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Janvier 2009

Océans et santé humaine: une discipline émergeante ?

Le dernier numéro de la revue Environmental Health (2008, 7; supplement 2) est consacré à la question «Océans et santé humaine». La revue explique que cette thématique est en pleine expansion au niveau scientifique et que plusieurs centres de recherche ont été ouverts, principalement aux Etats-Unis. En 2004, la National Science Foundation (NSF) et le National Institute of Environmental Health Science (NIEHS) se sont rassemblés pour créer quatre centres pour les Océans et la santé humaine (Centers for Oceans and Human Health ou COHH). Ont donc été ouverts tout récemment le COHH de l’Université de Miami, le Pacific Research Center for Marine Biomedicine à l’Université de Hawaii, le Pacific Northwest Center for Human Health and Ocean Studies de l’Université de Washington et le Woods Hole Center for Oceans and Human Health à l’Institut de Technologie du Massachussets. En même temps, le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) ouvrait trois autres centres à Seattle, Charleston (Caroline du Sud) et Ann Arbor dans le Michigan. L’éditorial décrit ensuite trois grandes familles de risques: les microbes pathogènes, dont Staphyllococcus aureus, Naegleri fowleri et Legionella pneumophila, vibrio cholerae; les algues toxiques responsables de la ciguatera, mais aussi Alexandrium fundyense et Pseudonitzschia; enfin les changements climatiques globaux. En France, c’est bien sûr Ifremer qui travaille sur tous ces sujets.

Le titre de l’éditorial induit la notion de discipline émergeante1. En fait, il s’agit, à mon sens, d’une branche de la médecine maritime et non pas d'une nouvelle discipline. Rappelons que, si les rejets venus de terre et se déversant en mer sont une source de pollution bactérienne et virale des eaux côtières, ce sont les navires qui ont été (et restent) les plus importants vecteurs de dissémination des virus, bactéries, algues et autres coquillages, notamment par les eaux des ballasts.

Je m’étonne d’ailleurs que la contamination chimique ne soit pas nommée dans les grandes familles de risques. Deux articles parus en 2008 sont très intéressants à ce sujet. Le premier 2 montre pour la première fois l’imprégnation humaine de TBT (tributylétain), ce dangereux composant des antifoulings actuellement interdit, par le biais de la consommation de poisson, chez des pêcheurs finlandais. Le deuxième article3 met en évidence chez les femmes de pêcheurs suédois des anomalies de croissance fœtale et de poids de naissance, du fait de la consommation de poisson contaminé par des polluants organochlorés persistants (POP). La démonstration est belle, comme savent si bien le faire les épidémiologistes nordiques.

La médecine maritime est donc une entité bien vivante et pleine d’intérêts. Internationale fatalement, puisque les océans baignent tous les continents, elle nous encourage à la promouvoir et à la développer en France bien sûr, mais aussi avec le concours d’autres pays. C’est l’objectif, en 2009, du 3ème congrès international hispano-francophone de médecine maritime à Agadir, du Xème Symposium international de médecine maritime à Goa (Inde) et des 4èmes Journées européennes de médecine d’urgences maritimes à Biarritz.

Bonne Année 2009

Dr Dominique Jégaden

Président

1 «Centers for Oceans and Human Health: contribution to an emerging discipline» Laws E., Fleming J., Stegerman J. Environmental Health, 2008, 7 (suppl 2):S1; 1-5

2 "Blood levels of organotin compounds and their relation to fish consumption in Finland" Rantakokko P., Turunen A., Verkasalo P., Kiviranta H., Männistö S., Vartiainen T. Science of the Total Environment, 2008, 199; 90-95

3 "Reproductive toxicity of seafood contaminants: Prospective comparisons of Swedish east and west coast fishermen’s families" Axmon A., Rylander L., Rignell-Hydbom. Environmental Health, 2008, 7; 20; 1-10