est avec beaucoup
d’émotion que j’ouvre aujourd’hui, au titre de Président
de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME, Titre qui
n’est actuellement que provisoire,
ce premier Colloque « MER ET SANTÉ », qui, je l’espère,
ne sera pas le seul, comme tous ceux qui l’ont préparé
le souhaitent également.
BREST nous a semblé
l’endroit idéal pour lancer ce concept encore nouveau en
France de MÉDECINE MARITIME.
BREST est à la pointe de l’Europe,
BREST est une ville qui,
de plus en plus, se tourne vers la Mer,
BREST se devait de savoir
répondre aux préoccupations des marins au commerce, à la
pêche et à la plaisance pour ce qui est de leur santé.
Nous l’avons fait en
introduisant ce que beaucoup appellent aussi la
« Médecine Maritime ».
A côté de IFREMER,
des laboratoires de recherches de l’Institut
Universitaire Européen de la Mer,
de l’existence du DROIT MARITIME,
POURQUOI LA SANTÉ N’AURAIT-ELLE PAS DROIT DE CITER ?
Pourquoi avoir créé ICI
cette « Société Française de Médecine Maritime » ?
Depuis près de 5 ans,
nous avons mis en place, avec l’aide de l’UBO, et en
particulier celle de son Service Universitaire de
Formation Continue, un diplôme de « MÉDECINE MARITIME »
appelé à remplacer le moribond « BREVET DE MÉDECIN DE LA
MARINE MARCHANDE ».
L’idée de 5 personnes, un
peu UTOPIQUES certes pour se lancer dans une pareille
aventure, a trouvé écho auprès de nos instances locales
mais surtout auprès de nos collègues de la Marine
Nationale, qui nous ont toujours prêté une oreille
attentive et des moyens généreux.
Que tous ceux qui nous
ont aidés reçoivent ici, très officiellement, nos
remerciements.
Trois générations de
Médecins de toute la France mais aussi d’OUTRE
MÉDITERRANÉE, se sont déjà succédé dans cette Faculté.
La nouvelle promotion semble être encore riche de
praticiens en provenance d’horizons divers, et cela
témoigne que la graine continue de germer.
C’est dans ce contexte
qu’il nous est apparu comme étant une suite logique,
voire une nécessité, que de fonder la SOCIÉTÉ FRANÇAISE
DE MÉDECINE MARITIME.
Notre ASSOCIATION
s’appuie sur les premiers médecins que nous avons
formés, mais aussi sur tous ceux qui s’intéressent à cet
immense champ de recherche qu’est le domaine de la Mer
et de ses professionnels que sont les marins.
Elle a 4 buts officiels :
·
Promouvoir l'hygiène et la santé dans le milieu
maritime.
·
Promouvoir et développer les connaissances médicales sur
le milieu maritime, l’enseignement et les spécificités
de l'exercice médical en milieu maritime.
·
Réunir les médecins, les chercheurs et tous
professionnels de santé concernés ou intéressés
par la médecine maritime.
·
Développer des relations avec les autres sociétés de
médecine maritime au niveau international.
En effet, d’autres pays
se sont lancés récemment dans cette mouvance :
•
L’Espagne, en 1989, avec la « Spanish Society of
maritime medicine » ;
•
Le Danemark, plus récemment, en l’an 2000, et la
« Danish Maritime Health Association » ;
• Au plan INTERNATIONAL,
s’est même créé en 1997, une fédération :
l’ « International Maritime Health Association », à
laquelle la Société Française a prévu d’adhérer.
Nos préoccupations sont
bien les mêmes que celles qui se font jour dans d’autres
pays à vocation maritime.
Nous sommes heureux que
les fonds baptismaux de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE
MARITIME soient posés à BREST, dans notre RÉGION.
Car c’est bien là où la Mer a déjà payé un lourd tribut
à la pollution, là où les algues vertes viennent
défigurer nos côtes et gâcher les vacances de nos
touristes et les coquillages des bords de nos côtes, là
où les marins abandonnés se sont retrouvés bloqués,
victimes des modifications de l’organisation du travail
et de la mondialisation, là encore où les salariés de la
réparation et de la construction navale découvrent les
méfaits de l’amiante.
Mais là aussi où les
vieux gréements viennent se rassembler pour d’immenses
fêtes, où les navigateurs du monde entier viennent
prendre leur élan pour partir au bout du monde.
Là encore où OCÉANOPOLIS
peut s’enorgueillir de recevoir plusieurs milliers de
visiteurs chaque année.
Tous ces thèmes seront
abordés au cours des deux journées qui vont suivre.
Mesdames, Messieurs, au
nom du Comité d’organisation de ce Colloque, je vous
souhaite des débats passionnants à propos d’exposés
réalisés par des spécialistes du monde maritime,
spécialistes que je remercie, à cette occasion, pour
avoir osé se jeter avec nous dans cette gageure et avoir
accepté de libérer un peu de leur temps pour venir
jusqu’ici nous faire partager leur passion et peut être,
parfois, leur colère ou leur angoisse.
Merci
de votre présence à tous et bon colloque.
Pr J.D. Dewitte, Président de la SFMM

itorial
mai 2003
En revenant la semaine
dernière de Tarragone (7ème Symposium
International de Médecine Maritime) et malgré le temps
maussade qui nous attendait à Brest, j’étais satisfait :
nous avons rencontré là-bas la médecine maritime
internationale. Cette spécificité de la médecine – pour
ne pas parler de spécialité – est donc bien vivante et,
si elle est encore plutôt confidentielle (une centaine
de personnes au congrès), elle s’enrichit chaque jour
des expériences mutuelles.
Nous étions donc trois
membres* de la SFMM à être présents (les seuls
français), et cela nous a permis de côtoyer les grands
noms de la médecine maritime : les Prs Tomaszunas
(Pologne), Nogueroles (Espagne), Moen (Norvège), les Drs
Jaremin, Canals, Verbist, Nikolic et bien d’autres
Néerlandais,
Danois, Britanniques, Américains, Finlandais,
Canadiens… Nous avons pu constater que notre D.U. de
médecine maritime (faculté de médecine de Brest) était
le seul existant avec celui proposé (en anglais) par
l’Institut de Médecine maritime et Tropicale de Gdynia
(Pologne).
Nous avons senti aussi
que le travail de recherche dans ce secteur était
immense et que nous avons bien entendu notre carte à
jouer. Le poster présenté par Ghislaine Tirilly était
d’ailleurs, au point de vue scientifique, un des
meilleurs, sinon le meilleur. Le thème de la
chronobiologie dans le monde maritime a, semble-t-il,
été retenu pour
le prochain symposium international** qui se
déroulera en Croatie en 2005 où nous espérons être plus
présents.
D’ici là, la SFMM
aura, elle aussi, monté son 2ème colloque
« Mer & Santé »*** qui, je l’espère, nous réunira tous
en septembre prochain.
Elle devra aussi
promouvoir des travaux en collaboration étroite avec le
service de santé des gens de mer, se faire mieux
connaître, toucher plus de professionnels et augmenter
les rangs de ses adhérents…
Bon courage à tous.
Dr Dominique Jégaden
Secrétaire général de la SFMM
* Pr Dewitte, Dr
Jégaden et Melle Tirilly
** 8e
International Symposium on Maritime Health – Rijeka –
Croatia, 7 au 14 mai 2005
*** Ifremer- centre
de Brest les 25 et 26 septembre 2003 
itorial
octobre 2003
Ces 25 et 26
septembre 2003, le soleil brillait sur la pointe de
Bretagne et les congressistes du 2ème
colloque « mer & Santé » ont eu le loisir d’admirer
le magnifique point de vue sur la rade et le goulet
de Brest depuis le centre Ifremer, lieu de la
manifestation. Mais le beau temps n’aura pas été
pour nous le seul motif de satisfaction. En effet,
ce colloque aura été le moment de rencontres entre
médecins civils et militaires qui oeuvrent en faveur
des marins au sein d’organismes publics (Marine
Nationale, Affaires Maritimes, Ifremer, Universités)
ou privés (Brittany Ferries). Je tiens
particulièrement à remercier de leur présence le
Docteur Francis Rollot, chef du Service de Santé des
Gens de mer, et le Docteur Michel Pujos, directeur
de Centre de Consultation Médicale Maritime.
La première partie du
colloque, dont le thème était « Les urgences
médicales en mer » aura été animée d’une main de
maître par notre ami le Dr Daniel Carcaillet. La
qualité des intervenants et l’intérêt des
communications auront été salués par tous.
Je me réjouis aussi
du succès de la table ronde « Télémédecine et
pêche », animée par Ghislaine Tirilly, qui
aura aussi été le lieu de débats entre
médecins
(Dr Pujos et Dr Paris) et professionnels de
la mer. Elle aura permis de mettre l’accent sur
l’important besoin de formation et d’entraînement
des marins en matière de séméiologie médicale
adaptée à la télémédecine.
Une autre nouveauté
de notre colloque aura été l’apport scientifique des
chercheurs d’Ifremer en matière de pollution
chimique, bactériologique et phytoplanctonique, et
nous avons à ce sujet mesuré l’importance d’un
travail en commun dans ce domaine.
Enfin, nous
avons eu le grand plaisir d’accueillir parmi nous
deux éminents confrères espagnols. Le Docteur José
Acebes Garcia ,chef du service de consultations
radiomédicales maritimes de L’institut Social de la
Marine de Madrid, nous a ravi par son humour et son
professionnalisme. Madame le Docteur Luisa Canals,
présidente de la Société Espagnole de Médecine
Maritime et récemment élue présidente de
l’International Maritime Health Association a donné
une caution internationale à notre colloque et nous
a encouragé à continuer dans cette voie et à
développer nos relations avec les autres sociétés de
médecine maritime. Qu’elle soit ici remerciée pour
sa gentillesse et son dynamisme.
Si nous pouvons être fiers du
travail déjà accompli par les membres de notre jeune
Société, c’est certainement aussi grâce au travail
assidu de mon prédécesseur, le Professeur
Jean-Dominique Dewitte, qui a su, pendant ses deux
ans et demi de présidence, mettre la SFMM sur de
bons rails. En termes plus marins, la barre a été
fermement tenue. Je le remercie chaleureusement et
j’espère que saurai aussi éviter les embardées.
Docteur Dominique
Jégaden
Président de la Société
Française de Médecine Maritime

Editorial Novembre 2003
Lorsque
paquebot rime avec gastro…
Le mois de novembre 2003
a fait découvrir à l’Europe entière l’existence du
norovirus et ses conséquences maritimes. L’Aurora
, fleuron de l ‘armement britannique P&O, a en effet été
le théâtre d’une TIAC (toxi-infection alimentaire
collective) de grande envergure, touchant presque 600
des 1800 passagers. Outre le désagrément pour les
passagers touchés, l’affaire s’est compliquée d’un
différent diplomatique entre la Grande Bretagne et
l’Espagne (qui a refusé le débarquement des passagers
dans un port espagnol) et se terminera certainement
devant les tribunaux pour demande de dommages et
intérêts.
Pourtant, la maladie est
bien connue depuis plus de 15 ans à bord des navires de
croisière, particulièrement dans la zone des Antilles.
Rien qu’entre le 1er janvier et le 2 décembre
2002, 9 intoxications alimentaires à norovirus ont été
recensées sur des paquebots américains croisant dans les
Caraïbes, sur les 21 rapports de gastro-entérites
établis à bord de 17 navires. Il s’agit là-bas d’une
affection maritime tellement banale que le norovirus est
connu sous le terme de « cruise ship virus »
Le norovirus,
anciennement appelé « Norwalk virus » ou « Norwalk like
virus », a été isolé en 1972 à partir d’échantillons
cliniques prélevés en 1968 lors d’une épidémie de
gastro-entérite dans une école de Norwalk (Ohio, USA).
Ce virus
provoque une maladie relativement typique, caractérisée
par l’apparition soudaine de vomissements et de nausées
avec une diarrhée plus ou moins sévère. Ces signes
gastro-intestinaux peuvent être associés à de la fièvre,
des myalgies et des céphalées. La période d’incubation
varie de 15 à 50 heures et les symptômes durent en
moyenne entre 12 et 60 heures. On retrouve à bord des
navires de croisière tous les ingrédients pour
l’éclosion d’épidémies : le grand nombre de passagers,
leur confinement pendant plusieurs jours en milieu clos,
leur brassage obligatoire favorisent la transmission du
virus qui se fait par la nourriture (et en particulier
les fruits de mer crus*), l’eau, les glaces, la
transmission de personne à personne par les mains et les
aérosols de particules virales.
Bien qu’elle soit
généralement bénigne, chez certaines personnes fragiles
ou immunodéprimées, la maladie peut devenir dangereuse.
Un cas mortel a été rapporté chez un passager américain.
Ceci pose, en passant, le problème de la sécurité
médicale des passagers malades qui embarquent sur ce
type de navire.
Par ailleurs, si un grand
nombre d’hommes d’équipage est touché, la sécurité du
navire pourrait être prise en défaut. Les marins sont
aussi des hommes… et donc des diarrhéiques en
puissance !
En conclusion, si vous
partez en croisière, n’oubliez pas de prendre dans vos
bagages une fiole d’eau de Javel concentrée et une boîte
de Zithromax ® .
Et surtout, lavez vous bien les mains après chaque
rencontre faite sur le pont.
Dr Dominique Jégaden
Président de la SFMM
* Au cours du 2ème
colloque « Mer & Santé », Madame Monique Pommepuy,
chercheur à Ifremer, nous a fait une très intéressante
intervention à propos de la contamination du littoral
par les norovirus.
Editorial janvier 2004
Bonne Année 2004
Temps des vœux , temps des
bilans et des perspectives.
Bilans de l’année
passée : qu’avons-nous fait de cette année 2003 ?
Avons-nous fait progresser le concept de médecine
maritime et la Société Française de Médecine Maritime?
Il nous semble que la réponse est positive sur plusieurs
plans. Cette année a été l’occasion de nous réunir au
cours du colloque « Mer & Santé », manifestation
biennale la plus médiatique de notre société. Les échos
que nous avons eu ont été en effet très satisfaisants et
les actes vont être diffusés largement par les Editions
Ifremer courant 2004.
Cette année a été
également témoin d’un rapprochement de notre Société
avec les autres sociétés de divers pays dans le cadre de
rassemblements chapeautés par l’International Maritime
Health Association (IMHA). Tout d’abord lors du
Symposium de Tarragone en avril 2003, au cours duquel
notre collègue Ghislaine Tirilly, secrétaire générale de
la SFMM,
a
présenté un poster. Puis au cours d’un workshop à
Barcelone organisé par l’IMHA sur le thème de
l’enseignement en médecine maritime. Cette manifestation
nous a permis de tisser des liens très étroits avec
quelques éminents collègues étrangers et de nous faire
reconnaître comme interlocuteurs valables. Le Diplôme
d’Université de Médecine Maritime, proposé par l’UBO,
seul diplôme universitaire de ce type au monde
actuellement, aura vu sa plus grosse promotion débuter
les cours en novembre dernier. Ceci est la preuve de
l’intérêt grandissant en la matière.
Bref, 2003 aura été une
année faste pour la médecine maritime.
2004 promet d’être de la
même veine. En effet, les projets ne manquent pas :
-
préparation d’un workshop de l’IMHA à
Brest pour avril 2004, sur le sujet « collecte et
validation des données en médecine maritime » ;
-
congrès de
dermatologie maritime prévu pour le 9 juillet toujours à
Brest , sous le patronage de la SFMM
-
développement
d’une base de données internationale en médecine
maritime : ce travail, qui a été confié à la SFMM avec
l’UBO, par l’IMHA, a été décidé au cours du workshop de
Barcelone en novembre dernier.
-
Préparation du 8è
Symposium International de Médecine Maritime qui se
déroulera en Croatie en 2005 et où la SFMM se doit de
présenter des communications.
-
Préparation du 3è
colloque « Mer & Santé » qui est prévu aussi en 2005.
Comme vous le voyez, nous
avons besoin de bonnes volontés de la part des membres
de la SFMM pour nous aider dans toutes ces tâches aussi
passionnantes qu’innovantes. N’hésitez pas à nous
contacter si l’une ou l’autre de ces manifestations vous
intéressent.
Vous retrouverez bien
entendu toutes ces infos développées sur notre site.
Le Professeur Jean Dominique Dewitte, président de notre
Société jusqu’en septembre dernier, et qui a toute sa
part dans l’œuvre accomplie, se joint à moi pour vous
souhaiter une Bonne Année 2004.
Président de la SFMM
Editorial Février 2004
Evaluation des risques en milieu
maritime
Le 5
février dernier s’est tenu à Paris une
journée de la Médecine des Gens de Mer
consacrée à l’évaluation des risques en
milieu maritime professionnel à laquelle
un certain nombre d’entre nous ont
participé. Ce sujet est en effet
extrêmement important
compte tenu des implications
réglementaires, techniques et humaines
qu’il comporte et c’est pourquoi il ne
faut pas le prendre à la légère.
Rappelons d’ailleurs que c’est un sujet
qui a été négligé par les employeurs et
par l’état pendant plus de douze ans car
la Directive-cadre européenne 89/391/CEE
qui impose une évaluation des risques
par l’employeur date du 12 juin 1989 et
que, malgré la transcription dans le
droit français de cette directive
européenne par la Loi du 31 décembre
1991, ce n’est que depuis le Décret du 5
novembre 2001 imposant des sanctions que
les choses ont commencé à bouger. Bien
que la Directive-cadre européenne soit
applicable au milieu maritime
professionnel, la complexité et la
spécificité des réglementations
maritimes a permis de maintenir le flou
artistique sur l’obligation ou non
d’appliquer au monde maritime le décret
de novembre 2001. « Armateurs de
France » a d’ailleurs contribué à
retarder le processus en posant la
question l’année dernière de savoir si,
après tout, l’application du code ISM
(International Safety Management
code), obligatoire depuis le 1er
juillet 2002 ne suffisait pas.
La
réponse a été clairement apportée au
cours de la journée du 5 février : les
armateurs doivent bien procéder à une
évaluation des risques telle qu’elle est
décrite dans le décret du 5 novembre
2001 et doivent bien consigner cette
évaluation dans un document dit
« Document unique » suivant les
dispositions de la circulaire DRT du 18
avril 2002.
Confronté
à cette évaluation des risques dans les
entreprises terrestres, je sais qu’il
s’agit d’un problème ardu, qui a généré
une grande cacophonie dans son
application : quelle finalité ? quelle
méthode utiliser ? comment rédiger le
fameux document unique ? De multiples
descriptions ont vu le jour en même
temps que nombre de cabinets qui
n’avaient de « conseils » que le nom.
Le champ
de dangers du milieu maritime est tel
qu’il est hors de question de se tromper
ou de se disperser quant à la
méthodologie à appliquer en matière
d’évaluation des risques. J’ai été
satisfait de constater que l’Institut
Maritime de Prévention proposait une
méthodologie cohérente avec des
définitions terminologiques validées
(notion de danger, de dommage,
d’accident, de risque…), conforme à la
méthodologie préconisée par l’INRS :
analyse des dangers, description des
dommages, évaluation des risques selon
la gravité et l’occurrence,
qualification du risque en risque
acceptable, modifiable ou inacceptable.
Cette
méthodologie est tirée en réalité de
travaux antérieurs très poussés sur ce
sujet et initiés par le Commissariat à
l’Energie Atomique pour les centrales
nucléaires. La méthode originale
s’appelle méthode MOSAR ou Méthode
Organisée et Systémique d’Analyse des
Risques. En l’étudiant de plus près,
cette méthode s’applique
particulièrement bien aux navires.
Mais ce
que l’on peut regretter, autant dans la
méthode préconisée par l’INRS que dans
celle – similaire - mise au point par
l’IMP, c’est de n’avoir pas perçu
l’essence dynamique de la méthode MOSAR.
Cette méthode s’appuie sur une théorie
qui met en scène la notion de « flux de
danger ». Sans entrer dans les détails,
la méthode se base sur l’élaboration de
scénarii d’accidents, mettant en
jeux et associant des éléments
initiateurs (par exemple la houle) à un
ou à des éléments initiaux (les sources
de danger) qui, associés entre eux dans
une vision dynamique (le flux de danger)
vont provoquer des « événements non
souhaités » sur des cibles à l’origine
d’effets supposés.
Une deuxième notion fondamentale
de la méthode MOSAR est l’étude des
phénomènes en cascade. La modélisation
initiale du système (le navire en
l’occurrence) en sous-systèmes
fonctionnels (passerelle, machines,
pont…) permet en effet, toujours dans
une notion dynamique, d’étudier les
répercussions supposées (nous sommes, ne
l’oublions pas, dans une étude a priori
des risques) d’un scénario d’accident
d’un sous-système sur les autres
sous-systèmes, susceptibles d’être à
l’origine eux-même de nouveaux scénarii
d’accidents.
La Société
Française de Médecine Maritime, lieu de
débats scientifiques sur tous les
aspects de la médecine maritime, est,
par là-même, un forum de discussions
positives avec tous les acteurs
impliqués pour faire avancer les idées.
Je vous invite donc à étudier plus
précisément les partitions de la méthode
MOSAR pour y faire entendre dans le
milieu maritime une musique harmonieuse
et sans fausses notes.
Dominique
Jégaden
Président de la
SFMM
Editorial Mars 2004
Bonne nouvelle
La
France vient de ratifier un certain
nombre de conventions de
l’organisation Internationale du
Travail (OIT). Parmi ces
conventions, la C164 sur la
protection de la santé et les soins
médicaux (gens de mer)) intéresse
directement la médecine maritime.
Cette convention a été proposée le
8/10/1987 et l’on peut se demander
pourquoi la France a attendu février
2004 pour la ratifier. La réponse
était que ce n’était pas nécessaire
parce que le marin français
bénéficiait d’une organisation
sanitaire supérieure à ce qui est
préconisé dans la C164. Ceci est
vrai en général. Mais à y regarder
de plus près quelques remarques
peuvent être élaborées si l’on veut
suivre à la lettre ces
recommandations.
Au sujet de
la consultation médicale maritime,
premier exemple, l’article 7 de la
Convention stipule que « l’autorité
compétente doit assurer, au
moyen d’arrangements préalables, que
des consultations médicales par
radio ou par satellite, y compris
des conseils de spécialistes, soient
possibles pour les navires en mer à
toute heure du jour ou de la nuit ».
Suite à notre dernier colloque « Mer
& Santé », le Docteur Michel Pujos,
directeur-adjoint du CCMM (centre de
consultations médicales maritimes)
de Toulouse, déclarait dans un
article paru dans la revue « Le
Marin » (10 octobre 2003) « le CCMM
est confronté à de grandes
difficultés. Alors que les hôpitaux
et tout particulièrement les
services d’urgence sont eux-mêmes en
crise, il apparaît de manière plus
flagrante et injustifiée le fait que
les hôpitaux de Toulouse ne
reçoivent aucun financement
spécifique autre que leur propre
budget pour le fonctionnement du
CCMM. ». La convention C164 indique
clairement que le fonctionnement des
CCMM est du ressort des Etats. Le 5
février dernier, lors des journées
de médecine des Gens de Mer à Paris,
le Directeur-Adjoint des Gens de Mer
a, ai-je compris,
fait des propositions dans ce
sens…
Par
contre, le point 5 du même article 7
stipule que « l’autorité compétente
doit s’assurer que les médecins
donnant des conseils médicaux dans
le cadre du présent article
reçoivent une formation appropriée
et sont informés des conditions
existant à bord des navires ». Si on
veut être logique jusqu’au bout,
tous les médecins intervenant au
CCMM de Toulouse devraient être,
complémentairement à leur spécialité
d'urgentistes, titulaires du D.U. de
médecine maritime, seule formation
validante en la matière. La
reconnaissance du DUMM a aussi été
soulignée par le directeur-adjoint
des Gens de mer ce même 5 février.
L’article 8
de la Convention indique que « tout
navire qui embarque cent marins ou
davantage et effectue normalement
des voyages internationaux de plus
de trois jours doit avoir
parmi
les membres de l’équipage un
médecin chargé de soins médicaux ».
Je joue peut-être sur les mots,
mais, à mon sens, cet article pose
le problème du statut du médecin
embarqué. En effet, jusqu’à présent,
le médecin embarqué, le plus souvent
de manière temporaire, était
considéré, selon le décret 84-810
(révisé en 1996, sur la sauvegarde
de la vie humaine en mer), comme
« autre personne que l’équipage
employée ou occupée à bord à titre
professionnel ou moyennant
rétribution en quelque qualité que
ce soit pour les besoins du
navire ». Or, à lire la C164, le
médecin fait partie de l’équipage.
Devra-t-il être inscrit maritime et
cotiser à l’ENIM ?
Il
est très intéressant enfin de se
pencher sur l’important article 13
de la Convention qui indique aux
états signataires qu’ils doivent
développer des recherches sur
la santé des gens de mer, former à
la médecine maritime, organiser des
échanges internationaux
d’informations techniques et de
matériel pédagogique et de personnel
enseignant ainsi que des cours de
formation, des séminaires et des
groupes de travail internationaux …
Je perçois là-dedans deux intérêts
majeurs. D’une part une
reconnaissance internationale de la
médecine maritime comme une entité
spécifique (mais j’en étais déjà
persuadé). D’autre part le bien
fondé de la Société Française de
Médecine Maritime qui , justement, a
été créée pour promouvoir les
études, la formation et les échanges
internationaux en médecine maritime.
La
ratification de la Convention C 164
ne doit pas être prise comme une
simple formalité, elle est bien le
départ d’un nouvel élan auquel la
SFMM doit être en première ligne.
Dr Dominique
Jégaden
Président de la
SFMM
N.B.
Convention C 164
( texte mis sur le site avec l'aimable
autorisation de l'OIT )

Editorial Avril
2004
Attentats
Le
soir de l’attentat de Madrid, j’ai
adressé un message d’amitié, au nom
de la SFMM, à nos amis espagnols,
Luisa Canals, présidente de la
Société Espagnole de Médecine
Maritime et Pedro Nogueroles,
professeur à l’Université de Cadix.
Ce
fléau des attentats a déjà sévi dans
le milieu maritime. Souvenons-nous
de la prise d’otages à bord du
paquebot
Achile Lauro
, en
1985,
au cours de laquelle un
otage avait été exécuté. Plus
récemment, en 2002,
le pétrolier français
Limburg a été touché. Dans
l’avenir, on peut penser que,
malheureusement, le transport
maritime risque d’être pris pour
cible privilégiée. Le champ est en
effet vaste : prise en otage de
paquebot avec toutes les
conséquences humaines que cela
implique, explosion de pétrolier
plein dans un port, détournement de
navire, etc. L’imagination des
terroristes est diaboliquement sans
limites.
L’objectif maritime est majeur : le
commerce maritime représente 80% des
échanges mondiaux (60% en ce qui
concerne l’Union Européenne). Ce
trafic emploie 1,2 millions de
marins embarqués à bord de 46000
navires. Si l’on touche le commerce
maritime, on touche l’économie
mondiale. L’explosion d’un ferrie ou
d’un paquebot rempli de touristes
serait d’un coût humain aussi grave
que l’attentat du 11 septembre. Les
conséquences pourraient être encore
plus importantes avec
d’après le commissaire
européen Frits Bolkenstein : "
fermeture des frontières, navires
empêchés d’accoster dans les ports,
désorganisation totale du système
d’approvisionnement, énormes
conséquences pour l’économie
mondiale". Selon le chercheur
Michael Richardson, « il existe des
preuves sérieuses que des menaces
pèsent contre le commerce maritime
et ses connexions terrestres, y
compris les ports et les villes
adjacentes ».
Pour
lutter contre ce danger,
l’organisation Maritime
Internationale (OMI) a ratifié en
décembre 2002 toutes les
propositions estimées à améliorer la
sûreté des navires et des ports. Ces
mesures comportent :
-
l’obligation d’emport d’un
instrument d’identification des
navires (Automatic Identification
System / AIS)
-
l’établissement d’un plan de sûreté
du navire.
-
La
mise en place d’une alarme de sûreté
à bord
-
La
tenue de registres des activités
relatives à la sûreté
-
La
désignation d’un officier de sûreté
et des formations spécifiques pour
cet officier et l’équipage
-
L’identification du navire par
marquage sur la coque
-
L’instauration d’un certificat de
sûreté et de déclarations de sûreté
-
La
mise en place d’équipements
d’éclairage extérieur quand le
navire est à quai ou au mouillage.
Des
mesures portuaires sont prévues
parallèlement.
Tout
cela est bien, mais n’est-ce pas là
des mesures somme toute assez
dérisoires vis-à-vis de malfaisants
qui réussissent à s’insérer dans les
populations et par là, de passer
inaperçus ? De nouvelles paperasses
et de nouveaux registres seront-ils
efficaces ? Ils pourraient
l’être tout au moins en
partie dans la mesure où ils
impulsent un état d’esprit de
vigilance. Ils seront totalement
inefficaces s’ils sont pris pour des
papiers obligatoires de plus à
remplir par les officiers de bord,
comme déjà certains prennent les
documents rendus obligatoires par le
code ISM (International Safety
Managment). Et que dire de
l’évaluation des risques avec le
document unique !!!
Et les
médecins dans tout cela ? Et bien !
il faut d’abord qu’ils soient au
courant de ces risques et de
l’évolution de la réglementation. Il
faut ensuite qu’ils restent
attentifs en toutes circonstances.
Dr
Dominique Jégaden
Président de
la SFMM

Editorial Mai
2004
Europe : + 10
Europe maritime : +6
Bienvenue aux nouveaux Pays
entrant dans l’Union
Européenne. Parmi ceux-ci,
six attireront
particulièrement notre
attention car ce sont des
pays éminemment maritimes :
les Pays Baltes (Lituanie,
Lettonie, Estonie), la
Pologne, Malte et Chypre.
Ces nations concernent très
fortement la médecine
maritime. En effet, la
Pologne, notamment par
l’Université de Gdynia,
occupe une place éminente en
médecine maritime.
L’Institut de Médecine
Maritime et Tropicale de
Gdynia (Institute of
Maritime and Tropical
Medicine in Gdynia), dirigé
par le Professeur Tomaszunas,
travaille beaucoup sur les
sujets qui nous intéressent
et publie une revue ,
International Maritime
Health, seule revue de
médecine maritime indexée
dans Medline. Au passage,
nous sommes, nous français,
dramatiquement absents dans
ces publications. Le
Professeur Tomaszunas est
aussi l’instigateur de cours
de médecine maritime à
l’attention des pays en voie
de développement (Intercountry
Training Course on Maritime
Occupation Health). C’est
dire la compétence
incontournable que ce pays
va apporter dans notre
spécialité.
Les Pays Baltes aussi sont
très impliqués dans la
Médecine Maritime. Le Dr
Ulle Lahe, de Tallinn
(Estonie), a été élue membre
du Conseil d’Administration
de l’IMHA (International
Maritime Health Association)
au cours du Symposium
International de Tarragone
en 2003. Le Dr Andra Ergle,
de Riga (Lettonie), prépare
un séminaire sur les
problèmes psychologiques
chez les marins
en fin de ce mois à
Riga. Le dynamisme est donc
d’actualité dans cette
région d’Europe où la
médecine maritime est une
entité médicale indiscutée
que ce soit en Finlande,
Suède, Norvège, Danemark et,
bien entendu Allemagne.
Les deux derniers Pays à
rejoindre l’Union posent
évidemment un problème
différent en matière
maritime. Ici, pas de
médecine maritime à notre
connaissance, mais des
pavillons de complaisance…
Beaucoup de travail donc à
entreprendre dans le sens
d’une meilleure prise en
charge des marins de ces
pavillons, en particulier en
matière de santé.
C’est pourquoi je ne peux
que rebondir sur le projet
européen de « formation
post-universitaire en
médecine maritime dans
l’Europe des 25 » que nous
venons de lancer et dans
lequel la SFMM , aux côtés
de l’UBO (Université de
Bretagne Occidentale), a une
place de partenaire à part
entière. Ce projet a été
lancé au cours du dernier
workshop de l’IMHA à
Barcelone en novembre 2003.
Il regroupe les partenaires
suivants : l’EMA (European
Medical Association) qui
vient de déposer au 1er
avril 2004 le dossier de ce
projet auprès de la
Commission Européenne,
l’IMHA qui est
co-responsable scientifique
du projet avec l’UBO, des
universités de Tarragone, d’Ejsberg
(Danemark-sud), de Gdynia
(Pologne), de Rijeka
(Croatie-Pays entrant en
2007 dans l’UE), et enfin
des Sociétés scientifiques
de médecine maritime
(SEMM-société espagnole,
SFMM – notre société, et la
Société Allemande de
médecine maritime). Ce
projet a pour mission de
déterminer les compétences
professionnelles communes
nécessaires aux médecins
concernés et de mettre en
place une base de données
européenne en matière de
médecine maritime. Nous
avons pensé que notre
Société devait fortement
s’impliquer dans cette
aventure passionnante tant
sur le fond que sur la forme
. Rien ne remplace en effet
les relations humaines
tissées lors de ces projets
communs et nous pouvons
d’ores et déjà être fiers du
chemin parcouru à ce sujet
par la SFMM depuis sa
récente création. Le
prochain workshop de l’IMHA
se fera d’ailleurs à Brest,
les 2 et 3 juillet, et aura
pour thème, toujours dans un
souci de préparation de la
base de données , « collecte
et validation des données en
médecine maritime ». Le
programme de cette
manifestation vient d’être
mis en ligne sur notre site
mersante.com, même si tout
n’est pas encore entièrement
finalisé.
J’espère que chaque membre
de la Société Française de
Médecine Maritime se sentira
concerné par tous ces
événements et lui apportera
son soutien.
Nous
sommes heureux de ne pas
avoir raté l’appareillage et
d’être montés à temps à bord
du navire européen .
Dr Dominique
Jégaden
Président de la SFMM

Editorial
Juin 2004
Histoire d’aptitude
J’ai retrouvé récemment un
article paru dans la revue
« Le Marin » il y a un peu
plus de quinze ans ,
relatant le naufrage d’un
petit caseyeur malouin qui
avait fait quatre morts et
un rescapé. Ce dernier, un
colosse, était à bord en
tant que passager. Il
n’était pas inscrit
maritime. Il racontait en
détail dans l’article les
circonstances du naufrage,
expliquant qu’il avait donné
des conseils aux autres
marins alors qu’ils avaient
tous été précipités à l’eau.
Ces conseils longuement
décrits dans l’interview
avaient probablement
accéléré l’hypothermie et la
noyade de ces pauvres marins
car ils étaient du genre
« enlevez vos bottes, car
elles vont vous faire
couler » ou « bougez, nagez
pour vous réchauffer ».
Le colosse avait d’ailleurs
vu ses collègues disparaître
les uns après les autres. Il
avait réussi à regagner la
côte – rare exploit – épuisé
mais vivant.
Ce que la revue ne racontait
pas , je vais vous le dire
maintenant .
Le lendemain de ce naufrage,
étant médecin des gens de
mer du quartier, je reçois
un coup de fil de mon chef
parisien qui me dit ceci :
« Un marin de St Malo,
propriétaire d’un bateau de
pêche, a écrit au Président
de la République pour se
plaindre du fait que vous
l’avez déclaré inapte à être
patron de son bateau ». Lui
ayant demandé le nom du
bateau en question, je lui
réponds : « Vous pouvez dire
au Président de la
République que ce
propriétaire a coulé hier
avec son bateau et s’est
noyé avec
trois de ses
matelots ».
Il s’agissait d’un marin qui
avait acheté un navire
sachant pertinemment qu’il
était inapte à le commander,
ne répondant pas aux normes
visuelles réglementaires,
avec et sans lunettes. Il
devait donc appointer dans
son équipage un marin dûment
désigné comme patron, avec
le brevet et l’aptitude
médicale, alors que lui-même
était embarqué sur son
propre bateau comme simple
matelot.
Ce jour-là – celui du
naufrage – le patron
officiel, qui je crois m’en
souvenir tirait un peu sur
la bouteille, était en arrêt
de maladie, ce qui n’avait
pas empêché ledit
propriétaire malvoyant de
prendre la mer…
Quelques années auparavant,
un cas semblable de marin
propriétaire de navire sans
avoir l’aptitude physique à
commander pour un problème
de vision avait été à
l’origine d’une grève de la
faim dans le quartier du
Guilvinec. Le
matelot-armateur avait fait
tellement de bruit qu’il
avait réussi à faire
rediscuter les normes
d’aptitude visuelle. Les
argumentaires avaient
parfois frisé le ridicule,
certains professionnels
estimant qu’il suffisait
d’avoir une acuité visuelle
permettant de retrouver ses
lunettes, tombées par terre,
à quatre pattes dans la
passerelle, arguant du fait
qu’on pouvait, avec les
moyens modernes de
positionnement, entrer « aux
instruments » dans un port !
Heureusement que les
responsables de la
profession et que les
autorités médicales de
l’époque n’avaient pas suivi
ces propositions
déraisonnables et avaient
gardé, tout en les
assouplissant un peu, un
niveau d’acuité compatible
avec la sécurité la plus
élémentaire.
Lorsqu’on voit encore
aujourd’hui le nombre de
collisions entre navires,
n’oublions pas que ces
moyens modernes ne sont que
des aides à la navigation et
n’exonèrent ni du bon sens
marin ni d’une aptitude
physique satisfaisante.
Dr Dominique Jégaden
Président de la SFMM

Editorial
Septembre 2004
1954 – 2004
J’ai eu l’honneur d’être
invité au premier
Symposium national
vietnamien de Médecine
Maritime qui a eu lieu
les 21 et 22 août
derniers à Haiphong. A
l’occasion de cet
événement , l’IMHA et la
SFMM ont parrainé la
création de la Société
Vietnamienne de Médecine
Maritime. Il faut dire
que j’ai été très
chaleureusement reçu par
le professeur Nguyen
Truong Son, directeur de
l’Institut National
Vietnamien de Médecine
Maritime et par son
adjoint, le Professeur
Phan Van Thuc, que nous
avions eu le plaisir
d’accueillir à Brest en
juillet lors du workshop
que nous avons organisé.
Il y a juste 50 ans, la
présence française
en Indochine se
terminait avec la
bataille de Dien Bien
Phu. On ne peut
s’empêcher de se
demander s’il reste
quelque chose de cette
présence ou si le régime
de Ho Chi Minh,
omniprésent encore
aujourd’hui, a tout
balayé. L’époque
coloniale française fait
certainement partie de
l’Histoire ancienne pour
les jeunes Vietnamiens,
la langue française
n’ayant pas globalement
survécu aux départ des
Français. Mais j’ai pu
constater qu’un certain
nombre de jeunes
médecins et étudiants en
médecine de Haiphong ont
choisi d’apprendre le
français au lieu de
l’anglais et qu’ils
s’expriment très bien
dans notre langue. Ceci
est de bonne augure pour
l’avenir de notre
coopération. Les noms de
Pasteur, Calmette et
Yersin leur sont aussi
familiers. C’est
l’occasion ici de
rappeler que Calmette,
médecin de marine, a été
à l’origine de la
création du premier
Institut Pasteur à
Saigon (il en existe
toujours trois
en activité
aujourd’hui) et que
Yersin, ancien médecin
de marine et découvreur
du bacille de la peste,
a ouvert la première
école de médecine à
Hanoï pour les
autochtones au début du
siècle. Il est
d’ailleurs enterré au
Vietnam. Devoir de
mémoire…
Nos amis vietnamiens ont
réussi à monter un beau
symposium qui a été
parfaitement réussi.
Bien qu’elles aient été
pour la plupart
présentées en
vietnamien, langue qui
m’est bien entendu
totalement inconnue
(j’avais tout de même un
traducteur à côté de
moi), les communications
m’ont paru d’un bon
niveau. Beaucoup de ces
communications ont été
faites par les jeunes
médecins de l’Institut
de Médecine Maritime, ce
qui témoigne d’un
dynamisme certain que
l’on peut admirer.
L’Institut de Médecine
Maritime voit en visite
d’aptitude l’ensemble
des marins de la marine
marchande mais pas
encore les pêcheurs.
S’il n’est pas très bien
installé actuellement et
plutôt pauvre en
matériel médical, le
projet d’un nouvel
Institut
nous a été
présenté. Mais une de
leurs préoccupations
majeures pour l’heure
est de se doter d’un
caisson de recompression
multiplaces (ils n’ont
que des caissons
monoplaces chinois à
oxygène pur : de vraies
bombes). Des pourparlers
sont en cours pour
essayer de récupérer
l’ancien caisson de
l’hôpital Salvador de
Marseille, si le prix du
reconditionnement n’est
pas trop élevé. Un jeune
médecin de l’Institut va
aussi venir passer un an
chez nous à Brest pour
apprendre à manipuler ce
type de caisson. Une
coopération s’engage
donc.
Les
organisateurs du
symposium avaient prévu
une ballade dans la Baie
d’Along. Malgré la
chaleur étouffante et un
soleil de plomb, la
navigation autour des
îles dans une mer vert
émeraude génère toujours
une fascination exquise.
D. Jégaden
Président
Editorial Octobre 2004
DU de médecine maritime,
nouvelle mouture.
Le programme du diplôme
d’université de médecine
maritime vient d’être
redéfini et augmenté. Il
passe à 220 heures
étalées sur deux années
universitaires.
Dorénavant, pour obtenir
ce DU, il faudra avoir
validé deux certificats
d’université, le
certificat général de
médecine maritime et le
certificat de médecine
d’urgences maritimes.
Depuis deux ans, nous
savions que le temps
imparti était trop court
pour pouvoir adapter le
diplôme aux réalités du
terrain. C’est à
l’occasion de la refonte
du système de secours en
mer avec la création de
SAMU de coordination
d’urgences maritimes (Le
Havre, Brest, La
Rochelle et Toulon) et
l’obligation de former
spécifiquement de
nouveaux médecins que
nous avons saisi cette
opportunité pour revoir
l’ensemble de
l’enseignement. La
collaboration avec
l’Université de
Tarragone, qui met en
ligne un cours de
médecine maritime en
espagnol (mais bientôt
aussi en anglais) nous
incite aussi à réfléchir
sur une harmonisation du
nombre d’heures et des
programmes. Nous avions
lancé un projet européen
l’année dernière à ce
sujet, mais nous avons
appris récemment que ce
projet n’avait pas été
retenu pour 2004. La
partie n’est que remise.
Donc le module 3 de
l’ancien diplôme, qui
traitait des urgences
maritimes s’émancipe et
devient un certificat
qui développera en
théorie et en pratique
l’ensemble des problèmes
posés par ce thème. Ce
certificat sera sous la
responsabilité du Pr C.
Arvieux, du SAMU de
Brest, avec bien entendu
la collaboration du CCMM
de Toulouse, de la
faculté de médecine de
Bordeaux, de la Marine
Nationale et évidemment,
de Daniel Carcaillet.
Le certificat général de
médecine maritime, sous
la responsabilité du Pr
J.D.Dewitte,
regroupera en
trois modules toutes les
autres matières
enseignées dans l’ancien
diplôme : connaissance
du milieu maritime,
pathologies en milieu
maritime et
réglementations. Le
Service de Santé des
Gens de Mer apportera un
concours important à ce
certificat. Nous allons
pouvoir développer un
peu plus les notions
d’océanologie et de
climatologie (avec les
chercheurs d’Ifremer),
qui nous semblent
importantes à connaître
dans le contexte général
de réchauffement de la
planète et ses
conséquences sur le
milieu marin et la santé
humaine.
Nous introduisons aussi
deux autres nouveautés :
des visites de navires
de commerce et de pêche
et des travaux
pratiques. Il y aura des
travaux pratiques de
métrologie d’ambiances
(mesures de bruit par
sonomètre, mesures de
vibrations, d’éclairage
et utilisation de pompes
Draëger pour la
dosimétrie d’exposition
chimique à des toxiques)
et des travaux pratiques
de biologie (TP de
bactériologie avec
apprentissage de
colorations de lames, TP
de parasitologie, TP de
biologie avec
reconnaissance de
poissons et de
coquillages toxiques).
Il est vrai qu’à Brest,
nous avons de quoi
mettre en place toutes
ces modifications, en
relation avec les
chercheurs d’Ifremer, de
l’Institut Universitaire
Européen de la Mer et d’Océanopolis.
Bien sûr, l’effort qui
sera demandé aux
étudiants sera
conséquent, notamment
l’étalement sur deux ans
du cursus, mais, j’en
suis sûr, ils seront
bénéficiaires d’un
enseignement haut de
gamme, certainement
unique au monde
actuellement et d’un
intérêt culturel,
médical et pratique
important.
La
SFMM s’efforcera de
contribuer à la
notoriété de ce diplôme.
Vous trouverez
l’ensemble des
informations sur notre
site.
Dr Dominique Jégaden
Président
Editorial Novembre 2004
Rail
En tant que
médecins
nous
occupant de
marins ou
tout au
moins de
personnes
travaillant
d’une
manière ou
d’une autre
au sein du
milieu
maritime,
nous nous
devons de
connaître le
plus
possible cet
environnement
si
spécifique.
Comment
connaître en
profondeur
le milieu
marin si ce
n’est de le
pratiquer ?
Le moyen le
plus
accessible
me paraît
être la
navigation
de
plaisance.
Pratiquer la
navigation
de
plaisance,
c’est aussi
être
pleinement
marin. C’est
« prendre la
mer », la
même mer que
les
professionnels.
C’est être
en proie aux
mêmes aléas
du temps.
C’est
certainement
voir la mer
de bien plus
près que de
nombreux
marins
professionnels.
Comme
beaucoup
d’autres, je
suis un
plaisancier
averti. Je
connais les
règles
maritimes,
le balisage,
les dangers
de la côte.
J’ai été
formé à la
vieille
école de la
navigation à
l’estime,
lorsque nous
ne
possédions
aucun
appareil de
positionnement
sophistiqué
et que nous
faisions
appel à
notre
« pif »,
notre sens
marin,
surtout dans
la brume. La
lecture des
cartes
marines et
l’utilisation
de la règle
Cras
n’ont plus
de secrets
pour moi
depuis
longtemps.
Je connais
maintenant
l’utilisation
en routine
de tous les
appareils
modernes,
les mêmes
qui sont à
disposition
des
professionnels :
GPS,
traceur,
radar, VHF,
et autre
navtex…
Chaque
année, je
traverse la Manche pour rendre visite aux côtes
anglaises.
Je sais ce
que veut
dire le
« rail ».
J’aime, de
nuit,
repérer les
feux des
navires,
estimer leur
éloignement,
leur route,
leur
vitesse. Je
reste
vigilant
quant à la
route de
collision et
je suis prêt
à manœuvrer
si celle-ci
se confirme,
ce que j’ai
été obligé
de faire à
plusieurs
reprises.
Bref, j’ai
exactement
les mêmes
préoccupations
que
n’importe
quel
officier de
quart à la
passerelle.
Je vis les
mêmes
sensations,
les mêmes
questions,
parfois les
mêmes
angoisses.
J'ose aussi
prétendre
que nous
avons
quelquefois
des
conduites
plus
sérieuses
que celles
de certains
gens de mer,
lorsqu'un
défaut de
veille la
plus
élémentaire
conduit à
une
collision ou
un
échouement
dramatique.
« Amateur,
comme l’a si
bien écrit
Jean
François
Deniau*,
cela veut
dire qui
aime .
Mais, si
l’on entend
le langage
commun,
amateur,
cela veut
dire aussi :
non-professionnel,
avec une
nuance de
mépris ou
même
d’hostilité ».
Pour nous,
médecins de
marine, cet
amateurisme–là
peut, au
contraire,
largement
renforcer
notre
professionnalisme.
Dr Dominique
Jégaden,
Président
*
La mer est
ronde, Jean
François
Deniau,
Gallimard

Editorial
Décembre
2004
Travaux
et
publications
Les
mémoires
récemment
présentés
dans le
cadre du
DUMM ont
été,
dans
leur
majorité,
de très
bon
niveau
et d’une
diversité
notable.
Présentations
de cas
cliniques,
études
bibliographiques,
travaux
historiques,
études
épidémiologiques
ont
concerné
aussi
bien les
domaines
de la
navigation
au
commerce,
à la
pêche ou
à la
plaisance,
que des
sujets
plus
généraux,
laissant
percevoir
un
immense
champ
d’études
à
poursuivre.
Je suis
depuis
longtemps
convaincu
que les
Français
ne
produisent
pas
assez de
travaux
scientifiques
sur la
santé
dans le
milieu
maritime.
Nous
avons du
mal à
avoir
une idée
précise
sur
l’état
de santé
réel des
marins,
sur les
problèmes
spécifiques
rencontrés,
l’évolution
de la
situation
sanitaire
dans le
temps,
l’émergence
de
pathologies
nouvelles
et sur
bien
d’autres
domaines
encore.
En
dehors
de
quelques
thèses
de
médecine
qui
émergent
de temps
à autre
sur des
sujets
de
médecine
maritime,
force
est de
constater
que le
DUMM est
pratiquement
la seule
source
actuelle
de
travaux,
ou
d’embryons
de
travaux
sur ces
sujets
spécifiques.
Je suis
donc
particulièrement
favorable
à donner
une
importance
plus
grande
au
mémoire
dans le
cadre du
nouveau
DUMM,
pour que
ce
mémoire
soit un
vrai
travail
approfondi
et de
qualité.
Espérons
aussi
que
l’ouverture
des
services
de santé
des gens
de mer à
des
internes
en
médecine
du
travail
ainsi
que la
formation
des
médecins
des gens
de mer
en
médecine
du
travail
apporte
une
dynamique
nouvelle
au SSGM,
et plus
de temps
pour
générer
des
publications
en plus
grand
nombre.
L’association
ainsi
créée
entre le
SSGM et,
en
l’occurrence,
l’Université
de
Bretagne
occidentale,
ne peut
qu’aller
dans ce
sens.
N’hésitons
donc pas
à
communiquer !
Deux
forums
sont,
depuis
quelques
années,
faits
pour
cela :
les
Journées
de la
médecine
des Gens
de mer,
organisées
par le
SSGM, et
le
colloque
« Mer et
Santé »
de
la SFMM. Nous venons
d’ailleurs
tout
juste de
recevoir
les
Actes du
colloque
de 2003,
édités
par les
éditions
Ifremer,
qui vont
permettre
de
diffuser
plus
largement
les
interventions.
Ceci
est
d’ailleurs
un des
objectifs
de
la SFMM :
promouvoir
et
diffuser
les
travaux
en
médecine
maritime.
Donnons-nous
les
moyens
de
continuer
sur la
lancée.
Dr
Dominique
Jégaden
Président
Editorial Janvier 2005
Tsunami
Que dire, que faire?
Les journaux
télévisés, les
articles des revues
ne suffisent-ils
pas? Et pourtant,
impossible pour moi,
en ce début de
janvier 2005, de ne
pas évoquer le
tsunami de l’Océan
Indien dans ce
premier éditorial de
l’année. Dire que
cette catastrophe
nous touche est une
évidence, comme tous
les citoyens du
monde. Mais elle
doit nous concerner
plus encore car elle
est venue de la mer.
Cet océan Indien
qui, jadis, m’a paru
si calme lorsque je
l’ai traversé de
long en large
pendant plusieurs
mois, a matérialisé
la puissance
destructrice du
séisme dans
l’interface
mer-terre,
justement là où la
majorité des gens
qui tirent leurs
ressources de la
mer, en particulier
les pêcheurs,
vivent. Nous nous
devons donc, bien
évidemment, de
participer
individuellement, à
notre mesure et
selon nos
possibilités, à
l’aide
internationale. A ce
titre, nous avons
fait figurer une
icône de l’UNICEF en
page d’accueil du
site
mersante.com.
Mais la vocation
d’une Société telle
que la nôtre
s’inscrit dans la
durée plus que dans
l’action immédiate.
C’est pourquoi la
deuxième raison qui
nous implique
fortement est le
caractère
particulier des
relations que nous
avons commencé à
tisser avec nos amis
asiatiques, bien
avant l’imprévisible
catastrophe. Tout
d’abord avec
l’Institut de
Médecine maritime de
Haiphong et
la Société
Vietnamienne
de médecine
maritime : l’année
2005 doit
concrétiser ces
relations
privilégiées entre
nous. Le Vietnam n’a
heureusement pas été
touché par le raz de
marée.
Plus globalement,
vous savez que nous
travaillons dans un
projet plus
ambitieux, dans
lequel
la SFMM
sera partenaire, le
projet « AsiaLink »,
dont l’objectif sera
de tisser un système
de formation et de
recherche en
médecine maritime
entre plusieurs pays
européens (en
particulier
la France
, l’Espagne et le
Danemark) et, à ce
jour, le Vietnam,
les Philippines et
l’Indonésie.
Si, pour l’instant,
nous ne pouvons
qu’être démunis face
à l’adversité,
espérons que nous
tirerons les
enseignements de
cette catastrophe en
matière de médecine
maritime, et à
partir de là, que
nous mettrons en
place une aide
concrète et à long
terme dans cette
partie du monde au
profit des gens de
mer: la vraie
contribution de la SFMM se situera dans ce
contexte.
Dr Dominique
Jégaden

Président
Editorial de Février
- mars 2005
EUROPE
Lundi
28 février 2005 :
j’envoie le dossier
« Medmar,
la formation
post-universitaire
en médecine maritime
en Europe » à
la Commission
Européenne.
Je reviens de
Bruxelles où nous
avons organisé une
réunion, avec
quelques
partenaires, pour
finaliser ce
dossier. Nous y
avons travaillé
d’arrache-pied car
le temps était
compté. Il fallait
monter l’ensemble du
dossier financier et
revérifier le texte
de présentation du
projet.
Le sort en est
maintenant jeté :
nous saurons en
octobre prochain si
la Commission
Européenne
retient notre
projet. Un premier
pas décisif a été
franchi en décembre
par l’acceptation de
notre
pré-proposition.
Dans le dossier
définitif, nous
avons du définir
avec précision les
objectifs,
l’organisation, les
cibles et les moyens
d’évaluation.
Nous avons du aussi
augmenter
significativement le
nombre des
partenaires, ce
point étant une
recommandation des
experts par rapport
à la
pré-proposition.
Nous avons pu
rassembler 23
partenaires des pays
suivants : France,
Espagne, Allemagne,
Belgique, Danemark,
Suède, Finlande,
Lituanie, Italie,
Malte, Roumanie,
Bulgarie, Croatie…et
Turquie.
La France compte trois
partenaires : l’UBO, la SFMM et l’Institut de Médecine Navale de
Toulon (Service de
Santé des Armées),
ce qui nous
satisfait
pleinement. Je
regrette que les
Anglais n’aient pas
daigné participer à
cette aventure, mais
comme cette idée ne
vient pas d’eux, ils
s’en désintéressent
forcément.
Au fait, quels sont
les objectifs de
Medmar ? Ils
sont au nombre de
trois :
1-
Mettre
en place une base de
données européenne
en médecine
maritime. Nous avons
déjà étudié la
question au cours du
workshop que nous
avons organisé à
Brest en juillet
2004.
2-
Elaborer un
répertoire des
métiers en santé
maritime, en
déterminant les
compétences de
chacun ;
3-
Elaborer un
répertoire des
recherches et des
enseignements
existants ou à créer
en médecine
maritime. Ce
répertoire permettra
de lancer un réseau
de recherches en
médecine maritime en
Europe.
Ces trois points
constitueront le
socle sur lequel
nous pourrons mettre
en place un master
européen en médecine
maritime.
Je suis confiant car
le projet est
original, utile,
permettra
d’harmoniser les
pratiques et,
espérons-le, les
réglementations. Je
peux dire aussi que
ce travail a été
établi avec une
parfaite unité de
point de
vue dans
notre petit groupe
bruxellois.
La construction de
l’Europe, c’est
aussi cela.
Dr Dominique
Jégaden
Président
Editorial d'avril
2005
Indicateurs
Depuis plus d’une
dizaine d’années,
nous voyons, dans
les entreprises,
profusion
d’estampilles de
qualité répondant à
des normes
précises :
ISO 9001
, ISO 14001…
Malgré leurs
contraintes et
certaines failles,
ces normes
permettent de mettre
en place et de
suivre dans le temps
un certain nombre
d’indicateurs de
qualité, ce qui est
sensé garantir au
client le bon niveau
de fabrication et de
prestation ainsi
qu’une certaine
garantie de la
qualité du produit
ou du service. Dans
ce besoin de prouver
la qualité
« totale » de
l’entreprise, une
nouvelle norme
concernant la santé
est apparue aux
Etats-Unis, la norme
OSHA 18001. Cette
norme, qui définit
certains critères de
bonne gestion de la
santé des salariés
de l’entreprise,
n’est pas, pour
l’instant, adoptée
par l’ISO (par refus
de certains pays,
dont
la France
), mais elle s’étend
tout de même dans un
grand nombre
d’entreprises
françaises car c’est
le client qui exige
son application . Ne
doutons donc pas
que, dans un avenir
relativement proche,
cette norme se
généralise partout,
au même titre que
les autres et
qu’ elle généralise
des indicateurs de
santé.
Dans le même esprit,
nous constatons la
mise en place
d’indicateurs de bon
fonctionnement et de
résultats dans le
milieu médical, en
particulier dans le
milieu hospitalier,
dans le cadre de ce
qu’on appelle la
démarche de progrès.
Nous sommes , à coup
sûr , entrés dans la
civilisation de la
codification, du
suivi et de la
preuve.
En matière de santé
publique, la
démarche est la
même : mise en place
d’indicateurs de
santé, de
surveillance
méthodique des
populations, d’où la
mise en place
d’observatoires en
santé publique ou en
santé au travail.
Tout cela pour
connaître le plus
précisément possible
l’état des lieux
réel sur l’état de
santé global des
gens et
pour pouvoir
mieux adapter les
réponses les plus
appropriées à donner
pour améliorer la
situation.Citons
aussi ici le grand
mouvement
international en
faveur de la
médecine fondée sur
les preuves, l’Evidence
Based Medicine.
Elle a pour
but de donner une
réponse la plus
pertinente possible,
basée sur des
connaissances
validées, à un
problème de santé
posé. D’où
l’émergence de
méta-analyses,
permettant, autant
que faire se peut,
de tirer la
substantifique
moelle des
nombreuses
publications
médicales .
Mais quel rapport,
me direz-vous, avec
la médecine
maritime ? Il me
semble que, pour
l’instant, les
problèmes de santé
des marins sont
totalement en dehors
du grand mouvement
que je viens de
décrire. Que
connaît-on,
aujourd’hui, de la
santé des marins ?
Pas grand chose.
Surveille-t-on de
près l’évolution de
la santé de cette
population ?
J’affirme que non.
On ne possède aucune
donnée actuelle
sur le
tabagisme,
l’alcoolisme, la
drogue, l’état
psychique, les
problèmes de dos,
etc., etc. chez les
marins. Or, si le
caractère
accidentogène du
métier de marin est
pris en compte (on a
ici toutes les
statistiques que
l’on veut, grâce au
suivi du BEA mer),
son caractère
pathogène n’est
pas étudié. Or, il
existe bien.
Mi-mars, nous avons
participé à une
réunion de travail
concernant le risque
professionnel des
marins pêcheurs,
organisé par
l’Observatoire des
Droits des marins
(Nantes). J’ai , à
cette occasion,
présenté les
connaissances
passées et présentes
sur la santé des
marins pêcheurs.
J’ai pu constater
deux choses :
-
1.
le manque de
données récentes
nationales et
même
internationales
sur ce sujet,
et, lorsqu’elles
existent, les
données sont
partielles.
-
2.
la confirmation,
par les
professionnels
présents, de
l’importance des
addictions
traditionnelles
(alcool et
tabac) et de
l’augmentation
des nouvelles
addictions
(cannabis en
particulier)
chez les jeunes.
Aucune étude de
tous ces
problèmes, qui
génèrent, à coup
sûr, des
accidents,
n’a été
publiée depuis
vingt ans.
Devant cette
constatation, et
parce que la Société Française de
Médecine Maritime se
doit d’être une
force de
proposition, j’ai
proposé la création
d’un
Observatoire de la
santé des marins.
Cet
observatoire, en
partenariat avec
la Direction
des Gens de mer et
le Service de santé
des gens de mer,
l’ENIM, l’IMP, l’UBO
et
la SFMM
, serait mandaté
pour choisir les
indicateurs les plus
pertinents pour
appréhender les
problèmes de santé
des marins et suivre
leur évolution dans
le temps.
Bien entendu, il
faut la volonté de
créer ce type
d’organisation et il
est très probable
que le chemin sera
long entre la coupe
et les lèvres !
Dr Dominique Jégaden
Président
Mai-juin 2005
Croisière en
Dalmatie
Le paquebot
M/S
Dalmacija
a appareillé de
Venise le 8 mai
au soir avec, à
bord, les
congressistes du
8ème
Symposium
International de
Médecine
Maritime. Il est
vrai que
la Croatie
, organisatrice
du Congrès, se
prêtait
particulièrement
bien à cet
exercice : quoi
de mieux, en
effet, qu’un
embarquement
d’une semaine
pour mieux se
connaître, et
mieux débattre
des choses de la
mer, notamment
des problèmes de
santé ?
Escale à Rijeka
pour les
assemblées du
Symposium, qui
s’est déroulé en
partie à terre,
en partie à
bord. Nous avons
présenté, au nom
de la SFMM, deux
communications
et avons été
co-auteurs d’une
autre avec les
Espagnols.
Beaucoup
d’autres nations
ont produit des
communications
d’intérêt
variable, mais
nous avons pu
remarquer que,
contrairement au
Symposium
précédent de
Tarragone/Barcelone,
sont intervenus
des Japonais et
des Chinois.
Ceci est,
certainement, le
signe d’un
intérêt
grandissant dans
le monde pour
les problèmes de
médecine
maritime et
aussi pour
l’IMHA
(International
Maritime Health
Association).
Comme dans tout
congrès,
l’intérêt ne
réside pas
uniquement dans
l’écoute et la
présentation de
communications,
mais surtout
dans la
participation à
des groupes de
travail et les
discussions
informelles avec
de nombreux
collègues. C’est
ainsi que nous
avons pu
raccrocher
certaines études
internationales,
notamment avec
l’Unité de
Recherches en
médecine
maritime de
l’Université d’Ebsjerg
(Danemark) et le
Seafarers
International
Research
Center de
Cardiff (SIRC).
Le paquebot a
ensuite longé la
côte Dalmate
jusqu’à
DubrovniK, que
nous avons pu
visiter durant
un après-midi
ensoleillé.
Retour ensuite à
Rijeka, en
passant à
travers un
dédale
d'îles, puis
débarquement le
vendredi 13 mai
à Venise, pour
apprendre qu’une
grève paralysait
l’aéroport de
cette somptueuse
ville.
Que conclure,
sinon que nous
sommes
certainement
handicapés par
notre très
mauvaise
maîtrise de la
langue anglaise,
unique langue
officielle du
Congrès.
Heureusement que
nous avons
rencontré tout
de même quelques
francophones qui
nous ont un peu
sorti de notre
isolement
linguistique.
Nous avons
encore beaucoup
de progrès à
faire de ce
point de vue.
Et nous serons
sans aucun doute
encore présents
au prochain
symposium qui se
déroulera au
Danemark en
2007.
See
you
Dr Dominique
Jégaden
Président
llet 2005
Médecine
portuaire,
médecine
maritime.
Interface entre
la mer et la
terre, entre le
milieu de
travail maritime
et le milieu de
travail
terrestre, le
port pose de
nombreux
problèmes de
santé
particuliers.
Les navires de
commerce
transportent
absolument de
tout. En mer,
les risques liés
à la cargaison
sont le plus
souvent limités,
sauf conditions
de navigation
extrêmes pouvant
provoquer soit
un désarrimage
de la cargaison,
soit une rupture
dans la
structure du
navire. Des
catastrophes
peuvent s’en
suivre avec les
conséquences
écologiques bien
connues.
La problématique
des risques
portuaires est
plus insidieuse,
mais non moins
inquiétante.
La zone
d’échanges
navire/quai est
d’abord
dangereuse pour
le marin
embarqué. Les
accidents du
travail maritime
sont plus
nombreux à quai
qu’en mer, au
commerce. Les
transbordements
de produits
chimiques, et
particulièrement
des
hydrocarbures,
exposent les
marins à des
intoxications
aiguës graves,
mais aussi
chroniques
(leucémies liées
au benzène par
exemple).
Les dockers,
comme les
marins, peuvent
aussi présenter
des pathologies
plus ou moins
spécifiques
liées aux
échanges
navire/quai.
L’exposition de
ces catégories
de travailleurs
à de nombreux
types de
poussières peut
les sensibiliser
et leur
provoquer des
crises d’asthme.
Citons par
exemple, les
poussières de
soja, ou encore
de café
vert*.Une
concentration
importante de
pesticides
gazeux a été
notée dans des
containers, à
l’origine de
sévères
intoxications
chez les
travailleurs
portuaires :
dans une récente
étude**, 5% des
containers
investigués dans
les port de
Rotterdam et
Hambourg
contenaient
des pesticides
gazeux (bromure
de méthyle) non
déclarés.
Nous devons
aussi évoquer
les risques
d’explosions,
d’incendies ou
d’intoxications
majeures de
cargaisons de
produits divers
comme le fameux
nitrate
d’ammonium, mais
aussi liés à des
fermentations
(blé).
Si les navires
sont sources de
pollutions, les
activités
portuaires le
sont tout autant
et peuvent
atteindre
dangereusement
le milieu marin.
Pollutions par
rejets
industriels, par
activités de
réparation
navale, par
l’agro-alimentaire.
Toutes ces
pollutions,
peuvent se
retourner contre
la population
via la
consommation de
poissons et de
produits de la
mer.
Lieu de rencontres
inter humaines, le
port est aussi lieu
de contaminations :
un exemple
historique est
l’épidémie de peste
à Marseille en 1720,
apportée par un
navire venu de Syrie
et qui fit 220 000
morts parmi la
population. Si l’ère
des grandes
épidémies de peste
est bien
heureusement révolue
(sauf peut-être à
Madagascar), la
lutte contre
l’invasion des
navires par les rats
doit être maintenue.
Mais restons
vigilants. Une
histoire pas si
lointaine,
concernant le
choléra, est
exemplaire : en
janvier 1991, un
bateau parti
d’Indonésie vidange
son eau de lestage,
polluée par des
vibrions, dans le
port de Chimbote au
Pérou. Une épidémie
se propage alors à
une vitesse
fulgurante et en
moins de trois ans,
tous les Etats de
l’Amérique latine
ont enregistré des
cas de choléra.
« Un port, c’est
féminin. C’est une
mère qui vous donne
ses filles à
baiser » écrit
Bernard
Giraudeau***.
D’où aussi les
échanges de MST, HIV
et hépatites en tous
genres, qui font
éclore ou
entretiennent des
situations
endémiques.
Oui, la médecine
portuaire est une
composante à part
entière de la
médecine maritime,
dont tous les
aspects ne sont pas
encore suffisamment
étudiés.
Dr Dominique Jégaden
*” Health effects on
German dock workers
due to exposure to
green coffee beans”
M.
Oldenburg, X.
Baur, 8th
International
Symposium on
Maritime Health,
Rijeka,
Croatia, 8-13 Mai
2005
**“Health risks due
to undeclared
fumigated
containers” X.
Baur,
8th
International
Symposium on
Maritime Health,
Rijeka,
Croatia, 8-13 Mai
2005
***”Les Hommes à
terre” B.
Giraudeau,
Editions
Métailié,
Paris, 2004
Août 2005
Hommage à Alain
Bombard
Cher Alain,
Tu étais médecin
mais tu n’as guère
exercé la médecine.
Tu as touché à la
biologie marine,
sans vraiment
percer. Tu t’es
essayé en politique,
mais tu as
démissionné de ton
poste de ministre
(quand même !) au
bout d’un mois. Et
pourtant, tu as fait
bien mieux que tout
cela. Tu t’es hissé
au rang de
bienfaiteur de
l’Humanité. Tu as
réussi à démontrer,
en mettant en jeu ta
propre peau, qu’on
pouvait survivre en
mer. Et tu as, de
façon certaine, par
ton exemple, sauvé
des milliers de vies
humaines.
Tu es un héro de ma
jeunesse. Lorsque
j’avais 18 ans,
j’avais été écouter
une de tes
conférences et tu
m’avais gentiment
dédicacé ton bouquin
« Naufragé
volontaire ». Je
l’ai toujours,
précieusement rangé
dans ma
bibliothèque. A cet
âge, on est
influençable, et tu
as sûrement été pour
quelque chose dans
ma décision de faire
une carrière de
médecin de marine.
Justement, quelques
années plus tard, en
1970 ou 71, je me
souviens de ta venue
à l’Ecole de Santé
Navale. Tu avais
fait fort :
sponsorisé par
Ricard, tu avais
payé un pastis à
toute l’école !
Trois rangées de
verres contenant ce
précieux breuvage
nous attendaient au
cercle des élèves, à
l’heure de l’apéro.
Tu parles si tu
avais rempli l’amphi
pour ta conférence
du soir ! Toujours
aussi passionnante
d’ailleurs. Car tu
étais un très grand
conteur. Tu l’as
prouvé tout au long
de ta vie. La
dernière fois que je
t’ai vu, c’était au
salon « étonnants
voyageurs » de Saint
Malo, il y a
quelques années, où
tu avais le verbe
haut et toujours un
tantinet malicieux.
Mais soyons sérieux.
Quelle est ta
découverte ? C’est
d’une part que l’on
peut tirer sa
boisson de la mer et
surtout que c’est
l’espoir qui fait
survivre.
« Naufragés des
légendes, victimes
raides et hâtives,
je sais que vous
n’êtes pas morts de
la mer, que vous
n’êtes pas morts de
la faim, que vous
n’êtes pas morts de
la soif, car,
ballottés sous le
cri des mouettes,
vous êtes morts
d’épouvante ».
Médecin maritime par
excellence, tu
resteras toujours,
pour nous, un
exemple et un de nos
maîtres en la
matière.
Adieu Alain, et
bonne chance pour ta
dernière traversée.
Dr Dominique Jégaden
Président
Octobre 2005
Discours inaugural du
3ème colloque "Mer et
Santé"
La
Société
Française
de Médecine
Maritime, que j’ai
l’honneur de
présider, sort tout
juste de sa petite
enfance, puisqu’elle
aura seulement cinq
ans d’existence en
janvier prochain. Je
suis donc heureux de
vous accueillir à
son troisième
colloque « Mer et
Santé »,
manifestation
qu’elle organise,
depuis sa création,
conjointement avec
l’Université de
Bretagne
Occidentale, et qui
démontre sa
vitalité. Je
remercie Monsieur le
professeur
Bodéré,
président de
l’Université de
Bretagne
Occidentale, de
l’intérêt qu’il nous
porte en étant
présent parmi nous
ce matin.
Je suis fier
également de vous
accueillir dans les
locaux de l’Institut
Universitaire
Européen de la Mer , et je remercie son Directeur,
Monsieur le
professeur
Treguer,
d’avoir accepté
d'être envahi
pendant deux jours.
Pour nous, le
qualificatif
« Européen » de cet
Institut est
important. En effet,
une des réussites de
notre jeune Société
est d’avoir intégré
tout un réseau
européen de sociétés
et d’instituts de
médecine maritime,
dans lequel
la France
était auparavant
absente. J’ai le
plaisir d’ailleurs
de saluer la
présence parmi nous
de notre ami le
professeur
Pedro
Nogueroles de
la Sierra ,
professeur à
l’Université de
Cadix et président
de
entre nos
deux Sociétés
qu’entre les
Universités de
Cadix, jumelée à
celle de Brest, et
de Tarragone avec
qui nous sommes
associés dans un
programme de
formation en
médecine maritime en
e-learning et
dans le projet
européen
Medmar.
Nous avons
d'ailleurs décidé
que le prochain
colloque sera
franco-espagnol.
La médecine maritime
est, en effet, une
discipline à part
entière, qui se
développe dans de
nombreux pays
européens, dont
certains se sont
même dotés
d’instituts de
recherche
-je citerai
l’Allemagne à
Hambourg, la Pologne à Gdynia et le Danemark à
Esbjerg.
Permettez-moi de
rêver à la création,
un jour, d’une unité
de recherches en
médecine maritime,
qui pourrait être
intégrée - pourquoi
pas ? - à cet
Institut
Universitaire
Européen de la mer …
Mais chaque chose en
son temps. Avec le
Professeur Jean
Dominique
Dewitte et le
Professeur Charles
Arvieux,
co-directeurs du
Diplôme d’Université
de Médecine
maritime, enseigné
depuis 1998, avec
succès, à l’UBO,
nous avons défini le
contenu et les
limites de cette
discipline qui, si
elle intéresse
relativement peu de
professionnels en
France, touche
pratiquement toutes
les
spécialités ,
de la médecine du
travail aux
urgences, à la
télémédecine, en
passant par la
dermatologie.
Saluons ici aussi
l’initiative du
Professeur Laurent
Misery qui
organise pour 2006
son deuxième congrès
de dermatologie
maritime, sous le
patronage de
la Société
Française
de médecine
Maritime. Notre
vision de la
médecine maritime
n’est donc pas
uniquement cantonnée
à la problématique
de santé des marins
professionnels. Elle
est élargie aussi à
toutes les questions
de santé pouvant
toucher les
populations
littorales du fait
du milieu maritime.
Je terminerai en
soulignant la
présence également
parmi nous de nos
amis de l’Institut
National Vietnamien
de Médecine Maritime
de Haiphong, les
professeurs
Nguyen
Truon Son,
directeur, et
Phan Van
Thuc
,
directeur-adjoint,
qui sont également
président et vice
président de la Société Vietnamienne
de Médecine
Maritime, créée en
août 2004, avec qui
nous développons
aussi de solides
relations, au
travers d’une
convention qui vient
d’être signée entre
leur Institut, l’UBO
et le CHU.
En espérant vous
avoir transmis un
peu de
l’enthousiasme qui
nous cheville, je
souhaite que ce
colloque soit pour
vous un
enrichissement.
Dr Dominique
Jégaden
Décembre 2005
Le Maroc, grand pays
maritime
Le
Maroc est un grand pays
maritime. Le secteur de
la pêche, en
particulier, est énorme
par rapport au nôtre.
Plus de 104500 marins
pêcheurs travaillent à
bord de 450 navires
hauturiers, 2534 unités
côtières et 11 564
canots de petite pêche
(chiffres 2003). Le port
d’Agadir, que j’ai
récemment visité, est le
premier port mondial
pour la sardine et
compte plus de 15 000
marins, ce qui rend
modestes nos
« grands » ports de
pêche comme Boulogne,
Concarneau ou Le
Guilvinec.
Si
la dimension économique
en matière de pêche
positionne le Maroc au
25ème rang
mondial, la prise en
compte sanitaire de tous
marins est encore
aujourd’hui peu
développée, mais sur une
bonne voie. Depuis cette
année, par exemple, le
régime marocain de
sécurité sociale est
étendu aux marins
pêcheurs. Un service de
santé des gens de mer a
été instauré. Il est,
pour l’instant, bien
trop modeste pour être
pleinement efficace :
une dizaine de médecins
seulement en font
partie, pour l’ensemble
du Maroc. Il est bien
évident que, comme notre
ami le docteur Mustafa
Cherkaoui,
médecin de l’antenne
portuaire d’Agadir, on a
à surveiller entre
15 000 et 25 000
personnes par an, la
tâche très difficile,
voire impossible.
Le
champ de l’hygiène et de
la médecine maritime est
en effet immense, les
marins pêcheurs étant,
dans l’ensemble, de bas
niveau et souvent
illettrés, et les
Armements à la pêche ne
se préoccupant pas
beaucoup de l’état
sanitaire de leur
personnel. Tout
récemment, le décès de
deux marins pêcheurs
d’Agadir par paludisme
et l’atteinte de 11
autres par cette maladie
contractée lors d’une
escale en Guinée
équatoriale a mis en
émoi la population de ce
secteur professionnel,
reprochant à l’armement
de n’avoir pas réagi à
cette épidémie et
d’avoir refusé de
prendre en charge les
impaludés.
Il
est donc de première
importance de développer
la médecine maritime
dans ce pays, à l’instar
de la médecine du
travail, qui commence à
être une institution
reconnue dans tout le
Pays, grâce à la
formation dans cette
spécialité impulsée
depuis plus de dix
années par une
collaboration avec la
faculté de médecine de
Rennes, et, plus
récemment, par la mise
en place d’un cursus en
médecine du travail à la
faculté de médecine de
Casablanca (Pr
El
Kholti).
Déjà deux médecins
marocains sont diplômés
de médecine maritime de
l’UBO
, les docteurs
Bokhari
Khomsi (première
promotion et major de sa
promotion) et
Amsaf (médecin de
l’antenne portuaire de
Tanger), tous deux
membres de la SFMM.
Le Dr
Cherkaoui,
d’Agadir, devrait
raccrocher la formation
en 2006. Le Dr
Amsaf est
également actuellement
en formation en médecine
du travail à Casablanca.
Je sais qu’ils sont
convaincus de l’intérêt
de développer la
médecine maritime chez
eux et je me suis
engagé, au nom de
la SFMM
, à leur apporter un
soutien dans cette
aventure. Nos confrères
organisent aussi, depuis
deux ans, des journées
de médecine des gens de
mer, ce qui témoigne
aussi très fortement de
leur foi en la médecine
maritime. Depuis l’année
dernière,
la SFMM participe
activement à cette
manifestation
scientifique. Dans
l’avenir, nous avons des
propositions à faire à
nos amis marocains, tant
dans la présentation de
communications communes
dans des manifestations
internationales comme
ERGOMARE (Lorient, 2006)
ou le Symposium
International de l’IMHA
(Danemark, 2007), que la
mise en place dans leur
pays d’une formation
diplômante en médecine
maritime.
Dr
Dominique
Jégaden
Président
Janvier 2006
Clémenceau
et France, unis
par l’amiante
Les avatars de nos deux
anciens fleurons de la
Marine, le
Clémenceau
et le
France,
remettent dans le feu de
l’actualité le problème
de l’amiantage
des anciens navires, de
guerre comme de
commerce.
Il est bon de revenir
sur la prise de
conscience collective,
mais progressive, du
risque amiante pour les
personnels de la Marine
Nationale comme de la
Marine Marchande.
Je vais décrire ici ma
propre expérience : dans
les années 70, lorsque
j’étais externe en
pneumologie à Bordeaux,
on connaissait
évidemment clairement la
relation entre l’amiante
et les pathologies
respiratoires, en
particulier le risque de
mésothéliome. Il
y avait, en effet, à
l’époque, quelques cas
hospitalisés de temps à
autre et je me souviens
qu’à un staff, on avait
parlé de la
responsabilité probable
du flocage et des
peintures à l’amiante
dans la survenue de
certains cancers. Mais
cela restait assez
abstrait, un peu comme
aujourd’hui le risque de
cancer du poumon avec le
Béryllium par exemple. A
l’époque, on employait
bien sûr très largement
l’amiante, mais il n’y
avait certainement pas
de prise de conscience
de la dangerosité
extrême de ce matériau
chez les utilisateurs
certes, mais aussi chez
les médecins. A aucun
moment, à l’Ecole
d’Application du Service
de Santé pour la Marine
à Toulon, en 1975, nous
n’avons été instruits
sur les problèmes de l’amiantage
des navires et des
risques, si bien que
fraîchement émoulus de
cette école et embarqués
peu après notre sortie,nous
n’étions absolument pas
conscients du risque
encouru par l’équipage
et en premier lieu par
nous-mêmes. Il me semble
que le risque
n’apparaissait pas
clairement pour les
utilisateurs de produits
finis comme les navires,
mais aussi les
combinaisons en amiante.
Ce risque était pourtant
bien connu des Arsenaux,
mais vis-à-vis des
ouvriers à la
construction. Les
médecins des Arsenaux
avaient publié un
certain nombre de
travaux sur ce sujet
dans la période
1975-1985, si bien
qu’une prise de
conscience a eu lieu,
qui a abouti à une
restriction importante
(sans être totale) de
l’utilisation de
l’amiante dans la
construction navale
militaire après 1980,
peut être d’ailleurs
plus pour protéger les
ouvriers que les marins…
Mais le mal était fait
et nous payons
aujourd’hui la situation
d’avant-hier. Il est
clair en effet que les
marins qui ont navigué
un certain temps
(difficile à définir au
demeurant) à bord des
navires construits avant
1980, et en premier lieu
les mécaniciens, doivent
être considérés comme
avoir été
potentiellement exposés.
Le problème se pose
maintenant pour les
ouvriers de démolition :
la boucle n’est donc pas
encore bouclée !
Aujourd’hui, les
conséquences inédites de
l’amiantage
du
Clémenceau
et du
France sont
la prolongation de leur
agonie et de leur
navigation fantôme, ce
qui fait perdurer la
légende et la nostalgie
de leur gloire passée…
Dr Dominique
Jégaden
Président
Vietnam : ça va
bouger du côté
maritime !
Le Vietnam a 3260km
de côtes. La vie
économique de ce
pays est largement
tributaire de la
voie maritime et 90%
du commerce
extérieur se fait
par cette voie. Or,
la marine marchande
Vietnamienne ne
participe, jusqu’à
présent, qu’à la
hauteur de 15% de ce
commerce extérieur.
Le potentiel de
développement de
cette marine est
donc, au vu de
l’explosion
économique actuelle
du pays,
considérable. Depuis
2000, le
gouvernement
Vietnamien s’attache
à combler les
déficiences de ce
secteur d’activité
en contribuant au
développement du
tonnage global des
armements étatiques,
à la modernisation
et à la
spécialisation des
navires, notamment
par l’acquisition de
navires de grosse
capacité (tankers,
porte-containers).
Parallèlement,
l’émergence et le
développement
d’armements privés
est aussi une
réalité dans ce pays
socialiste.
La pêche est
également un secteur
économique important
du pays. Dans la
période 1990-2000,
le nombre des
bateaux de pêche à
moteur a augmenté
rapidement, si bien
qu’à la fin de l’an
2000, le nombre de
navires de plus de
90CV avait dépassé
5000. Si la grande
majorité des bateaux
est encore en bois,
l’émergence de
constructions en
acier de plus gros
chalutiers
hauturiers a
commencé depuis
quelques années. Il
s’agit aussi d’une
priorité du
gouvernement
Vietnamien.
Le Vietnam n’a pas
signé les
conventions
internationales du
Bureau International
du Travail sur la
santé des marins
(conventions n°73,
n°113, n°134, n°164
en particulier).
Aucune
réglementation
nationale n’existe
non plus sur la
surveillance et
l’aptitude médicale
des marins de
commerce et des
pêcheurs.
Néanmoins, un
Institut National
Vietnamien de
Médecine Maritime
(VINIMAM) a bien été
créé à Haiphong.
Actuellement, cet
institut fonctionne
comme un dispensaire
et ne délivre des
certificats
d’aptitude à
l’embarquement que
pour les marins de
commerce de certains
Armements
vietnamiens ayant
passé une convention
spéciale avec le
VINIMAM. Mais des
projets existent :
projet bien avancé
de modernisation du
VINIMAM qui
s’installera dans un
nouveau centre
ultra-moderne.
Nous avons vu le
terrain déjà
planifié et, d’après
le
Pr
Nguyen
Truong Son,
Directeur du Centre,
les travaux ne
devraient pas tarder
à commencer. Le
Pr Son nous a
aussi évoqué le
projet de monter des
centres annexes du
VINIMAM sur
l’ensemble du
littoral,
ressemblant à notre
Service de Santé des
gens de mer.
Il est bien évident,
qu’un jour, le
Vietnam signera les
Conventions
internationales du
BIT sur le bien être
et la santé des
marins. Il s’y
prépare mais n’en
est encore qu’aux
balbutiements.
Lorsque ce sera le
cas, le VINIMAM
prendra alors une
importance majeure
dans le système de
prévention et de
soins du pays,
compte tenu du
nombre considérable
de marins et de
pêcheurs.
La SFMM a tissé des
relations d’amitié
et de travail avec
la Société
Vietnamienne de
médecine maritime,
créée en 2004. En
partenariat avec
l’Université de
Bretagne
Occidentale, elle
s’est engagée auprès
du VINIMAM à former
en médecine maritime
et, particulièrement
en médecine du
travail maritime,
les médecins du
VINIMAM et ceux des
autres organismes
maritimes du
Vietnam. Un premier
cours d’une semaine
a eu lieu du 20 au
26 février dernier.
D’importantes
perspectives
s’ouvrent dans le
cadre d’un certain
renouveau de la
francophonie à
l’école de médecine
de Haiphong. Nous en
sommes
particulièrement
heureux.
Dr Dominique
Jégaden
Président
Les virus
partent aussi en
croisière…
Nul
ne doute que les
infections ont
toujours été un
problème majeur
en médecine
maritime, depuis
qu’il existe des
bateaux et des
équipages pour
les armer. Ce
fut, pendant des
siècles, le
problème majeur
des médecins
embarqués.
Bien
heureusement, le
monde maritime a
bénéficié, comme
tout un chacun,
des avancées
thérapeutiques
prodigieuses des
soixante
dernières années
en matière
d’infectiologie
et d’hygiène.
Mais, dans ce
monde
extraordinairement
mutant, la
bataille n’est
jamais gagnée
d’avance,
surtout lorsque
les
concentrations
humaines sont en
ligne de mire.
C’est le cas des
croisières en
mer, secteur en
pleine
croissance, qui
voit augmenter
d’année en année
le nombre de
navires, leur
capacité et le
nombre de leurs
passagers.
Nous connaissons
par exemple,
depuis 1994, le
risque de
survenue de
légionelloses à
partir des
piscines et des
jacousis
à bord des
paquebots*.
Deux
publications
toutes récentes,
illustrent
l’actualité
particulière de
ces problèmes.
La première
(Cramer et al**)
fait le point
sur les
épidémies de
gastro-entérites
à bord des
navires de
croisière
américains, de
2001 à 2004. Si,
dans la période
précédente, de
1990 à 2000, le
nombre
d’intoxications
alimentaires
avait
régulièrement
baissé à bord
des paquebots
grâce aux
mesures très
strictes
édictées par le
CDC (Center
for
Disease
Control
and
prevention),
la courbe de
l’incidence de
ces maladies est
repartie à la
hausse entre
2001 et 2004. Ce
revirement est
essentiellement
dû à
l’apparition du
norovirus
dans ce milieu,
que nous avions
déjà évoqué dans
un précédent
éditorial.
L’intérêt de la
publication de
Carter est de
montrer une
relation entre
les maladies et
la contamination
persistante de
tapis, moquettes
et meubles (en
particulier les
salles de bain).
L’environnement
clos typique des
navires de
croisière,
marqué par une
forte densité de
passagers et un
turnover
important de
ceux-ci,
augmente le
risque de
propagation des
virus
caractérisés par
un pouvoir
infectieux
important, une
aptitude à
survivre
plusieurs jours
dans
l’environnement
et une forte
capacité à muter
(ce qui est le
cas des
norovirus).
La deuxième
publication
intéressante est
celle d’Ansart
et
Caumes
*** sur la
relation entre
la grippe et les
voyages. Ces
auteurs
rapportent les
épidémies de
grippe survenues
lors de
croisières. En
matière de
grippe, il
semble que les
virus incriminés
soient les mêmes
que ceux isolés
dans les régions
d’escales. Cela
a été le cas
lors d’une
croisière en
Chine, en 1987,
où 36% des
passagers
avaient été
touchés ; en
Alaska en 1999,
où 34% des
passagers
avaient déclaré
la maladie ; ou
encore plus
récemment en
Australie. Il
est vrai que la
moyenne d’âge
généralement
élevée des
croisiéristes
est un élément
plutôt
péjoratif. Les
auteurs estiment
que « l’équipage
du navire
constitue
probablement le
réservoir
épidémique et
une source de
transmission non
négligeable chez
des personnes
âgées à risque
en milieu
clos ». Si donc
la vaccination
systématique
contre la grippe
des équipages
navigant dans
une même zone
géographique est
à prendre en
compte, la
vaccination des
passagers n’a
pas forcément le
même intérêt :
les types de
virus et les
pics de
fréquence sont
différents d’un
hémisphère à
l’autre et d’une
saison à
l’autre. Par
contre des
travaux ont
montré que la
prise
d’antiviraux
tels que l’amantadine,
par l’équipage
et les
passagers, lors
de croisières à
risques, pouvait
avoir un certain
intérêt.
Devant la
recrudescence de
certains virus
et l’émergence
de nouveaux
(SRAS, grippe
aviaire…), la
dotation des
navires en
antiviraux
deviendra à coup
sûr un enjeu
important dans
un avenir très
proche, mais
n’est-ce pas un
éternel
recommencement ?
Dr Dominique
Jégaden
Président
*
« Outbreak of
Legionnaires’
disease among
cruise ship
passengers
exposed to a
contamined
whirlpool spa ».
Jernigan DB,
Hofmann J,
Cetron
MS,
Genese
CA,
Pekka
Nuorti J,
Fields BS,
et al. Lancet,
1996,
vol 347,
fevrier
24, 494-499
** “Epidemiology
of
Gastroenteritis
on Cruise Ships,
2001-2004.
Cramer EB,
Blanton CJ,
Blanton LH,
Vaughan GH,
Bopp CA,
Forney DL.
Am
J
Prev
Med,
2006, 30 (3),
252-257^
*** “Grippe et
voyage”
Ansart S,
Caumes E.
Médecine et
Maladies
infectieuses,
2006 (à
paraître)
Septembre 2006
La dérive des
pêcheurs mexicains
L’actualité maritime
de l’été 2006 a été
marquée par la
récupération de
trois pêcheurs
mexicains qui
auraient dérivé à
bord de leur bateau
d’une dizaine de
mètres pendant neuf
mois. Ceci
constituerait la
plus longue période
vécue en dérive
jamais établie. Le
petit bateau de
pêche serait parti
en novembre 2005 du
port de San
Blas, sur la
côte ouest du
Mexique avec cinq
hommes à bord. Il a
été repéré par un
thonier taiwanais le
9 août 2006 entre
les Îles Marshall et
Kiribali,
après 8000
kilomètres sur la
trajectoire des
courants marins du
Pacifique. Il n’y
avait plus que trois
pêcheurs à bord, qui
disent avoir survécu
en mangeant cru des
poissons et des
oiseaux et en buvant
de l’eau de pluie.
Le directeur de la
compagnie de pêche,
propriétaire du
thonier, a souligné
que les pêcheurs
avaient été
retrouvés
« squelettiques et
affamés ». J’ai
pourtant été frappé
de les voir à la
télévision avec une
mine plutôt bonne,
lorsqu’ils ont
débarqué du thonier
une dizaine de jours
plus tard.
Bombard avait
perdu 25 kg en un
mois et demi lors de
sa traversée en
solitaire de
l’Atlantique et
avait mis pas mal de
temps à s'en
remettre en prenant
de grandes
précautions. Il
insistait sur le
danger de la
réalimentation :
« accepte, ô mon
frère, tout ce qui
te sera présenté de
liquide, méfie-toi
de tout ce qui est
solide : c’est un
ennemi certain de
ton intestin
affaibli ».
On n’a pas bien su
non plus quel a été
le sort des deux
marins disparus :
ils auraient sauté
du bateau quelques
jours après le début
de la dérive. Les
deux marins ont
peut-être été
victimes
d’hallucinations ou
d’une bouffée
délirante, par
fatigue et perte de
sommeil. D'autres
sources signalent
qu'ils seraient
morts de faim au
bout de deux mois et
jetés à la mer par
leurs collègues. Les
survivants ont nié
toute
anthropophagie.
En tout cas,
beaucoup de choses
qui
clochent
dans leur récit et
dans leur apparence,
ce qui a suscité des
soupçons et une
enquête policière.
Ce fait divers
devrait nous inciter
à lire ou à relire
le livre « Naufragé
volontaire » d’Alain
Bombard, qui
reste toujours aussi
passionnant. Lisons
aussi l’ouvrage de
notre Luc Christophe
Guillerm
« Naufragé à la
dérive », paru en
2004, qui passe en
revue un grand
nombre de naufrages
et de survies en
mer, et en trace les
aspects
psychologiques.
En tous cas, cette
histoire démontre
une nouvelle fois
qu’il est possible
de survivre en mer.
« Le naufragé, après
la catastrophe,
démuni de tout, ne
peut et ne doit
qu’espérer. Il se
voit poser
brutalement le
problème : vivre ou
mourir, et c’est
toutes ses
ressources, toute sa
foi en la vie qu’il
mettre dans son
courage pour lutter
contre le
désespoir » (A.
Bombard)
Si leur récit est
vrai, les mexicains
devaient avoir une
sacré foi en
la vie.
Dr Dominique
Jégaden
Président
Alain
Bombard :"Naufragé
volontaire" Editions
de Paris, 1956
Luc Christophe
Guillerm: Naufragés
à la dérive. Le défi
psychologique de la
survie en radeau.
Editions
L'harmattan, 2004
Novembre 2006
Cinq ans déjà.
La Société Française de
Médecine Maritime a eu
cinq ans cette année.
C’est peu, mais nous
savons tous que les
premières années de vie
conditionnent souvent
l’avenir, que ce soit
pour les êtres humains
ou pour les
associations. Une
Société comme la nôtre
ne naît pas par
génération spontanée.
Elle est le fruit d’une
longue maturation
intellectuelle qui date
des années 80 où un
petit groupe de médecins
des gens de mer, auquel
j’ai eu l’honneur
d’appartenir, avait
ressenti l’intérêt et le
besoin d’approfondir les
connaissances sur l’état
de santé des marins qui
n’était pratiquement pas
étudié à l’époque. Nous
avions alors lancé tout
un programme de travail
qui a abouti à plusieurs
publications, notamment
dans les
Archives des
Maladies
Professionnelles.
Mais les aléas des
affectations (les
médecins des gens de mer
étaient militaires) ont
eu rapidement comme
effet de casser cette
dynamique. L’idée d’une
Société Française de
Médecine Maritime avait,
à cette époque, déjà
germé dans nos esprits.
A titre d’anecdote, je
me souviens d’un repas
mémorable au Cercle
naval de Lorient, un
soir d’août 1987, auquel
j’avais convié Benoît
Goullin, médecin
des gens de mer d’Auray-Vannes,
et Daniel
Carcaillet, alors
responsable du service
médical de la BAI, repas
au cours duquel nous
avions élaboré les
fondements d’une telle
Société. Ce projet
éphémère n’a vécu que le
temps de la soirée,
pourtant arrosée sans
excès… Mais il était
resté latent dans un
coin de notre cerveau.
Fruit d’une lente
maturation
intellectuelle donc,
mais aussi d’un concours
de circonstance heureux.
Le projet semblait bel
et bien enterré jusqu’au
jour où Jean Dominique
Dewitte m’a
convié à une journée
« mer et Santé »
organisée par la faculté
de médecine, en 1996.
D’une discussion entre
nous au cours du repas
de midi – décidément,
les grands projets
naissent toujours autour
d’une bouteille (d’eau
bien entendu) – émergea
le projet de diplôme
d’université de médecine
maritime qui se
concrétisera en 1998.
Nous voilà donc dans
l’enseignement, et qui
dit enseignement, dit
mise
à jour des connaissances
et organisation de la
recherche dans le
domaine.
C’est ainsi qu’avec
l’appui du premier jour
d’Arnaud
Cénac , nous
avons créé, en janvier
2001, la Société
Française de Médecine
Maritime, cette fois-ci
sur des bases solides,
et après avoir redéfini
plus largement les
contours d’une médecine
maritime moderne. Les
objectifs, inscrits dans
les statuts de 2001,
n’ont pas changé.
Promouvoir l'hygiène et
la santé dans le milieu
maritime, développer les
connaissances médicales
sur le milieu maritime,
l’enseignement et les
spécificités de
l'exercice médical en
milieu maritime, réunir
les médecins, les
chercheurs et tous
professionnels de santé
concernés ou intéressés
par la médecine maritime
et développer des
relations avec les
autres sociétés de
médecine maritime au
niveau international
sont, plus que jamais
d’actualité.
Le défi lancé à une
jeune société telle que
la nôtre est alors
double :
[
Se faire connaître
[
Et surtout se faire
reconnaître comme
interlocuteur valable.
Au terme de ces cinq
années où en
sommes-nous ? Eh bien,
je pense que nous avons
plutôt bien réussi sur
ces deux points. En
effet :
Le site
mersante.com ,
organe de communication
majeur de l’association,
est très bien référencé
dans
google : en
première position si
l’on interroge
« médecine maritime »,
« Santé maritime »,
« mer et santé »,
« maritime
medicine », en
troisième position pour
« maritime
health ». C’est
certainement le site le
plus complet existant
sur ce sujet.
Les trois colloques
« mer et Santé » -
réunions scientifiques
phares de l’association
- qui ont été organisés
par la SFMM en
association avec l’UBO,
ont aussi été des
succès, tant par le
nombre de congressistes
(au moins 80 à chaque
édition) que par les
thèmes variés traités.
Les nombreux contacts
internationaux que nous
avons su nouer ont enfin
contribué à asseoir la
notoriété de notre
Société, notamment au
sein de l’IMHA.
C’est bien notre Société
qui s’est imposée comme
l’interlocuteur français
en matière de médecine
maritime dans
l’association
internationale.
La publication de
travaux et la
participation de la SFMM
à de nombreux colloques
nationaux et
internationaux ont
montré la capacité que
nous avons à étudier
tous les aspects de la
problématique de santé
en milieu maritime. La
participation à des
réunions regroupant des
représentants de
professionnels de la mer
et d’associations
gravitant autour de ce
milieu (je pense par
exemple à l’association
des femmes de marins),
mais aussi des
représentants des
Ministères concernés, de
l’ENIM,
de l’IMP et autres, a eu
pour effet de nous faire
connaître en dehors du
milieu médical.
Enfin, avec 90 adhérents
en 2006, nous avons su
rassembler un pool de
collègues le plus
souvent fidèles et
enthousiastes. Ce n’est
pas si mal par rapport
au autres Sociétés plus
anciennes : la Société
Espagnole compte environ
120 adhérents et la
Société Allemande une
centaine.
Bilan positif
certainement pour ces
cinq ans qui ont permis
aussi de communiquer à
de nombreux congrès
nationaux et
internationaux et de
publier, en particulier
dans les revues
internationales de
médecine maritime.
Les projets ne manquent
pas pour l’avenir. La
SFMM a donc le vent en
poupe et trace
clairement sa route à sa
vitesse de croisière.
Dr Dominique
Jégaden
Président
anvier 2007
Le risque
toxicologique
maritime toujours
d’actualité en 2007
BREST, 10 décembre
2006 - Treize fûts
toxiques contenant
de l’isopropanol,
du méthanol et du
toluène perdus par
un porte-conteneurs
suisse dérivent
entre le Cotentin et
le sud de la
Bretagne.
LISBONNE, 12
décembre 2006 - Le
porte-conteneurs
arrivé lundi à
Viana do
Castelo, au
nord du Portugal,
avec 25.000 tonnes
de méthanol
déversées dans sa
cale, est le suisse
"Safmarine-Leman",
qui avait déjà perdu
13 fûts toxiques au
large des côtes
françaises vendredi,
a indiqué le
commandant du port.
LE HAVRE, 26
déc 2006
- Le cinquième et
dernier navire
chargé de déchets
toxiques qui ont
causé la mort de dix
personnes et
l’hospitalisation de
69 autres, fin août
à Abidjan, est
arrivé mardi
après-midi au Havre,
a-t-on appris auprès
du port autonome.
SIMFÉROPOL
(Ukraine), 5 jan
2007 - Deux marins -
un Russe et un
Ukrainien - ont été
tués et huit autres
hospitalisés
vendredi à la suite
de l'émanation d'un
"gaz toxique" à bord
de leur navire
battant pavillon
sierra-léonais.
Le navire, l'Odisk,
qui se dirigeait du
port ukrainien de
Kertch vers
Istanbul, a émis un
signal de détresse
vendredi matin et a
été immobilisé au
large du port de
Yalta (sud de la
Crimée).. Le navire,
qui comptait dix
membres d'équipage -
trois Russes et sept
Ukrainiens -
transportait des
"matières chimiques"
utilisées dans la
sidérurgie dont la
composition n’a pas
été précisée. A la
suite d'une tempête,
de l'eau a pénétré
dans la cale,
provoquant une
réaction chimique et
le dégagement d'un
gaz hautement
toxique. Après avoir
respiré ce gaz, un
marin est mort à
bord et un autre est
décédé au cours de
son transport à
l'hôpital. Huit
autres hommes, dont
un dans un état très
grave souffrant d'un
oedème du poumon,
ont été hospitalisés
à Yalta.
BREST (France), 6
jan 2007 - Un bateau
de commerce battant
pavillon de l'île de
Man, le City of
Paris, a été dérouté
vers Brest (ouest de
la France) après
avoir été repéré
avec une pollution
par hydrocarbures de
12 km de long sur 15
de large dans son
sillage, a annoncé
samedi matin la
préfecture maritime
dans un communiqué.
La toxicologie
maritime est
d’actualité en cette
fin d’année 2006 et
débute fort en 2007.
L’augmentation du
trafic de produits
toxiques, combinée
aux aléas de la
météorologie et
aussi à certaines
pratiques
criminelles,
ont pour
conséquences de
mettre en danger
souvent mortel les
marins, mais aussi
les populations
littorales. Des
répercussions plus
sournoises
apparaissent, avec
la contamination en
toxiques des
poissons pélagiques,
avec un risque
potentiel dans la
consommation de
poissons. Ces
situations
intéressent, bien
évidemment, les
acteurs de la
médecine maritime
que nous sommes. Que
nous pratiquions la
médecine du travail
maritime ou
portuaire, la
médecine embarquée
ou la médecine
d’urgences
maritimes, nous
sommes confrontés à
des problèmes de
toxicologie – la
prévention ou le
traitement des
intoxications aiguës
ou chroniques. C’est
pourquoi cette
discipline sera
particulièrement
enseignée et
développée dans les
trois options
–citées plus haut –
de la nouvelle
mouture du Diplôme
d’Université de
Médecine Maritime de
l’Université de
Bretagne
Occidentale, qui
verra le jour en
2008.
Dix ans après la
première promotion…
Bonne
Année 2007
Dr
Dominique
Jégaden
Président
Février 2007
Le nouveau DUMM
L’Université de Bretagne
Occidentale a maintenant
une expérience de dix
ans dans l’enseignement
de la médecine maritime.
Pendant ces dix années,
la discipline médecine
maritime s’est
organisée, étoffée,
structurée. Il est vrai
qu’en 1997, nous
partions de zéro et, à
l’époque, nous avions
monté le Diplôme
d’Université de Médecine
Maritime avec les
compétences du moment,
que nous avions pu
rassembler. Ce premier
diplôme était très
généraliste. Depuis, des
besoins très
professionnels se sont
exprimés, en particulier
dans deux domaines : le
service de santé des
gens de mer et les SAMU
de coordination médicale
maritime. Ces demandes
accrues nous ont poussé
à repenser une première
fois la structure du DU.
Il avait évolué en 2004
vers deux certificats
distincts, le certificat
général de médecine
maritime et le
certificat de médecine
d’urgences maritimes. Il
fallait, pour décrocher
le DU, être titulaire de
ces deux certificats et
soutenir un mémoire. En
2007, nous terminons ce
cursus pour en proposer
un autre dès la
prochaine rentrée
2007-2008.
Nous nous sommes aperçu
que, dans l’organisation
à deux certificats, il y
avait fatalement un
certain nombre de
redondances et que ces
certificats tendaient, à
terme, à s’autonomiser,
si bien que l’on
risquait de perdre
l’unité que nous voulons
créer dans la médecine
maritime.
C’est pourquoi nous
avons considéré que,
quelle que soit l’option
choisie, il fallait un
enseignement de base
commun. Après discussion
avec les Professeurs
Arvieux (Anesthésie
réanimation -
responsable du
certificat de médecine
d’urgences maritimes) et
Dewitte (médecine du
travail -responsable du
certificat général de
médecine maritime), nous
avons convenu de donner
au futur DUMM une
organisation de type
mastère européen, basée
sur des Unités
d’enseignement (UE)
donnant un certain
nombre de points
(crédits).
Nous proposerons aux
futurs étudiants
- une base commune
d’une ou deux UE
obligatoires orientées
sur la connaissance du
milieu maritime, la
réglementation et toutes
les matières communes
aux différentes options.
- trois options,
comportant un certain
nombre d’UE obligatoires
:
- Médecine du travail maritime et portuaire - médecine
environnementale -
Médecine des gens de mer
- Médecine embarquée, avec le partenariat de l'Institut
de Médecine Navale de
Toulon.
- Médecine d’urgences maritimes
De nombreux exercices
sur le terrain, travaux
pratiques sont prévus,
soit à Brest, soit à
Toulon.
Un mémoire devra être
soutenu pour être
titulaire de ce DUMM,
dont le cursus pourra se
faire en deux années.
Cette réforme,
nécessaire, aboutira à
proposer aux médecins et
infirmiers un
enseignement pointu,
spécifique, adapté et
très attrayant.
Vous qui aimez la mer et
les bateaux, n’attendez
pas.... Inscrivez-vous.
Rappelez-vous le slogan
célèbre «Engagez-vous
dans la Marine, vous
verrez du pays».
Dr Dominique Jégaden
Président
Avril 2007
BRUITS
La récente parution
d’un arrêté (21 mars
2007) relatif aux
prescriptions de
santé et de sécurité
applicables en cas
d’exposition aux
risques dus au bruit
des personnels
employés à bord des
navires, en
complément du décret
du 23 août 2006 sur
le même sujet,
m’amène à formuler
quelques réflexions
sur ces textes. Ces
deux textes
reprennent mot pour
mot le décret paru
en juillet pour les
salariés exposés au
bruit à terre, en
conformité avec la
directive européenne
2003/10/CE,
notamment en ce qui
concerne les valeurs
limites
d’exposition.
Ces textes peuvent
globalement
s’appliquer aux
marins des navires
de commerce. Ces
navires sont, en
général (je parle
des navires sous
pavillon français),
assez récents de
conception et de
construction. Ils
présentent le plus
souvent des niveaux
de bruits compris
entre 40 et 75 dB
dans les locaux
communs hors
machine. Si la
machine génère des
niveaux toujours
aussi hauts, de
l’ordre de 100 à 110
dB, elle est équipée
d’un local de
surveillance
insonorisé et les
mécaniciens du
commerce portent
bien leurs
protections
auditives lors des
rondes et
interventions sur
l’appareil propulsif
ou ses annexes. Les
textes
réglementaires
auront néanmoins
l’intérêt de
susciter une analyse
généralisée des
niveaux de bruit,
certains navires
pouvant tout de même
déroger aux
nouvelles règles.
Il en va tout
autrement pour une
grande partie des
navires de pêche. Le
petit navire de
pêche côtière,
revenant tous les
soirs au port, peut
avoir un niveau de
bruit compatible
avec le décret, mais
il est certain que
celui-ci est
inapplicable pour
tous les navires de
pêche au large, de
tonnage moyen, en
particulier les
nombreux navires de
20 à 24 mètres.
Pourquoi ? La
plupart de ces
navires ont été
construits il y a
plus de vingt ans,
sans insonorisation
particulière. Ils
font des marées de
plusieurs jours,
donc sans
possibilité de
récupération de la
fatigue auditive
pour les marins. Ces
marins sont soumis
24 heures sur 24 à
des niveaux de
bruits le plus
souvent supérieurs à
80 dB.
Le seul travail
sérieux sur les
niveaux de bruits de
ces navires date des
années 85, produit
par l’équipe
lorientaise
de Dorval et
Andro. Ces
chercheurs avaient
bien montré que sur
ces navires (qui
naviguent toujours
aujourd’hui) le Leq24heures,
c'est-à-dire le
niveau moyen continu
équivalent pour une
période de 24
heures, était de 84
dB A, ce qui
correspond par le
calcul, selon la loi
dite d’isoénergie,
à un Leq8h
de 95 dB A. Nous
avions montré, à
l’époque,
qu’effectivement les
marins pêcheurs
soumis à ces niveaux
de bruits avaient un
déficit auditif
correspondant à
celui de
travailleurs à terre
soumis à des bruits
compris entre 90 et
95 dB A pendant 8
heures par jour. Or,
le décret reprend la
notion très ambiguë
de niveaux d’exposition
quotidienne au
bruit : à terre
c’est entre 6 heures
et 10 heures grand
maximum, ici c’est
24h sur 24 ! Ce qui
implique une
impossibilité de
récupération
auditive. Ayant
perçu la difficulté,
le législateur a
donc introduit en
parallèle la notion
de niveau
d’exposition
hebdomadaire au
bruit, à condition
que ce niveau ne
dépasse pas la
valeur limite
d’exposition de
87dBA. L’arrêté du
21 mars précise
quant à lui que ce
niveau limite
hebdomadaire ne doit
pas dépasser 80 dB
A, conformément à la
résolution
A.468(XII) de
l’OMI.
Le problème est que
la plupart des
navires de pêche
dont nous venons de
parler ont un niveau
hebdomadaire qui se
situe justement
entre 80 et 87
dB…Cette situation
étant spécifique au
milieu maritime de
la pêche, les
données sur le
retentissement
auditif réel de ces
populations
sont
quasi-inexistantes.
Je soulignerai
simplement ici le
récent travail de
Françoise
Trécan*
qui montre bien que
les indices de
pertes auditives
sont plus mauvais
chez les pêcheurs
par rapport aux
autres marins et
qu’ils dépassent la
« ligne rouge »
après l’âge de 40
ans.
Quant aux
protections
auditives, si elles
sont bien portées
chez les mécaniciens
du commerce, il est,
pour l’instant,
illusoire de les
imposer à la pêche.
Bref, la
législation, c’est
bien quand c’est
applicable. Dans le
cas contraire, soit
on interdit à tous
les bateaux de pêche
de naviguer, soit on
ferme les yeux sur
la réglementation,
ce qui ne changera
pas grand-chose, les
pêcheurs ayant une
propension à ne pas
appliquer les
règlements**.
La seule issue
serait de renouveler
la flotte de pêche
par des navires de
conception moderne,
insonorisés. Mais
nous entrons ici
dans le royaume de
l’Utopie.
Dr Dominique
Jégaden
Président
*« Etude
d’approche du
déficit auditif et
de l’exposition
professionnelle au
bruit chez 18109
marins. Quelques
aspects de la
prévention contre le
bruit à bord » F.
Trécan.
Mémoire pour la
capacité en médecine
de santé au travail
et de prévention des
risques
professionnels. UBO,
6 novembre 2006
**«Do fishermen have
a specific
psychological
profile leading them
to risky
behaviours ? »D.
Jégaden,
C. Lemoine, P.
Paris, D.
Landrin, Y.
Eusen,
B .
Loddé, JD
Dewitte.Communication
au symposium
international
Ergomare,
5-6-7 octobre 2006,
Lorient
Mal de
débarquement
Il y a quelques jours,
j’ai vu en consultation une jeune stagiaire en océanographie de
22 ans qui, depuis son débarquement d’une semaine de mer, la
veille, se plaignait d’une sensation d’instabilité persistante
avec vertiges et nausées. Quoi de plus normal que ce
mal de
terre (landsickness) bénin et passager (quelques heures à 48
heures maximum) que beaucoup de gens ressentent dès qu’ils
mettent le pied sur le quai après une période d’embarquement.
Mais la persistance des symptômes et même leur aggravation après
48 heures, m’a conduit à poser le diagnostic de « mal de
debarquement » (en anglais dans le texte !), ce qui, somme
toute, est assez rare. L’examen clinique ne montrait aucun
déficit neurologique, mais j’ai tout de même préféré adresser la
patiente au service ORL de l’hôpital maritime, qui a confirmé le
diagnostic. Les symptômes ont duré six jours, malgré
l’instauration d’un traitement par tanganyl.
Une revue de la
littérature, essentiellement anglo-saxonne, nous apprend que
certains auteurs distinguent plusieurs degrés dans cette
pathologie : mal de terre entre 0 et 48 heures,
mal de
débarquement (MDD) entre 48 heures et un mois,
mal de
débarquement persistant (persistent MDD) au-delà d’un
mois. Cette dernière situation, qui touche essentiellement des
femmes de plus de 40 ans, peut durer des années, jusqu’à 10 ans.
Le désagrément devient alors un véritable handicap.
Des auteurs ont
retrouvé une corrélation significative entre le mal de
debarquement et la susceptibilité au mal de mer. D’autres
estiment que ce mal survient chez des sujets n’ayant pas été
victimes de cinétose pendant l’embarquement. Il semblerait aussi
que le MDD soit proportionnel à la durée de l’embarquement et à
la mauvaise mer.
La physiopathologie
serait la même que celle du mal de mer, la « sensory
rearrangement theory » (Reason et Brand, 1975), mais en sens
inverse, les patients s’étant adaptés aux mouvements du navire,
mais ceci n’explique pas vraiment les MDD persistants.
Le traitement est
difficile. Les traitements contre le mal de mer sont
inefficaces. Les benzodiazépines auraient une efficacité plus
marquée. Certains ont proposé une rééducation vestibulaire avec
succès.
Dr Dominique Jégaden
Président
Persistent mal de
debarquement syndrome : a motion-induced subjective disorder of
balance. Brown JJ, Baloh RW. Am J Otolaryngol. 1987, 8 (4) :
219-222
Survey of mal de
debarquement. Gordon C, Spitzer O, Shupak A, Doweck I. BMJ,
1992, 304: 544
Mal de debarquement
syndrome: a forgotten entity? Murphy TP. Otolaryngol Head Neck
Surg. 1993, 109 (1): 10-13
Clinical features
of mal de debarquement: adaptation and habituation to sea
conditions. Gordon C, Spitzer O, Doweck I, Melamed Y, Shupak A.
J Vestib Res. 1995, 5 (5): 363-369
Mal de debarquement.
Hain TC, Hanna PA, Rheinberger MA. Arch Otolaryngol Head Neck
Surg, 1999, 125 (6) : 615-620
Mal de debarquement
syndrome: a case report. Teitelbaum P. J Travel Med, 2002, 9 :
51-52
Mal de debarquement
and posture: reduced reliance on vestibular and visual cues.
Nachum Z, Shupak A, Letichevsky V, Ben-David J, Tal D, Tamir A,
Talmon Y, Gordon C, Luntz M. Laryngoscope, 2004, 114 (3):
581-586
Inner ear
decompression sickness and mal de debarquement. Tal D,
Dornachevsky L, Bar R, Adir Y, Shupak A. Otology & Neurotology,
2005, 26 (6): 1204-1207
Avril
2008I
Intoxication au CO à bord d’un méthanier.
Début Mars 2008, une
intoxication professionnelle au monoxyde de Carbone s’est
produite à bord d’un méthanier entrant en réparation.Les
méthaniers transportent du gaz sous forme liquéfié. Pour qu’un
accès aux cuves soit possible, il les vide et le méthane sous
forme gazeuse est remplacé par du CO2 et de l’o. L’apport de
Co2et d’O2 est fait à partir d’une combustion d’hydrocarbures.Avant
toute entrée en forme de radoub pour réparation, le navire doit
satisfaire aux contrôles internationaux et obtenir son
certificat Gaz-free.Dans ce cas, la combustion d’hydrocarbures
n’ayant pas été complète, une production importante de CO s’est
enclenchée. Les premiers prélèvements atmosphériques
retrouvaient des taux de CO important dans les cuves et une
ventilation de ces cuves a été mise en place par le personnel du
bord.De nouveaux prélèvements atmosphériques ont été réalisés,
mais leurs modalités n’ont pas permis de détecter la persistance
de ce CO dans les cuves. 8 salariés ont donc été autorisés à
entrer dans les cuves. Après 2 heures de travail, mise en place
du chantier, les premiers signes d’intoxication sont
apparus.Plus de la moitié présentaient des céphalées, 3 des
crampes musculaires pour des efforts modérés et d’autres
symptômes comme troubles de la vigilance, confusion, hyperpnée
ont été notés chez certains. Les taux de carboxyhémoglobine
étaient compris entre 2 et 38%.Une prise en charge médicale avec
oxygénothérapie a permis de traiter les salariés et à ce jour
aucun ne présente de séquelles.Le contrôle ultérieur des taux de
CO dans la cuve notait des doses de 400 ppm à l’étage de travail
des salariés.Ce qui a alerté les salariés et les a stoppé dans
leur descente c’est une forte odeur d’œuf pourri dû à un taux de
H2S de 2 ppm et c’est cette odeur qui a été facteur
d’alerte. L’intoxication au CO est actuellement plus fréquemment
rencontrée en milieu domestique, mais il ne faut pas écarter ce
risque en milieu maritime et notamment portuaire où la présence
d’hydrocarbures est forte.
Lucas D
Membre du CA SFMM
Médecin du travail,
STI, zone portuaire de Brest
3èmes Journées Européennes de
Médecine d’Urgences Maritimes
Les troisièmes Journées
Européennes de Médecine d’Urgences Maritimes se sont déroulées à
Brest, sous un ciel plutôt clément et ensoleillé, les 12 et 13
juin derniers. Organisées pour la première fois par la Société
Française de Médecine Maritime, en collaboration étroite avec le
Service de Santé des Armées, la Marine Nationale, le SAMU 29,
les SAMU de coordination médicale maritime et l’Université de
Bretagne Occidentale, elles furent, de l’avis de tous, très
réussies. Il est vrai que le cadre grandiose du Centre
d’Instruction Naval y a été pour quelque chose. Merci au Dr
Jean-Marie Letort, responsable du SCMM 29 et membre du Conseil
d'administration de la SFMM, pour son engagement dans
l'organisation du congrès, parallèlement à son travail au SAMU.
Ces journées ont été d’une grande tenue scientifique,
confrontant les expériences de chacun. La venue de nos collègues
européens (britanniques, suédois et néerlandais) a, au cours de
la première matinée, justifié amplement le caractère
européen de
ces journées. Les dispositions du nouveau plan ORSEC maritime
ont été précisées et ont fait débat auprès des différents
partenaires présents. De très nombreuses communications sur les
difficultés rencontrées lors des interventions en mer ou sur le
littoral ont souligné aux participants le stress des acteurs et
des malades dans des conditions de sauvetage difficile, le sang
froid des opérateurs, notamment lors des évacuations en
hélicoptère, qu’il provienne des SAMU, de la Sécurité Civile ou
de la Marine Nationale. Ont été aussi bien notées les
difficultés de mise en œuvre des traitements d’urgence,
notamment la sédation.
Les urgences cardiologiques, et surtout les
syndromes coronariens aigus, représentent la première cause
médicale d’évacuation héliportée. Leur pronostic est sombre chez
les marins pêcheurs en particulier, malgré une prise en charge
la plus rapide possible compte tenu de l’éloignement et des
conditions souvent hostiles. D’après C. Bombert (BAN Lanveoc),
ce mauvais pronostic est en grande partie dû au fait que ce sont
les marins pêcheurs eux-mêmes qui ne signalent pas assez tôt les
douleurs thoraciques, perdant un temps précieux, car les dangers
de l’hélitreuillage rendent difficile l’utilisation de la
thrombolyse. Il apparaît donc clairement qu’une information
pratique et généralisée dans le milieu de la pêche sur la
survenue de toute douleur thoracique doit être envisagée, pour
inciter les marins pêcheurs à contacter le plus tôt possible le
CCMM de Toulouse. La SFMM va donc examiner la possibilité de
lancer une campagne sur ce sujet en collaboration avec le CCMM
et le Service de Santé des Gens de mer.
Nouveauté pour ce congrès: la signature d’une
convention entre la SFMM et l’Université de Bretagne Occidentale
sur la prise en compte de ces journées en tant que FMC. Trois
demi-journées ont été retenues pour la FMC, ce qui donnera 12
crédits aux congressistes assidus.
D’ores et déjà, ce sera la SFMM qui
organisera les prochaines journées européennes de médecine
d’urgences maritimes, en collaboration étroite avec le SCMM de
Bayonne, en novembre 2009 à Biarritz. Ce sera aussi le premier
congrès organisé par la SFMM en dehors de son territoire de
naissance et c’est une très bonne nouvelle.
Dr Dominique Jégaden
Président
New look
Les sites internet sont comme les humains :
ils vieillissent, ils grossissent, ils deviennent ingérables...
L’avantage sur les humains, c’est qu’on peut les rajeunir. C’est
ce qui se passe avec mersante.com. Déjà totalement refondu en
2005, il était devenu difficile à mettre à jour.
J’ai donc décidé, une fois de plus, de le
relooker, d’autant que les logiciels de travail ont évolué.
Je vous propose un accès
plus facile aux différentes rubriques grâce à des boutons
dynamiques. Tout y est, sauf la partie base de données
que je n’avais plus le temps et les moyens de mettre à jour. Par
contre, vous trouverez toujours une bibliographie qui sera
progressivement enrichie. Nous aurons les textes intégraux de
toutes les références bibliographiques citées
et
les membres (à jour de cotisation of course !) pourront
nous en demander une photocopie.
J’ai également gardé des pages réservées aux
membres, accessibles par un mot de passe qui a été changé pour
l’occasion. Vous y trouverez les bulletins (« La Lettre de
médecine maritime ») en version pdf.
J’espère que cette nouvelle mouture vous
conviendra et j’attends vos critiques et remarques, afin
d’améliorer ce merveilleux outil de travail et de communication.
Dr Dominique Jégaden
Président
Octobre 2008
Toujours le bruit...
Il y a 25
ans, Andro et Dorval, de l’IUT de Lorient, avaient publié une
vaste étude sur le bruit des navires de pêche et avaient montré
que les niveaux de bruit étaient quasi toujours supérieurs à 80
dB, sur une période de 24 heures (le niveau continu équivalent
d’un chalutier moyen
de 24 mètres – ou Leq24h - était calculé à 83 dB(A))
et aussi sur une période de 14 jours. J’avais moi-même montré ,
à la même époque, que l’atteinte auditive des marins pêcheurs
embarquant sur ces navires était marquée, du même ordre que
celle de travailleurs exposés à 90 dB, 8 heures par jour (le
marin, lui, est exposé 24h/24…).
Je me
souviens qu’un député (celui de Concarneau je crois), ayant lu
nos conclusions à l’issue d’un congrès, avait posé une question
au Gouvernement sur ce sujet. La lettre avait du transiter dans
moult bureaux avant d’atterrir sur celui du chef du Service de
Santé des Gens de mer du moment, sensé préparer une réponse au
Ministre. Le cocasse, dans cette histoire, c’est qu’il me
téléphona (alors que j’avais quitté le service) pour glaner des
éléments de réponse. Alors donc que j’avais été à l’origine de
la question, je devais aussi y répondre! Je n‘ai pas su s’il y
en eût une puisque je n’ai plus entendu parler de rien ensuite.
D’ailleurs, il ne s’est plus rien passé concernant les effets du
bruit sur la santé des marins pêcheurs jusqu’à la dernière
transcription du décret bruit de 2006 dans le code du travail
maritime. Cette même année, notre consœur F. Trécan, dans son
mémoire de capacité de médecine du travail, confirmait bien
l’atteinte auditive plus importante des marins pêcheurs (pêche
au large surtout) par rapport aux autres catégories de marins,
ce qui ne suscita, chez moi, aucun étonnement. En effet, depuis
25 ans, les navires de pêche au large n’ont pas franchement
évolué, puisque, dans leur grande majorité, ce sont les mêmes
aujourd’hui. Les marins ont donc eu tout le temps de peaufiner
leur hypoacousie. Le problème dépasse d’ailleurs la seule
atteinte auditive, puisque de nombreux travaux, dont certains
très récents et de grande envergure, ont montré qu’il y avait
une relation entre accidents, bruit et hypoacousie. Selon
certaines études, 12% des accidents seraient directement liés au
bruit excessif dans les usines. Il est donc très vraisemblable
que l’exposition à plus de 80 dB 24 heures sur 24 ait aussi,
comme à terre, une certaine responsabilité dans une partie tout
au moins des nombreux accidents que cette profession subit. Il a
été en effet bien démontré que quelqu’un qui a une baisse
d’audition et qui travaille dans une ambiance supérieure à 80 dB
avait une perturbation du comportement (mauvaise compréhension
des signaux, mauvaise interprétation, perturbations cognitives…)
pouvant générer une situation accidentelle. Je dirai même que le
milieu maritime doit être plus touché que le milieu terrien, par
la non récupération (bruit continuel) et par les perturbations
du sommeil qui sont inévitables dans cet environnement et qui
engendrent à coup sûr un surcroît de fatigue et de troubles de
la vigilance ,
augmentant le risque d’accidents. Bref, tous les ingrédients y
sont pour maintenir un taux élevé d’accidents à la pêche.
Il est donc urgent de
s’en préoccuper. Mais comment? Pour qui n’a pas étudié la
question, la réponse est simple : il suffit de rendre
obligatoire à bord le port de bouchons d’oreille. Cette
solution, qui semble évidente à première vue (mais pourquoi
alors n’a-t-elle pas été proposée?) est sans doute une
prévention inappropriée sinon dangereuse. Inappropriée pourquoi?
Parce que de nombreux travaux ont montré que les protecteurs
d’oreilles (au sens large) doivent impérativement être portés
pendant toute la durée de l’exposition pour être réellement
efficaces. Cela voudrait dire que les marins devraient porter 24
heures sur 24 leurs bouchons d’oreille… Permettez-moi de ne pas
y croire beaucoup. Dangereuse pourquoi ? Parce que plusieurs
travaux récents ont mis l’accent sur le fait que les accidents
étaient aussi plus nombreux chez des sujets porteurs de bouchons
d’oreilles… car ils les rendaient tout simplement sourds, et
donc semblables aux hypoacousiques. Attention donc avant de se
lancer dans une opération qui, si elle se veut de prévention,
pourrait devenir l’inverse. Nous sommes en fait dans une
impasse, à moins d’équiper des pêcheurs de casques « actifs » du
type pilotes d’avions ou d’hélicoptères et de transmettre les
ordres par radio.
Sinon, le seul avenir
réellement efficace sera dans la construction de nouveaux
navires, ayant intégré une insonorisation digne de ce nom , au
moins en ce qui concerne les locaux-vie (cabines et carré). Mais
il ne semble pas que ce soit pour demain.
Dr Dominique Jégaden
Président
« Nuisances sonores et lutte contre le
bruit à bord des navires de pêche » Andro M., Dorval P., Le
Bouar G., Le Bourser , Le Roy Y., Repecaud M.: Rapport IUT
Lorient, UBO, 1989
« Atteinte auditive des marins de
pêche au large » Jégaden D. Communication, 4ème
congrès de la Société d'Hygiène et de médecine du travail dans
les Armées, Brest, 1990
« Hearing loss as a risk factor for
agricultural injuries » Choi SW et al., American Journal of
Industrial medicine, 2005
« Occupational noise as a risk factor
for work-related injuries » Cordeiro R et al., Rev Saude
Publica, 2005; 39; 3, 1-5
« Noise and occupational health and
safety » A. Smith , B. Wellens, NOISEATWORK2007
« Evaluation of increased accident
risk by noise at workplaces » Toppila E. et al.,
NOISEATWORK2007
« Environmental noise, sleep and
health » A. Muzet, Sleep Medicine Reviews, 2007, 11, 135-142
« Association of work-related
accidents with noise exposure in the workplace and noise-induced
hearing loss based on the experience of some 240000 person-years
of observation » Picard M. et al., Accident Analysis and
Prevention, 2008
« Effects of working conditions and
sleep of the previous day on cognitive performance » D.
Ansiau, P. Wild, M. Niezborala, I. Rouch, JC.
Marquié, Applied Ergonomics, 2008, 39,
99-106
Janvier-février 2009
Océans et santé humaine: une
discipline émergeante ?
Le dernier
numéro de la revue Environmental
Health (2008,
7; supplement
2) est consacré à la question «Océans et santé humaine». La
revue explique que cette thématique est en pleine expansion au
niveau scientifique et que plusieurs centres de recherche ont
été ouverts, principalement aux Etats-Unis. En 2004, la
National Science Foundation
(NSF) et le National Institute of
Environmental Health Science
(NIEHS) se sont rassemblés pour créer quatre centres pour les
Océans et la santé humaine (Centers
for Oceans and Human Health ou
COHH). Ont donc été ouverts tout récemment le COHH de
l’Université de Miami, le Pacific Research Center for Marine
Biomedicine à l’Université de Hawaii, le Pacific Northwest
Center for Human Health and Ocean Studies de l’Université de
Washington et le Woods Hole Center for Oceans and Human Health à
l’Institut de Technologie du Massachussets. En même temps, le
National Oceanic and Atmospheric
Administration (NOAA) ouvrait trois
autres centres à Seattle, Charleston (Caroline du Sud) et Ann
Arbor dans le Michigan. L’éditorial décrit ensuite trois grandes
familles de risques: les microbes pathogènes, dont
Staphyllococcus aureus,
Naegleri fowleri
et Legionella pneumophila, vibrio
cholerae;
les algues toxiques responsables de la ciguatera, mais aussi
Alexandrium fundyense
et Pseudonitzschia;
enfin les changements climatiques globaux. En France, c’est bien
sûr Ifremer qui travaille sur tous ces sujets.
Le titre de
l’éditorial induit la notion de discipline émergeante1.
En fait, il s’agit, à mon sens, d’une branche de la médecine
maritime et non pas d'une nouvelle discipline. Rappelons que, si
les rejets venus de terre et se déversant en mer sont une source
de pollution bactérienne et virale des eaux côtières, ce sont
les navires qui ont été (et restent) les plus importants
vecteurs de dissémination des virus, bactéries, algues et autres
coquillages, notamment par les eaux des ballasts.
Je m’étonne d’ailleurs
que la contamination chimique ne soit pas nommée dans les
grandes familles de risques. Deux articles parus en 2008 sont
très intéressants à ce sujet. Le premier 2 montre
pour la première fois l’imprégnation humaine de TBT (tributylétain),
ce dangereux composant des antifoulings actuellement interdit,
par le biais de la consommation de poisson, chez des pêcheurs
finlandais. Le deuxième article3
met en évidence chez les femmes de pêcheurs suédois des
anomalies de croissance fœtale et de poids de naissance, du fait
de la consommation de poisson contaminé par des polluants
organochlorés persistants (POP). La démonstration est belle,
comme savent si bien le faire les épidémiologistes nordiques.
La médecine maritime
est donc une entité bien vivante et pleine d’intérêts.
Internationale fatalement, puisque les océans baignent tous les
continents, elle nous encourage à la promouvoir et à la
développer en France bien sûr, mais aussi avec le concours
d’autres pays. C’est l’objectif, en 2009, du 3ème
congrès international hispano-francophone de médecine maritime à
Agadir, du Xème Symposium international de médecine
maritime à Goa (Inde) et des 4èmes Journées
européennes de médecine d’urgences maritimes à Biarritz.
Bonne Année 2009
Dr Dominique Jégaden
Président
1 «Centers for Oceans
and Human Health: contribution to an emerging discipline» Laws
E., Fleming J., Stegerman J. Environmental Health, 2008, 7 (suppl
2):S1; 1-5
2 "Blood levels of
organotin compounds and their relation to fish consumption in
Finland" Rantakokko P., Turunen A., Verkasalo P., Kiviranta H.,
Männistö S., Vartiainen T. Science of the Total Environment,
2008, 199; 90-95
3 "Reproductive
toxicity of seafood contaminants: Prospective comparisons of
Swedish east and west coast fishermen’s families" Axmon A.,
Rylander L., Rignell-Hydbom. Environmental Health, 2008, 7; 20;
1-10
Mars-avril 2009
Le mal de mer: une pathologie
toujours d’actualité
La plus vieille
pathologie des gens qui vont sur la mer suscite toujours autant
d’intérêt, bien qu’elle se soit fondue dans l’ensemble plus
vaste des maladies dues aux mouvements, le
motion sickness
des anglo-saxons. Si le modèle de Reason et Brand (1975) fait
l’unanimité en prônant la théorie du conflit sensoriel par
comparaison à un schéma interne (sensory
rearangement theory), il n’a pas
répondu à toutes les questions. A la suite de O’Hanlon et
McCauley (1974) qui avaient mis en évidence le fait que c’était
le mouvement vertical qui était la seule composante provoquant
le mal de mer, l’équipe néerlandaise de Bos et Bles a redéfini
la théorie de Reason en la nommant
subjective vertical conflict (SV-conflict),
intégrant le principe que c’est la représentation interne de la
gravité qui est perturbée dans l’apparition du conflit. Mais
alors qu’en est-il du fameux roulis–tangage? Dans une
intéressante étude publiée en 1998, cette même équipe
hollandaise montrait que si le mouvement vertical, le
soulèvement,
était une composante indispensable à l’apparition du mal de mer,
les mouvements de roulis et de tangage avaient aussi leur
importance. Dans ce travail, treize hommes et neuf femmes ont
été soumis à différentes situations: alors que l’exposition du
groupe à uniquement du roulis combiné à du tangage n’a provoqué
qu’un seul cas de naupathie, le mouvement vertical seul n’en
générait aucun, mais le taux de malades grimpait à 50% en
associant les trois composantes .
En fait, ce seraient les mouvements de la tête,
directement liés à la combinaison roulis/tangage qui, combinés
avec un mouvement de soulèvement, seraient pourvoyeurs du fameux
conflit. Il est savoureux de rappeler la publication en 1810
d’une nouvelle
théorie par
le médecin britannique Wollaston: «Tous ceux qui ont éprouvé le
mal de mer, indépendamment du tournoiement de tête, s’accordent
à dire que le moment le plus pénible est celui qui répond à la
descente rapide du navire avec la vague qui l’avait élevé; c’est
pendant cette chute que le sang exerce une pression plus
particulière sur le cerveau»…
Actuellement,
les recherches sur le mal de mer semblent se diriger dans deux
directions: d’une part une meilleure connaissance de la
susceptibilité au mal, et d’autre part la modélisation des
circonstances de son apparition. Si la suceptibilité au mal de
mer est connue depuis longtemps, des travaux très récents ont
tenté de mieux la cerner. Pour cela, un questionnaire a été mis
au point, le Motion Sickness
Susceptibility Questionnaire.
Buyuklu et al. (2008) rapportent que, dans une population
soumise à ce test, 75% des sujets définis comme susceptibles au
mal des transports sont sujets au mal de mer, 90% au mal des
voitures, 10% au mal de l’air et 5% au mal des simulateurs,
résultats qui me suggèrent que ce test n’est peut-être pas le
plus adapté au milieu maritime. 10% des sujets classés dans les
non susceptibles se plaignent de mal de mer en conditions
extrêmes. Cette équipe montre aussi qu’il existe une différence
significative entre les hommes et les femmes, ces dernières
étant plus sensibles. Un travail tout récent (2009) de l’équipe
allemande de Meissner retrouve, par exemple, une différence
significative entre les niveaux de cortisol et la susceptibilité
au mal des transports chez l’homme (pas significatif) et chez la
femme (très significatif) .
La deuxième voie de recherches est la modélisation de la
prédiction de la survenue du mal de mer à différents endroits
d’un navire, tout cela à partir d’impressionnantes formules
mathématiques moulinées par de puissants ordinateurs. On y
introduit par exemple la MSI (Motion Sickness Incidence),
qui est le pourcentage de passagers qui vomissent dans les deux
heures, dont la formule contient, entre autres l’accélération
verticale, ou encore la VI (Vomiting incidence) qui est
la probabilité de vomissement dans une population de passagers.
On y entre aussi la forme du navire, sa vitesse, son centre de
gravité, ses moments d’inertie, l’état de la mer et la direction
des vagues, la distribution des locaux à bord et celle des
passagers. Bien sûr, tout cela est du domaine de l’architecture
maritime, mais je signalerai juste un intéressant article qui
vient de paraître dans la revue
Applied Ergonomics (sous presse),
signé par B. Award et Al., qui étudie l’apparition des
différents symptômes du mal de mer chez un équipage d’un supply,
intégrant la susceptibilité au mal de mer, les mouvements du
navire, mais aussi la fatigue et les troubles du sommeil. Les
problèmes deviennent critiques lorsque l’accélération verticale
(toujours elle) dépasse la valeur de 0,6 m/s².
Le remède à
tout cela? Notre grand ancien Keraudren l’avait déjà décrit en 1818 dans
son Mémoire sur le Mal de Mer :
« L’habitude seule peut nous rendre insensibles à l’ondulation,
à l’agitation des flots de l’océan. Voyez le matelot pendant la
tempête: il conserve son attitude, son agilité; il monte, il
descend, il exécute les travaux les plus difficiles ; les vents
et les flots conspirent à le renverser, il reste inébranlable,
il ne cède ni aux vents ni aux flots, il ne suit que sa volonté.
C’est en vain que le navire est balloté dans tous les sens, son
corps se plie à ces mouvements répétés, et conserve son
équilibre: si l’un des côtés du vaisseau s’élève, la jambe de ce
côté fléchit comme d’elle-même, tandis que l’autre reste tendue;
si la poupe ou la proue s’enfonce, le tronc se porte
insensiblement en avant ou en arrière. Tous ces mouvements
s’opèrent sans préméditation, presque automatiquement, et par le
seul effet de l’habitude. L’homme n’est plus alors séparé du
vaisseau, il fait pour ainsi dire corps avec lui; il n’en reçoit
plus aucune percussion, et par conséquent ses organes ne sont
plus ébranlés. Voilà ce qu’on appelle être amariné, avoir le
pied marin:
on n’a plus à craindre alors les atteintes du mal de mer.»
Quelle belle observation.
Dr Dominique
Jégaden
Président
Reason JT, Brand
JJ : Motion sickness. Londn: Academic Press, 1975
O’Hanlon JF, Mc
Cauley ME: Motion sickness as a function of the frequency and
acceleration of vertical sinusoidal motion. Acrospace Medicine,
1974, 45, 366-369
Bles W, Bos J, de
Graaf B, Groen E, Wertheim A: Motion sickness: only one
provocative conflict? Brain Research Bulletin, 1998, 47, 5,
481-487
Wertheim A, Bos J,
Bles W: Contributions of roll and pitch to sea sickness. Brain
Research Bulletin, 1998, 47, 5, 517-524
Bos J, Bles W,
Groen E: A theory on visually induced motion sickness. Displays,
2008, 29, 47-57
Buyuklu F, Tarban
E, Ozlioglu L: Vestibular functions in motion sickness
susceptible individuals. Eur Arch Otorhinolaryngol, 2009,
(published online 26 february 2009)
Meissner K, Enck P,
Muth ER, Kellermann S, Klosterhalfen S: Cortisol levels predict
motion sickness tolerance in women but not in men. Physiology &
Behavior, in press, 2009
Pérez Arribas FL,
López Piñeiro A: Seasickness prediction in passenger ships at
the design stage. Ocean Engineering, 2007, 34, 2086-2092
Haward B,
Lewis C, Griffin M: Motions and crew responses on an offshore
oil production and storage vessel.
Applied Ergonomics, in
press, 2009.
Keraudren: Mémoire
sur le Mal de mer, Ann. Marit, IIe Partie, N°149, 1818
JUIN -
JUILLET 2009
1er Congrès international de Médecine Maritime,
tropicale et Hyperbarique
Gdynia, 4-6 juin 2009
A l’occasion du 70ème
anniversaire de l’institut de médecine maritime et tropicale de
Gdynia, le Pr Jaremin, son directeur, a organisé, du 4 au 6 Juin
2009, le premier congrès de Médecine Maritime, Tropicale et
Hyperbarique.
Différentes sessions ont ainsi été proposées : médecine
hyperbare, médecine tropicale, médecine des voyages et médecine
maritime avec pour principe la présentation des dernières
connaissances, type « state of the art », sur le sujet.
En ce qui concerne la médecine Maritime, l’éducation et
la prévention primaire chez les marins ont été au centre de
nombreuses communications. Ainsi, le Pr Saarni de l’université
finlandaise de Turku, a développé la nécessité d’une promotion
de l’activité physique régulière au sein de cette population
cumulant de nombreux facteurs de risque cardiovasculaires
(syndrome métabolique, tabac, stress). Le Pr Smith de Cardiff a
quant à lui décrit les principales causes de fatigue chez les
marins et conclut sur le rôle majeur de l’éducation des marins à
s’astreindre à des moments de repos. Au travers de ces
communications, l’adhésion des armateurs à ces campagnes de
sensibilisation a pu être démontrée. Il n’en reste pas moins
qu’il est souvent difficile pour nous, médecins, de trouver tous
les arguments de promotion de ces campagnes face aux arguments
économiques des armateurs.
Le sujet des risques psychosociaux chez
les marins a également été abordé, par le Pr Jaremin, à travers
une étude sur les cas de suicides des marins anglais employés
dans la marine marchande entre 1919 et 2005. Il en ressortait
que la mort arrivait à bord pour 34% d’entre eux et résultait de
chutes par-dessus bord en grande majorité. L’approche des
facteurs de stress chez les marins philippins qu’a pu brièvement
exposer le Dr Eliseo montrait que cette population souffrait des
différences culturelles à bord (officiers de nationalité et
culture différentes de la leur) et de l’éloignement familial
(très long séjours en mer, lors des retours à terre, longueur et
difficulté des trajets et nécessité de poursuivre la formation
maritime rend les contacts familiaux rares et trop brefs).
Une autre session était dédié à
l’industrie de la pêche et au risque accidentel. Le Pr Canals,
de l’université de Tarragone, nous a présenté les risques
professionnels auxquels sont soumis les marins-pêcheurs. Au
cours de cette session, j’ai eu le plaisir de communiquer sur
les allergies professionnelles dans l’industrie de la pêche. Une
très intéressante expérience, menée par le NIOSH dans le golfe
du Bengale, ayant
pour but l’amélioration des
conditions de sécurité à bord des navires de pêche a été exposée
par le Pr Conway. Un autre formidable axe de prévention a été
présenté par le Dr Idnani qui a mis en place, en collaboration
avec les armateurs et les pouvoirs politiques locaux, un système
de formation et de contrôle sécurité à bord des navires indiens
mais aussi du Sri-Lanka et du Pakistan.
Pendant ce temps, la session sur les maladies transmissibles à
bord était menée de main de maître par notre collègue le Pr
Bronstein. Il a également présenté les dernières connaissances
sur les épidémies gastro-intestinales à bord des navires. Au
cours de cette session les communications du Pr Lucas, du centre
de télémédecine de Whashington DC, sur les pathologies
dermatologiques et l’inhabituelle étude du Dr Eliseo sur le sida
chez les marins ont marqué les esprits.
Comme vous pouvez le constater, le niveau scientifique de
ce congrès était très élevé et nous ne pouvons citer tous les
auteurs dans cet édito.
Nous voulons vraiment
féliciter le Pr Jaremin qui a
réussi un superbe congrès avec une organisation parfaite dans
une excellente ambiance très conviviale.
Dr Lucas D
Trésorier
3ème Congrès
International Hispano-francophone de Médecine Maritime
AGADIR (Maroc) 3 et 4 juillet 2009
Par sa proximité
géographique, culturelle, économique et linguistique avec les
deux pays européens Espagne et France, le Maroc était tout
désigné pour accueillir le
troisième congrès international
hispano-francophone de médecine maritime. C’est donc le
Département de la Pêche Maritime du Ministère de l’Agriculture
et de la Pêche du Maroc qui en a été l’organisateur local, dans
cette cité balnéaire d’Agadir, en relation étroite avec les
Sociétés Française (SFMM) et Espagnole (SEMM) de médecine
maritime, sous le patronage de l’International Maritime Health
Association. Le Congrès a eu lieu les 2 et 3 juillet 2009 et a
rassemblé une centaine de participants. Il a été inauguré par le
Secrétaire Général du Département de la Pêche maritime du Maroc,
Mr Mohamed Tarmidi.
Le thème de ce troisième congrès a été
naturellement axé sur la pêche, et en particulier la petite
pêche. Quel que soit le pays, en effet, la petite pêche
rassemble une grande majorité des pêcheurs et un très grand
nombre d’embarcations, ce qui fait de ce secteur un acteur
économique de premier plan. Une intéressante table ronde sur la
santé à la petite pêche s’est déroulée sous la houlette du Pr El
Kholti, professeur de médecine du travail à l’Université de
Casablanca, avec les interventions des docteurs Yendis
(Venezuela), Cherkaoui (Maroc), Canals (Espagne) et Jégaden
(France). Si tout le monde est d’accord sur la définition de la
petite pêche – navires de moins de 12 mètres, navigant moins de
24 heures à une distance de moins de 20 miles du port –
d’importantes différences ont été notées d’un pays à l’autre
dans la prise en charge de la santé et de la sécurité de ces
marins. Le recensement des navires et des marins ainsi que les
modalités de la surveillance médicale sont à peu près similaires
en France et en Espagne. Une particularité a été soulignée pour
certains ports espagnols méditerranéens qui emploient 30%
d’immigrés marocains à la petite pêche. Au Maroc, le nombre de
petits pêcheurs est considérable et le jeune service de santé
des gens de mer a fort à faire pour assurer la surveillance
médicale d’une telle population. Néanmoins, un récent programme
(« IBHAR ») a été lancé afin d’améliorer les conditions des
pêcheurs. Au Venezuela, le problème majeur est l’absence de
structure administrative et donc l’ignorance du nombre de petits
pêcheurs et de navires. La table ronde a surtout permis de faire
un état des lieux de la petite pêche en particulier au niveau des
risques pour la santé qu’encourent ces marins (traumatismes,
plaies, chutes à la mer, problèmes lombaires et articulaires),
mais le temps a manqué pour aborder des problèmes essentiels
comme les conditions d’aptitude médicale spécifiques à ces types
de pêche par rapport aux autres marins ou encore les pistes
pouvant permettre d’améliorer la sécurité de ces marins.
Le deuxième thème abordé
a été un point sur la formation en médecine maritime. En effet,
les seuls pays ayant développé une formation universitaire
complète pour les médecins et cadres de santé sont l’Espagne et
la France. Le congrès a été l’occasion d’actualiser ces données.
En Espagne, le Mastère de médecine maritime, auparavant proposé
par l’Université de Tarragone, sera développé par l’Université
de Cadix, en espagnol et en anglais. En France, le Diplôme
d’Université de Médecine Maritime, délivré par l’Université de
Brest a développé trois options complémentaires, la médecine du
travail maritime, la médecine embarquée et la médecine
d’urgences maritimes. Des échanges sont en cours pour ouvrir à
Casablanca un diplôme similaire à celui de Brest. Le congrès
aura été l’occasion de lancer une collaboration entre les
universités de Cadix et de Brest
en vue d’échanger professeurs et
étudiants.
Un certain nombre d’intéressantes
communications ont été présentées le jeudi 2 juillet après
midi : analyse des accidents de travail à la pêche maritime et
mesures préventives au Maroc (Mr El Kouhen), traumatismes sur
les navires de pêche et télécommunications maritimes (Dr Parant,
CCMM Toulouse), risques cardiovasculaires chez les pêcheurs (Dr
Berciaud, SSGM Paris), évaluation des troubles du sommeil chez
les pêcheurs marocains (Dr Ghailan, Tanger), un cas de
rhizarthrose chez un pêcheur de poulpe (Dr Loddé, Dr De Fleurian,
UBO), la fiche médico-professionnelle concernant le métier de
marin pêcheur en France (Pr Dewitte, UBO), rapport médical sur
un décès d’un matelot à bord d’un chalutier (Dr Ntite, Gabon),
un cas d’asthme professionnel au métabisulfite (R. Pougnet,
UBO), une campagne de promotion de la santé dans le port de
Tanger (Dr Amsaf, Tanger).
Des communications à
visée plus générale ont été présentées le vendredi 3 juillet,
notamment sur le système de gestion intégrée de la sécurité dans
le port de Bilbao (Mr Garcia, Bilbao), les compétences en
formation sanitaire maritime des ingénieurs maritimes de
l’Université du Pays Basque espagnol (Dr Castaños, Bilbao), la
gestion des urgences de santé publique de portée internationale,
le cas de la grippe A
H1N1 (Mr Barkia, Maroc),
l’addiction chez les marins marocains (Dr Kahlain, Casablanca),
le syndrome métabolique chez les marins (Dr Bouza, La Corogne)),
l’intérêt de l’imagerie photographique en télémédecine dans les
accidents à la pêche (Dr Parant, Toulouse).
Trois
posters espagnols ont été affichés : effets délétères de
l’exposition chronique aux rayonnements solaires chez les
pêcheurs (Dr Monfort, Santander), stratégie espagnole de
prévention des risques professionnels (Dr Orosa, La Corogne),
assistance sanitaire aux bateaux de pêche à partir de
l’Esperanza del Mar (Pr Burgos, Teneriffe).
L’IMHA était représentée par le Dr Sally
Bell, secrétaire du Conseil d’Administration.
Le congrès a donc été
très riche et diversifié. Le vendredi après-midi a été agrémenté
par une promenade en bateau au large de la ville d’Agadir et le
samedi
par une visite de la ville
d’Essaouira.
Le succès de la troisième édition de ce
congrès montre bien l’intérêt grandissant de la médecine
maritime tant dans les pays francophones (étaient représentés la
France, le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon)
qu’hispanophones (avec la participation de représentants de
l’Espagne, du Portugal et du Vénézuela). Le prochain congrès
aura lieu du 19 au 23 octobre 2010 à Cadix (Espagne).
Dr
Dominique Jégaden
Président
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