LE PALUDISME CHEZ LES MARINS
Quelles solutions envisager pour une protection adaptée ?
Docteur
Véronique Le Bihan Majeste-Larrouy
I.
HISTORIQUE
DU PALUDISME
Le
paludisme, maladie parasitaire la plus importante de l’espèce humaine, a vu
son histoire décrite depuis plus de 2000 ans!
Dès
l’Egypte ancienne (1600 à 600 avant J.C. ), on notait déjà sur papyrus
des fièvres liées à certains phénomènes météorologiques (5). Avant l’ère
chrétienne, à Rome, le paludisme existait, probablement importé par les
esclaves d’origine africaine et les soldats
d’Hannibal.
Les grands
médecins arabes, tels Avicenne ou Avenzoar, héritiers du savoir
gréco-latin, apportèrent quelques progrès à la connaissance clinique du
paludisme (les splénomégalies) et insistèrent sur l’influence néfaste
des marécages et le rôle probable des moustiques. La malaria leur apparut
directement liée à l’insecte: « une terre malsaine est une terre
buissonnière et marécageuse infestée de moustiques qui sont le nid du
mal » d’après Harès ibn Khalda.(5) Du marécage émanait le
« mauvais air », la malaria pour les italiens,
le terme paludisme provenant de l’ancien français
« palud » qui n’était autre que le marais.
L’urbanisation,
le drainage, les cultures eurent un effet bénéfique sur les fièvres mais le
Moyen-Age connut une flambée de paludisme. Le château de Versailles eut
même son lot de victimes en faisant périodiquement des ravages parmi les
ouvriers. Plusieurs milliers furent décimés lors de travaux sur l’ aqueduc
de Maintenon.
Au XVIIème siècle, le quinquina
importé d’Amérique est pour la première fois utilisé pour combattre les
fièvres. Cette poudre, aussi dénommée
poudre des Jésuites, poudre de la Comtesse
ou poudre du Cardinal, devra attendre 1820 et Caventou pour que ce dernier en
extrait la quinine.
Au XVIIIème siècle, les
progrès de la construction navale ouvrent les routes maritimes à la
navigation hauturière à des explorateurs comme Cook, Bougainville et La
Pérouse. Les médecins embarqués sont confrontés à des fièvres tropicales
similaires aux fièvres des marais d’ Europe.
Il faudra
attendre le XIXème siècle pour découvrir
l’hématozoaire responsable du paludisme grâce à
Alphonse Laveran, médecin militaire au « service des
fiévreux » en Algérie qui, en 1880, mit en évidence l’origine
parasitaire des cellules observées, le plasmodium. La transmission du
parasite à l’ homme a été, pour sa part, mise en évidence par Ronald
Ross en 1897. Ce dernier démontre qu’un insecte de type anophèle femelle
est responsable par sa piqûre de la propagation parasitaire.
Mais,
malheureusement, la sombre histoire du paludisme continue à tel point que la
période 2001-2010 a été déclarée par les Nations Unies « décennie
pour faire reculer le paludisme dans les pays en développement » (10).
D’après les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé en
effet, plus de 300 millions de cas de paludisme aigu sont déclarés par an et
au moins 2 millions de décès sont à déplorer annuellement. 90% des cas
mortels surviennent en Afrique, au sud du Sahara, principalement chez les
enfants. Le paludisme tue en effet un enfant toutes les 30 secondes en Afrique
(6).
II
. RÉPARTITION
GÉOGRAPHIQUE
Le
paludisme est présent de façon endémique dans plus de 100 pays, s’étendant
sur une zone géographique représentant 40% de la population mondiale. Tous
les acteurs de la lutte contre le paludisme
s’accordent à dire qu’une recrudescence mondiale du fléau est
enclenchée depuis plusieurs années.
L’Europe,
pour sa part, à la suite de la campagne
d’éradication des années 50, a vu l’élimination et la maîtrise
de la maladie. Mais elle se trouve aujourd’hui confrontée au paludisme d’importation
(tourisme, hommes d’affaires, population d’immigrés, travailleurs tels
que les marins à la pêche au long cours, dans la marine marchande ou la
marine nationale).
Les zones
touchées par le paludisme endémique sont également de larges zones de
transits maritimes (Océan Indien, Golfe de Guinée, Canal de Panama, Cap de
Bonne Espérance) (1).
C’est en Afrique que le
paludisme sévit le plus, continent qui représente à lui seul 90% des cas de
Plasmodium falciparum dans le monde.
L’Afrique de l’ouest et du centre est la plus touchée, l’Afrique
australe étant moins sévèrement atteinte. L’Afrique du nord reste
quasiment épargnée.
L’Asie du
sud-est, quant à elle, donne lieu à des résistances importantes aux
différents traitements proposés, surtout en zone forestière. A noter que
les grandes villes ne sont pas touchées par le paludisme en Asie.
En France, plus de 4000 cas de paludisme d’importation à P. falciparum sont
dénombrés chaque année. Une vingtaine de décès est à déplorer tous les
ans sur notre territoire (4).
III.
LES MARINS ET LE PALUDISME
Les marins sont donc des victimes potentielles du paludisme lorsqu’ils se rendent dans ces zones endémiques. Le paludisme prend une importance considérable dans le monde maritime pour plusieurs raisons (8): - le paludisme n’est pas considéré comme une maladie sérieuse et potentiellement létale;
- l’information
au sujet de la maladie est très insuffisante dès lors que les marins
naviguent dans les zones à risque. Souvent ils ne se sentent pas concernés
par cette pathologie;
- l’insuffisance
d’utilisation des mesures préventives contre les moustiques et des
médicaments à visée préventive, voire une non-protection pure et simple;
- la tendance
à une résistance croissante des anti-paludéens actuellement disponibles;
- des zones
impaludées très mouvantes, d’où une mauvaise appréciation des facteurs
de risque (8).
La
plupart des études sur la prévention et le traitement contre le paludisme
dans le milieu maritime prouve que le marin n’est pas ou mal informé au
sujet de la maladie. Les marins refusent souvent de prendre des médicaments
ou ne s’appliquent pas les répellents contre les piqûres de moustiques.
Compte tenu du travail à bord et de la durée plus ou moins longue en zone
impaludée, les marins sous-estiment le problème.
De plus, il
existe une désinformation entre marins qui pensent que la maladie a été
« éradiquée ». Aucun pays dans le monde n’exige une
prévention spéciale contre ce fléau!
A
bord, les équipages mixtes (philippins, européens, africains, asiatiques)
voyageant fréquemment dans des
zones impaludées ont souvent l’impression qu’ils sont automatiquement
protégés à force d’immunisation par piqûres répétitives. Même si
cette pseudo-immunité peut apparaître lors de séjours très prolongés,
elle est de toute façon incomplète et ne concerne en aucun cas les marins
qui ne font que des escales.
Ces équipages mixtes qui changent souvent
ont une appréciation fortement diminuée de la prévention et il est
quasi-illusoire de donner des comprimés journellement ou de façon
hebdomadaire à un équipage multiculturel, multiracial.
Il faut se méfier également des
traitements « homéopathiques » pratiqués chez certains, compte
tenu des coutumes, qui évidemment n’ont aucun effet et se révèlent
dangereux dû fait du retard diagnostic et de l’évolution mortelle dans
certains cas.
Tous les pays commerçant par voie maritime relatent des cas de
paludisme importé, tel que le Japon avec le centre de santé maritime à
Yokohama, qui a noté 5 cas chez des marins japonais en décembre 1998, au
retour d’une campagne de pêche en Afrique de l’ouest, dont 2 mortels à
bord, les 3 autres décédant peu après leur admission à l’hôpital de
Saint-Denis de la Réunion. Puis 6 autres marins encore atteints, en décembre
1999, sur un autre navire battant pavillon japonais. L’étude révèlera
un peu plus de 100 cas de paludisme importé recensés chaque année au
Japon durant la période 1990-1997, 40% étant dû au P.
falciparum. Les auteurs notent qu’il est difficile de connaître le
nombre exact de marins atteints mais estiment que 5% d’entre eux sont
touchés au Japon (12).
Les
médecins maritimes polonais de Gdynia (13) sont également sensibilisés au
problème de paludisme chez les marins et estiment entre 500 à 1000 cas par
an le nombre de sujets touchés chez les navigants internationaux. Il s’agit
donc d’un problème de santé publique préoccupant et dans la stratégie de
prévention du paludisme auprès de cette population, l’objectif le plus
important est d’éviter les décès causés par le P.
falciparum, celui-ci provoquant des manifestations cliniques durant l’embarquement,
le diagnostic et le traitement étant différés.
Les séquelles
permanentes de la maladie étant non négligeables, le coût social et
individuel très élevé , le paludisme pose de plus en plus de problème chez
les polonais qui travaillent en zone endémique (7).
Même
constat pour les médecins maritimes croates de Rijeka (9 ), qui ont réalisé
une analyse rétrospective de tous les cas de paludisme parmi les marins
embarqués durant la période de 1990 à 1993, dans la compagnie maritime
croate Losinjska Plovidba, ainsi que les cas traités à la clinique des
maladies infectieuses à Rijeka, durant la même période. 23 cas de paludisme
sont enregistrés, 19 chez des marins, 4 chez des touristes, tous navigants
sur les bateaux de la marine marchande. Il en ressort que la sévérité de la
maladie, le nombre de complications, la période d’incapacité de travail,
voire d’incapacité permanente montrent clairement le coût et le
retentissement social et personnel en Croatie et, par extension, dans le monde
maritime international.
IV.
A
PROPOS
D’ UN CAS FRANÇAIS
Il
s’agit d’un marin pêcheur breton de 38 ans, embarquant très
régulièrement sur un thonier pour des campagnes de 50 à 100 jours au large
de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Monsieur A. est de retour en France
mi-décembre 2003. Une quinzaine de jours après son arrivée, le 29
décembre, il se plaint d’une fièvre à 39° accompagnée d’arthromyalgies
évoquant une grippe. Une antibiothérapie par AugmentinÒ
est débutée quelques jours plus tard, dans l’hypothèse d’une sinusite
aiguë. Mais, rapidement, l’état général du patient se dégrade et
Monsieur A. est admis aux Urgences de la Cavale Blanche à Brest, le 04/01/04,
pour suspicion d’accès palustre.
Devant
l’instabilité hémodynamique, il est pris en charge en réanimation avec
traitement par Quinine IV et antibiothérapie IV par Rocéphine compte-tenu
des risques de translocations bactériennes.
Le
diagnostic est confirmé par le frottis et la goutte épaisse qui montrent une
parasitémie à P. falciparum à
30%. Des signes de gravité tels qu’une insuffisance rénale et une acidose
métabolique apparaissent ainsi qu’une souffrance hépatique avec cytolyse.
Des signes de CIVD (coagulation intra-vasculaire disséminée) biologique
assombrissent le tableau.
Les
troubles neurologiques apparaissent concomitamment mais le scanner cérébral
et la ponction lombaire se révèlent heureusement normaux (11).
Des séances d’hémofiltration sont réalisées et l’évolution sur le plan rénal s’avère
satisfaisante.
Sur
le plan respiratoire, l’apparition d’une hypoxie accompagnée d’ un
syndrome alvéolo-interstitiel bilatéral nécessitera une ventilation non
invasive et mise sous corticothérapie. Cette dernière apportera une nette
amélioration de la fonction respiratoire. Monsieur
A. quittera le service de réanimation après 7 jours de soins intensifs et
poursuivra son hospitalisation dans le service de médecine interne durant 4
jours. L’évolution est favorable malgré la persistance d’une anémie à
9,6 g/dl.
Au total,
Monsieur A. a été hospitalisé 2 semaines pour un accès palustre grave à P.
falciparum d’évolution favorable et, lors d’une consultation
ultérieure, la mise en place d’une éventuelle chimioprophylaxie a été
discutée pour les prochaines campagnes de pêches en zone endémique.
Le
cas de ce patient, qui n’est malheureusement pas unique, montre qu’aucune
protection anti-moustique à type de moustiquaire et/ou de repellent n’avait
été employée ni même de chimioprophylaxie durant et après le séjour.
V.
CONDUITE A TENIR EN URGENCE
Un
diagnostic médical en mer présente quelques particularités. Le responsable
des soins à bord, en l’absence de médecin, est le commandant du navire.
Ce
dernier reçoit certes durant son cursus une formation spécifique médicale.
Mais cette instruction ne l’autorise pas à prescrire des médicaments sans
avis médical. Par contre, elle permet un apprentissage des urgences, facilite
la reconnaissance des signes de gravité et surtout l’aide à transmettre
des comptes-rendus médicaux par le biais de la télé-médecine. En effet, le
commandant du navire peut faire appel au centre de télé-consultation
médicale basé à Toulouse ou tout autre contact médical de par le monde et
être ainsi épaulé dans le diagnostic, voire le traitement qui peut
déboucher sur une évacuation.
Mais bien sûr,
étant donné le type particulier de consultation en mer, il est difficile de
s’appuyer sur une biologie à bord, sauf si un médecin est présent, comme
c’est le cas pour des flottilles importantes (thoniers-senneurs
transocéaniques). Dans cette situation, un médecin est à bord d’un des
navires, durant toute la campagne de pêche hauturière, les autres navires
pouvant à tout moment faire appel à lui, navigant plus ou moins dans la
même zone de pêche.
Nous
allons donc prendre dans un premier temps le cas de marins embarqués au long
cours, sans médecin à bord. Puis nous envisagerons dans un deuxième temps
la situation avec un médecin présent, pour effectuer le diagnostic d’accès
palustre.
A) Les équipages dans la navigation hauturière sans
présence de médecin à bord.
L’attitude pratique en
mer, pour réaliser une approche diagnostique d’un marin impaludé, consiste
à faire un état de la situation clinique et reconnaître les signes de
gravité d’un paludisme. Ces éléments et la pertinence des critères de
gravité sont définis par l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé).
Le paludisme est considéré comme grave selon l’O.M.S., à l’aide de 10 critères:
1) Coma 2)Anémie profonde avec une hémoglobine inférieure à 5g/dl
3)Insuffisance rénale
4)Syndrome
de détresse respiratoire aiguë
5)Hypoglycémie
6)Choc
7)Saignement et/ou CIVD (coagulation intra-vasculaire disséminée)
8)Convulsions généralisées ou répétées
9)Acidose
métabolique
10)Hémoglobinurie
macroscopique.
Les
signes les plus pertinents sont le coma, l’état de choc, l’acidose
métabolique et l’œdème pulmonaire, tout ceci dans un contexte d’hyperthermie
qui peut avoisiner les 40°C, avec notions d’escales ou passage en zone
endémique de paludisme. Devant toute fièvre non expliquée, on se doit d’évoquer
un paludisme.
Le commandant
du navire, devant un tel tableau clinique, doit avoir le réflexe de prendre
un avis médical, possible grâce aux différentes techniques de
télécommunication. On considère qu’un traitement doit être entrepris, y
compris en l’absence de gravité, si la suspicion clinique est suffisamment
forte.
Il
a cependant à sa disposition depuis quelques années des tests sanguins
simples d’utilisation(3), apparus sur le marché. Ces kits permettent la
mise en évidence de l’antigène du P.
falciparum. Il s’agit de la détection d’une glycoprotéine
spécifique, l’Histidin Rich Protein 2 (HRP-2), qui est libérée dans le
sang du malade. Ces tests sur bandelette, appelés Para-Sight test®
ou ICT Malaria Pf®
sont très sensibles et spécifiques, ce qui permet le diagnostic d’infection
et de l’espèce P. falciparum
de façon qualitative. Ils ne permettent pas d’apprécier la
parasitémie mais présentent une bonne capacité de détection même dans le
cas de parasitémie faible. Ces tests peuvent rester positifs après
disparition du parasite dans le sang en raison de la persistance de l’antigène
pendant environ une semaine. Cette particularité peut s’avérer
intéressante pour permettre le diagnostic rétrospectif d’accès palustre
en cas de traitement présomptif effectué à l’aveugle.
Des faux-positifs existent chez des patients porteurs de facteurs rhumatoïdes (dans 1à 4% des cas) et chez des patients présentant des infections graves avec un fort taux de polynucléaires neutrophiles mais, étant donné l’isolement en mer, il semble opportun de réaliser ces tests. Le support est une bandelette imprégnée d’anticorps monoclonal anti-HRP-2.
* Pour le Para-Sight test®, il faut prélever une goutte de sang en faisant simplement une piqûre au doigt. On met 50µl de sang total auquel on ajoute 3 gouttes d’hémolysant. Une goutte de ce lysat est mise dans un tube, on immerge verticalement la bandelette +1 goutte de réactif + 2 gouttes tampon. On attend 5 à 10 minutes. La lecture se fait à l’œil nu. Elle n’a de valeur que si c’est positif, on obtient alors une bande rouge spécifique. En cas de négativité, le paludisme ne peut pas être totalement écarté et un traitement devra malgré tout être entamé au moindre doute.
* Pour l’ICT Malaria Pf®,le kit se présente comme une double carte pliable. On dépose 10µl de sang, prélevé au bout du doigt, sur un coussinet. On ajoute une goutte tampon + 2 gouttes tampon en bas de la bandelette + 4 gouttes sur un autre coussinet, sur le versant opposé. On laisse migrer le mélange vers le haut, puis on rabat la carte.
- si une bande apparaît, c’est négatif.
- si 2 bandes apparaissent, il s’agit bien d’un P.
falciparum.
Un troisième test, réagissant sur la détection de l’enzyme pLDH (plasmodium lactico-deshydrogénase) est maintenant disponible sous le nom d’OPTIMAL®. On place dans un tube 10µl de sang total +2 gouttes de tampon avec des anticorps monoclonaux. La bandelette est trempée dans ce mélange. On la laisse 8 minutes, puis on place 2 gouttes de réactif d’éclaircissement dans un autre tube et on y transfère la bandelette. La lecture se fait en 2 minutes.
- si une bande apparaît, il peut s’agir d’un P. vivax ou d’un P.falciparum. -
- si 2 bandes apparaissent, il s’agit d’un P.
falciparum. L’intérêt de ce
dernier test est qu’il ne détecte que les parasites vivants. S’il reste
positif après traitement, il faut envisager une chimio-résistance.
Ces 3 tests ont une bonne sensibilité (de l’ordre de 90 à 98%) et
spécificité (95 à 99%), sont simples à réaliser pour une personne
isolée, ne nécessitant pas une formation approfondie en biologie. Du
matériel de laboratoire tel qu’un microscope ou des lames n’est pas
utile. Le résultat est lisible à l’œil nu, rapide (moins de 15 minutes).
Les kits sont d’un coût abordable pour les navires (environ 10 euros). Ce
qui les rend tout à fait utilisables à bord d’un navire, pouvant être
disponibles dans la dotation médicale A (navire pratiquant la navigation sans
limitation de durée ni de destination).
Si le test est positif, comme nous venons de le voir, un traitement de
première intention doit être entamé. Ce traitement
va privilégier la Quinine ou la Méfloquine, on utilisera l’Halofantrine
très prudemment.
Le schéma thérapeutique peut être:
-Quinine per os à la dose de 8mg/kg trois fois par jour pendant 7 jours OU
-Quinine IV à la dose de 8mg/kg diluée dans du sérum glucosé à 5%, administré en perfusion lente de 4 heures, à répéter trois fois par jour OU
-Méfloquine à la dose de 25mg/kg en 2 ou 3 prises per os, avec 6 à 12 heures d’intervalle entre chaque prise
OU
-Halofantrine
à la dose de 24mg/kg en trois prises toutes les 6 heures à distance des
repas. Une deuxième cure au 7ème jour est nécessaire. Ce
traitement nécessite un ECG au préalable afin d’éliminer tout trouble de
la repolarisation.
Il
n’est pas nécessaire de poursuivre une chimioprophylaxie après un
traitement curatif si ce dernier a été complet.
La Quinine per os semble aujourd’hui encore apporter le plus de
bénéfice dans le traitement curatif lors d’une crise de paludisme
survenant en mer; elle peut être relayée par de la Quinine IV sans
inconvénient ni risque d’incompatibilité. De plus, elle est disponible
quasiment partout dans le monde (attention toutefois aux copies et placébos
divers malheureusement vendus
dans certains pays en voie de développement;
mieux vaut posséder ses
propres réserves à bord d’où l’utilité d’une dotation correcte).
Mais ces mesures thérapeutiques s’accompagnent d’un défi biologique car il ne peut y avoir d’épidémiologie sans diagnostic établi formellement par la biologie.
B) Les équipages dans la navigation hauturière, avec présence de médecin à bord. C’est évidemment le cas le plus favorable pour le marin malade. Le médecin, devant toute fièvre inexpliquée, en zone endémique, n’hésitera pas à évoquer un accès palustre. Le diagnostic biologique du paludisme est une urgence(2). * Le frottis sanguin est la technique la plus utilisée. Rapide, il peut être lu en ½ heure et répond à 3 questions:
- espèce de plasmodium en cause.
- le stade parasitaire.
- la parasitémie.
Il est mis en défaut devant les formes pauciparasitaires, mais il est toujours réalisable en urgence, avec un microscope et des lames.
*
La goutte épaisse, plus sensible, est l’examen de référence mais sa
lecture reste délicate et demande un certain entraînement. Elle est surtout
intéressante pour les études épidémiologiques de terrain pour établir les
indices paludométriques. Cette technique nécessite 24 heures de séchage, ce
qui peut être difficile à bord d’un navire. Elle permet la concentration
parasitaire s’ils sont peu nombreux.
* La thrombopénie inférieure à 150000 plaquettes/l est
fréquente et est un bon signe d’orientation.
*
Les kits Para-Sight test®,
ICT Malaria Pf®
ou Optimal®
peuvent bien entendu être utilisés par le médecin.
* Un prélèvement de sang avec un tube sur EDTA peut éventuellement être remis à un laboratoire lors d’une escale, mais si le délai est supérieur à 24 heures, il faut préparer 1 à 2 frottis à lire ultérieurement.
Le traitement qui va suivre les prélèvements sera similaire à celui mentionné précédemment.
VI. QUELLES
SOLUTIONS ENVISAGER POUR LES MARINS?
Avant d’en
arriver à l’urgence et son protocole curatif plus ou moins lourd, il est
toujours bon de rappeler que la prévention reste la meilleure arme contre le
paludisme.
L’information médicale dans le cadre des pathologies tropicales, a fortiori pour le paludisme, reste indispensable. En expliquant aux
marins lors des visites annuelles de renouvellement de licence, on se doit de
mettre en garde ces navigants au long cours sur les risques médicaux
encourus. Il est illusoire de mettre en route une chimioprophylaxie en raison
d’une durée de prescription trop longue, entraînant forcément une
non-observance des prises médicamenteuses.
Il reste l’utilisation
des répulsifs individuels à appliquer sur le corps et les vêtements, très
efficaces contre les piqûres de moustiques vecteurs de paludisme, de fièvre
jaune, de dengue, de trypanosomiase. Il est important d’insister sur cette
protection multi-vectorielle qui est un plus dans ce type de prévention.
Plusieurs
produits sont à notre disposition, tels que Mosi-Guard®
, Insect-Ecran®
, Cinq/Cinq®
, à appliquer sur la peau en renouvelant les applications toutes les 4 à 6
heures, voire 10 heures pour certains produits très concentrés en DEET (diéthyltoluamide),
en évitant les muqueuses. Ces insectifuges sont à utiliser en applications
nocturnes en prévention du
paludisme, mais on peut les recommander lors des sorties diurnes en raison d’une
protection multivectorielle efficace.
L’application
simultanée d’insecticide sur les vêtements renforce l’efficacité des
repellents pour la peau (Insect-Ecran Tissu®
, Biovectrol®
). Le port de vêtements de couleur claire est plus approprié pour repousser
les insectes. La protection mécanique, dès qu’il fait nuit, consiste à
porter des chemises à manches longues, pantalons longs et chaussettes
pré-imprégnées d’insectufige tissu.
L’emploi des
moustiquaires, de préférence pré-imprégnées, est judicieux si le navire
fait escale dans une zone à risque.
La
climatisation des lieux de vie est utile, car elle inhibe l’activité des
anophèles, sans toutefois les détruire. Elle est maintenant courante sur les
grands navires modernes. Pour ceux ne possédant pas d’air climatisé, les
bouches d’aération doivent être
grillagées finement, afin d’éviter la pénétration des moustiques. L’utilisation
de tortillons fumigènes reste un moyen très efficace dans les espaces
difficiles à protéger.
Bien sûr,
dormir sur le pont « à la belle étoile »,
est fortement déconseillé en zone endémique.
La
suppression des gîtes larvaires à bord des navires est également un bon
procédé afin d’éviter « d’embarquer » des anophèles et
leurs œufs susceptibles de piquer, même au-delà de
400 mètres des côtes, distance d’ordinaire nécessaire pour ne plus
avoir d’insectes en provenance du continent. Des cas de paludisme ont été,
malgré tout, décrits chez des marins restés à bord d’un navire à 2-3 km
des côtes, sans avoir fait d’escale à terre (8 ).
La
lutte contre les anophèles et contre leurs piqûres est le procédé
essentiel de prévention du paludisme, la chimioprophylaxie n’étant pas ou
peu réalisable chez les marins. Il faut convaincre et expliquer l’utilité
de ces méthodes aux personnes embarquées, la prévention étant pour l’instant,
la seule parade aux piqûres, le risque d’impaludation étant proportionnel
au nombre de « repas » de ces anophèles.
On pourrait proposer, outre la dotation médicale A qui comporte les
médicaments anti-paludéens préventifs et curatifs (Méfloquine orale,
Quinine parentérale, Chloroquine orale et Proguanil orale) de confectionner
une « trousse paludisme » à embarquer sur les navires qui
séjournent en zone impaludée, en distinguant deux cas: médecin embarqué à
bord, pas de médecin embarqué.
-
Navire ayant un médecin à bord:
* un
microscope
* des
lames
* kit
de prélèvement sanguin avec tube sur EDTA
* test
sur bandelettes (Para-Sight test®
ou ICT Malaria Pf®
ou Optimal®)
* répulsifs
à appliquer sur la peau (quantité à déterminer selon la durée du voyage)
* répulsifs
vêtement
* moustiquaires
pré-imprégnées
* tortillons
fumigènes à utiliser dans les espaces difficiles à protéger
*
médicaments anti-paludéens (contenus dans la dotation médicale A)
- Navire
sans médecin à bord:
* répulsifs
à appliquer sur la peau
* répulsifs
vêtement
* moustiquaires
pré-imprégnées
*
tortillons fumigènes
* test
sur bandelettes
* médicaments
anti-paludéens
*
carte des zones impaludées (mise à jour nécessaire à chaque voyage
compte-tenu de la mouvance des zones à risque).
VII
. INDEX DES MÉDICAMENTS
ANTI-PALUDÉENS
DISPONIBLES AVEC LEUR DCI
(Dénomination Commune Internationale) (13)
Cet index permet de
connaître les différents médicaments anti-paludéens disponibles de part le
monde avec leur DCI. Mais il faut garder à l’esprit que certains pays font
l’objet de contrebande, de fabrication frauduleuse, voire d’utilisation de
placebo à la place des
médicaments. Ils sont donc potentiellement dangereux car inefficace. C’est
pourquoi il semble préférable de posséder dans la dotation médicale A (
annexe 217-3.A.2 parue au J.O. du 04/03/03)les médicaments anti-paludéens
disponibles en France en quantité suffisante.
1)
CHLOROQUINE
Comprimés
dosés à 100mg ou 250mg
Nivaquine,
Resochin, Avlochlor, Aralen, Chloroquine FNA, Cidanchin, Delagil, Dichinales,
Crokinfosfat, Lagaquin, Malarex, Malarivon.
2)
PROGUANIL
Comprimés
à 200 mg
Paludrine.
3)
SAVARINE®
Comprimés
de 100mg de Chloroquine + 200mg de Proguanil
4)
QUININE
Comprimés
disponibles dosés à 500mg.
Adaquine,
Biquin, Biquinate, Chinine, Dentogel, Grisotets, Kinin, Myoquiun, Quinate,
Quinbisal, Quindan, Quinoctal, Quinsana, Quinsul, Qinphile, Quinoforme.
Quinimax®
est équivalent à la Quinine, mais 100 mg de Quinimax équivalent à 70 mg de
Quinine.
5)
MEFLOQUINE
Comprimés
dosés à 250 mg
Lariam,
Méphaquin, Eloquine 250.
6)
DOXYCYCLINE
Comprimés
dosé à 100 mg
Dagramycine,
Doxy-100, Doxyfim, Doxilets, Doxymycine, Doxytab, Logamycil, Roxyne,
Unidox,Vibramycin,Vibratab.
7)
HALOFANTRINE
Halfan
8)
ARTEMISININ (QING HAO SU) + PALUTHER°
Artemether,
Paluther, Arteminth.
9)
MALARONE Ò
Atovaquone
250 mg + Paludrine 100 mg.
10)
PYRIMETHAMINE
Comprimés
dosés à 25 mg
Daraprim,
Erbapreline (Italie), Pyrimidine (Espagne), Tintin (Hongrie).
11)
HYDROXYCHLOROQUINE SULFATE
Comprimés
dosés à 200 mg
Plaquenil
12)
AMODIAQUINE HYDROCHLORIDE
Comprimés
dosés à 200 mg
Camoquin,
Basoquin, Flavoquine.
13)
CHLORPROGANIL HYDROCHLORIDE
Lapudrine
14)
CYCLOGUANIL EMBOLAT
Camolar
(similaire à la Paludrine).
VIII.
FICHE DE SENSIBILISATION AU PALUDISME DESTINÉE
AUX MARINS EMBARQUÉS
VERS DES ZONES À
RISQUE
- Le paludisme est une maladie contractée par des piqûres de moustiques, plus particulièrement en Afrique noire, en Asie du sud-est, en Amérique du sud. Il peut être mortel s’il n’est pas soigné. On l’appelle « malaria » en anglais. -Les moustiques piquent plutôt en fin de journée et la nuit.
- Il faut savoir se protéger des piqûres de moustiques en appliquant des répulsifs sur la peau et sur les vêtements lors des escales, dormir sous des moustiquaires quand le navire est à quai en zone impaludée.
- Il faut
savoir reconnaître un cas de paludisme: fièvre intense à 40°C, pâleur
intense, difficulté à respirer, malaise général, apparition de
convulsions, voire d’un coma, sont des signes majeurs d’un accès palustre
grave.
- Si de tels signes existent, après plus ou moins notion de
piqûres de moustiques et présence du navire dans une zone à risque de
paludisme, ne pas hésiter à le signaler, à prendre un avis médical par
radio s’il n’y a pas de médecin à bord.
-
Des dépistages rapides sont désormais disponibles (kits avec bandelettes d’utilisation
aisée) et permettent un diagnostic sûr du paludisme.
- Quand un
marin a fait une fièvre inexpliquée, voire une crise de paludisme simple, il
ne faut pas oublier de la mentionner lors des visites médicales à terre ou
lors des visites d’aptitude dans ses quartiers.
-
En cas de fièvre au retour en France, après une campagne de navigation en
zone impaludée, il faut IMPÉRATIVEMENT
consulter un médecin et signaler les zones traversées durant le voyage.
-
La prévention est de toute façon utile à chaque séjour en zone à risque.
IX
. CONCLUSION
Le paludisme
demeure une pathologie grave, malheureusement toujours d’actualité de par
le monde. Les cas d’importation en Europe sont en augmentation cette
dernière décennie compte tenu des voyages de plus en plus fréquents tant
sur le plan touristique que professionnel. A cet égard, les marins au long
cours qui naviguent dans les zones endémiques sont une catégorie exposée à
ces risques.
Dans la
littérature spécialisée, on s’aperçoit qu’il est extrêmement
difficile, voire impossible, de proposer une chimioprophylaxie à ces marins
qui font des escales plus ou moins longues et répétées durant leur
carrière dans les pays infestés. Les équipages mixtes de plus en plus
fréquents sur les navires posent le problème de l’observance de toute
thérapeutique préventive.
On peut donc
envisager de ne pas donner de chimioprophylaxie et de faire un traitement
présomptif au moindre doute (comme c’est le cas pour les personnels
navigants aériens techniques et commerciaux). Mais il faut pour cela
que les marins soient avertis des risques encourus et éduqués à consulter
au moindre doute, ce qui n’est pas chose facile.
C’est
pourquoi il apparaît indispensable d’insister sur les méthodes de
prévention anti-moustiques et anti-piqûres qui sont actuellement les seuls
procédés essentiels fiables dans la prévention du paludisme.
Cette lutte
tend à supprimer premièrement les vecteurs que sont les anophèles par le
biais des insecticides, la suppression des gîtes larvaires et, deuxièmement,
la protection mécanique contre les piqûres grâce à différents
insectifuges appliqués sur la peau et les vêtements, l’utilisation de
moustiquaires pré-imprégnées.
Lors des
visites médicales d’aptitude, il est important de fournir des brochures
expliquant les divers procédés pour se protéger des vecteurs.
Aussi l’enseigne