SERVICE DE MÉDECINE DU TRAVAIL

ET DE PATHOLOGIES PROFESSIONNELLES

   

Pr J.D. Dewitte

LE TRAVAIL EN HYPERBARIE

 

Généralités-historique

Bases de physique

Techniques de la plongée

Autres activités hyperbares

Pathologies dues  au travail en milieu hyperbare

Les effets à long terme du travail en milieu hyperbare

Les risques liés au froid

Les risques liés à l'eau : la noyade

Les risques liés à la faune et à la flore

La surveillance médicale des travailleurs en milieu hyperbare

La réparation des accidents hyperbariques

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1- GÉNÉRALITÉS -HISTORIQUE

L’histoire de la plongée remonte à l’aube de l’humanité, comme peuvent en attester des témoignages indirects (objets retrouvés dans des tombes : nacre, coquillages, perles). Ces premières plongées ont sans doute été effectuées en apnée faute de moyens.

Mais l’efficacité de ces plongées étant limitée dans le temps et dans la profondeur, l’homme eut l’idée de faire respirer le plongeur au fond. Diverses techniques furent mises au point : les tubes respiratoires, les cloches à plongeurs, les scaphandres lourds, puis la plongée autonome et l’apparition du détenteur, les appareils en circuit fermé ou semi-fermé.

C’est ainsi que la médecine de la plongée est née : lorsque la profondeur atteinte et le temps de séjour sous l’eau furent suffisants pour entraîner une pathologie spécifique. Elle est apparue au milieu du XIX° siècle avec l’utilisation du scaphandre lourd. De multiples observations furent faites par des médecins du travail comme : Pol, Wattelle et Foley ; et des médecins de marine comme Leroy de Méricourt.  Mais c’est Paul Bert qui analysa ces données et fut l’initiateur de la médecine hyperbare et de la plongée.  

2 - BASES DE PHYSIQUE

A -PRINCIPALES LOIS PHYSIQUES, UNITÉ DE PRESSION, ÉQUI-PRESSION.

PRESSION RELATIVE ET PRESSION ABSOLUE.

 Au sol, au niveau de la mer, l’organisme est soumis à une pression appelée PRESSION ATMOSPHÉRIQUE, également répartie et évaluée à : 1,033 KG/CM2. Par simplification, l donne :

1 ATMOSPHÈRE = 1 BAR = 1 KG/CM2

Sous l’eau, le corps subit en plus le poids de la colonne d’eau qui le surmonte et qui est égal à 1 KG/CM2 tous les 10 mètres : c’est la pression relative.

D’où,

PRESSION ABSOLUE = P° RELATIVE + P° ATMOSPHÉRIQUE

PRINCIPE D’ÉQUIPRESSION

Sous l’eau, la pression externe appuie sur le thorax et s’oppose aux mouvements respiratoires. Ainsi, la respiration n’est possible que si le sujet respire un gaz à la même pression que celle qui existe dans le milieu ambiant.

B- LOIS PHYSIQUES RÉGISSANT LA DISSOLUTION DES GAZ EN MILIEU LIQUIDE.

- LOI DE BOYLE -MARIOTTE : P X V = constante

Plus la pression augmente, plus le volume de gaz diminue et inversement.

Exemple : pour un plongeur à 10 M de profondeur, le volume pulmonaire = 5 litres environ à 2 ATM. Si le même plongeur remonte à la surface, à une pression de 1 ATM donc, le volume pulmonaire sera donc de 10 litres.

-          LOI DE HENRI :

La quantité de gaz dissous est proportionnelle à la pression du gaz exercée à la surface du liquide.(Plus la pression augmente, plus la quantité de gaz dissous augmente).

-LOI DE DALTON OU D’INDÉPENDANCE :

En cas de mélange gazeux, chacun se dissout comme s’il était seul. Ainsi, la pression partielle d’un gaz, en cas de mélange gazeux, est égale au produit de la pression totale du mélange par le pourcentage du gaz dans le mélange gazeux.

 Ainsi pour l’azote qui représente 79 % de l’air, la pression partielle de l’azote à 30 mètres sous l’eau ou 4 BARS absolus sera de :

4 X 0,79 = 3,16 KG/CM2 ou BARS,

Et pour l’oxygène, à la même profondeur, elle sera de : 4 X 0,21 = 0,84 KG/CM2 ou BARS.

COEFFICIENT DE SOLUBILITÉ :

Chaque gaz a un coefficient de solubilité particulier dans un liquide considéré. Ainsi l’azote est environ 5 fois plus soluble dans les graisses que dans l’eau.

DISSOLUTION :

La dissolution n’est pas un phénomène instantané. Elle s’effectue suivant une courbe exponentielle qui tend vers un équilibre qui est la saturation. La saturation est obtenue d’autant plus rapidement que la surface de contact entre le gaz et le liquide est plus grande. Ne pas oublier que le lit alvéolo-capillaire pulmonaire représente environ 100 m2 de surface.

La période est le temps nécessaire pour atteindre la demi-saturation pour un gaz donné dans un liquide donné.

SURSATURATION :

Lorsqu’on abaisse brutalement la pression au-dessus d’un liquide ou d’un tissu vivant saturé, le liquide ou le tissu met également un certain délai à libérer son gaz.                                                          

C - phénomènes biochimiques.

L’OXYGÈNE :

Une  fois l’hémoglobine saturée en oxyhémoglobine, l’oxygène en excès dans l’air atmosphérique, du fait de l’hyperpression exercée, va se dissoudre dans le plasma jusqu’à une certaine concentration dite de saturation. Mais alors que l’oxygène est un constituant indispensable du sang et rapidement consommable, il devint toxique à partir d’une certaine pression. Sa toxicité s’exerce sous deux formes :

-          L’effet Lorrain, qui réside dans une irritation des voies respiratoires pulmonaires après de longues heures d’inhalation d’oxygène pur ;

-          -L’effet Paul Bert, qui caractérise les propriétés neurotoxiques de l’oxygène hyperbare : des crises convulsives apparaissent lorsque la pression partielle de l’oxygène est égale ou supérieure à 2 KG/CM2. Ainsi lorsqu’il est utilisé pur il ne peut être utilisé au-delà de 10 M et lorsqu’il s’agit de l’air, ce dernier ne peut être utilisé pour des plongées profondes supérieures à 100 M puisque dans les deux cas, la pression partielle de l’oxygène excède 2 KG/CM2.

LE GAZ CARBONIQUE : 

Il se présente également sous deux formes dans le plasma : combinée qui représente 95 %, sous forme de bicarbonates et de carbonates liés aux globulines ; dissoute, à raison de 5 % en temps normal mais qui augmente en cas d’hyperpression.

On connaît déjà la toxicité du CO2 lors du séjour en atmosphère confinée. Le CO2 devient toxique lorsqu’une pression partielle dans l’air inspiré est supérieure ou égale à 0,01 BAR soit 10 MILLIBARS.

GAZ INERTES :

On a donc recherché l’emploi de gaz neutres ou inertes ou diluants, qui ont la propriété de ne pas se combiner avec les éléments du sang.

* L’azote : c’est un gaz lourd qui se dissout facilement dans les graisses. Il n’est pas totalement inerte et serait responsable de phénomènes de narcose du fait de sa solubilité élective pour les graisses et de son poids moléculaire élevé. Ces phénomènes de narcose apparaissent au-delà de 70 M de profondeur. En raison de sa grande dissolution dans les tissus vivants, c’est aussi le grand responsable d’embolies gazeuses.

* L’hélium : il a été utilisé en raison de son faible poids moléculaire 4. Il est bien mieux toléré que l’azote et le phénomène de narcose n’apparaît que vers 250-300M. Il a deux inconvénients : sa grande diffusibilité obligeant a une surveillance importante pour éviter les phénomènes de désaturation brutale avec embolies gazeuses et aussi sa très grande conductibilité thermique, 6 fois supérieure à celle de l’azote, entraînant une déperdition calorique importante au niveau de la respiration. Enfin il serait responsable du syndrome nerveux des hautes pressions à partir de 300 M (fructus).

* L’hydrogène: il a également été préconisé, de par sa plus faible densité que l’hélium (PM = 2) et de son pouvoir narcotique réduit. Mais il présente un risque d’explosivité spontanée dès que le pourcentage d’oxygène en sa présence dépasse 4 %.

D - COMPRESSION - DÉCOMPRESSION

COMPRESSION : 

En présence d’un mélange gazeux, chaque gaz va se dissoudre dans les différents tissus en fonction de plusieurs paramètres à savoir : sa pression partielle, son coefficient de solubilité, le temps d’exposition, les caractéristiques du tissu, la température ambiante.

DÉCOMPRESSION :  

Au moment de la saturation des tissus, il y a équipression entre le milieu ambiant et les différents gaz dissous dans l’organisme pour une surpression donnée.

Si on abaisse brutalement la pression extérieure du mélange gazeux, plusieurs choses peuvent se produire :

-          si le mélange est peu diffusible, le milieu sanguin va se désaturer d’ abord puis les tissus jusqu’à un nouvel état d’ équilibre.

-          si les gaz sont très diffusibles et dissous en grande quantité, ils quittent alors les tissus en direction du sang puis des alvéoles pulmonaires. Cet afflux brutal d’une grande quantité de gaz dans le sang va entraîner la formation de bulles pouvant  être mortelles.

-          S’il y a sursaturation, (état d’équilibre instable précédant la libération brutale de bulles de gaz dû au fait que la libération du gaz par les tissus n’apparaît pas immédiatement dès que la pression se relâche). Donc le liquide ou le gaz sursaturé contient plus de gaz dissous qu’il ne devrait. Dès que la désaturation survient, il y a une libération explosive de bulles de gaz habituellement mortelles.

Par conséquent, après un long séjour en milieu hyperbare, il faudra procéder à une réduction très progressive du mélange gazeux extérieur.  

3- TECHNIQUES DE LA PLONGÉE

A - PLONGÉE EN APNÉE

Elle nécessite plusieurs éléments : une capacité pulmonaire pour emporter son air, un pannicule graisseux pour se protéger du froid, des membres supérieurs et inférieurs pour se mouvoir.

Mais de nos jours d’autres éléments viennent compléter cet équipement : masque de vision, tuba, palmes, vêtement néoprène, ceinture porte lest.

L’immersion se fait en canard « , après une hyper ventilation modérée, et la plongée se fait par équipes de deux.

B - PLONGÉE A L’AIR

 

Dans la plongée autonome à l’air, le plongeur se propose d’emporter une réserve d’air bien plus importante que celle que lui accorde la nature. La solution technique passe par l’emmagasinement d’air comprimé dans une enceinte résistante à la pression et transportable, puis par la délivrance de cet air au plongeur à la pression ambiante.

Les premiers plongeurs autonomes étaient alimentés en débit continu (scaphandre LE PRIEUR), ils ne pouvaient rester qu’une dizaine de minutes sous la surface. Grâce à un système de détente de gaz, l’autonomie des plongeurs a été augmentée.

Le matériel individuel de base du plongeur autonome à l’air se compose outre le vêtement de protection :

-          D’un scaphandre autonome (réservoir d’air comprimé et dispositif de détente à la demande)

-          D’une brassière de sécurité gonflable,

-          De palmes de propulsion,

-          D’une ceinture de lest,

-          D’un masque de vision                                                                      .

C - LA PLONGÉE A L’OXYGÈNE PUR

La réglementation du ministère du travail n’autorise pas la plongée de travail à l’oxygène pur. Mais, en France, la réglementation militaire limite l’usage des appareils à oxygène pur à la profondeur de 7 M, avec toutefois des possibilités d’incursion de courte durée à 10 M (6 minutes) et à 18 M (3 minutes) pour les nageurs de combat.

Tous les appareils respiratoires de plongée à oxygène pur, sont du type « à circuit fermé » et présentent des qualités de discrétion utiles pour les militaires (absence de bulles, silence).

D - LA PLONGÉE AUX MÉLANGES SUROXYGÉNÉS

Ce sont tous des appareils à circuit semi-fermé. Les procédures de plongée utilisées dépendent essentiellement du mélange employé :

-Mélange à 60 % d’oxygène : profondeur max. 25 M durée max. 3 H

-Mélanges à 50 % d’oxygène : profondeur comprise entre 20 et 30 M durée entre 1 H et 1H 40

-Mélange à 40 % d’oxygène : profondeur comprise entre 25 et 45 M

-Mélange à 30 % d’oxygène

-Mélange ternaire à 23 % d’oxygène : avec 37 % d’azote, et 40 % d’hélium.

E - LA PLONGÉE PAR SYSTÈMES

Au-delà de 80 mètres, il n’est pas possible de s’aventurer en plongée autonome, car les capacités de gaz à emmener avec soi sont prohibitives.

Des techniques lourdes ont alors été développées depuis les années 60-70, faisant appel à un support de surface chargé de transporter les plongeurs de la surface au fond et du fond vers la surface, de l’alimenter en gaz, en énergie, et en communications, et d’assurer sa décompression.  

4 - AUTRES ACTIVITÉS HYPERBARES

-          LE PERCEMENT DE TUNNELS EN MILIEU HYPERBARE OU L’ESSAI D’ÉTANCHÉITÉ D’ENCEINTES DE CONFINEMENT

-          LE TRAVAIL EN CAISSON HYPERBARE POUR DES APPLICATIONS MÉDICALES  

5 - PATHOLOGIES DUES AU TRAVAIL EN MILIEU HYPERBARE

ACCIDENTS MÉCANIQUES

ACCIDENTS BAROTRAUMATIQUES PULMONAIRES, SURPRESSIONS PULMONAIRES :

Il s’agit d’un accident extrêmement grave voire mortel. Il survient lorsque se produit une augmentation brutale de la pression intra-pulmonaire par rapport à l’extérieur, entraînant une dilatation pouvant aller jusqu’à une rupture des parois alvéolaires.

Cet accident se produit lors de la remontée, lorsque la pression diminuant, les volumes gazeux pulmonaires se dilatent (obéissant à la loi de Boyle Mariotte), parce que la libre circulation des gaz est interrompue ou insuffisante (par blocage de la respiration, volontaire ou non, par panique, spasme de la glotte réflexe dû à l’entrée accidentelle d’eau ).

-Symptomatologie : signes généraux avec pâleur, froideur des extrémités, asthénie, cyanose, angoisse, perte de connaissance, collapsus, choc ; signes pulmonaires, douleur thoracique rétrosternale à type de déchirure, point de côté, gêne respiratoire, dyspnée, crachats hémoptoïques ou hémoptysies. Toux, râles humides ou crépitants ou silence respiratoire localisé ; signes neurologiques, troubles sensitifs, troubles visuels ou auditifs, vertiges, vomissements, crises épileptoïdes, hémiplégie.

-Traitement : recompression + oxygénothérapie.

ACCIDENTS BAROTRAUMATIQUES DE L’OREILLE ET DES SINUS

-LES ACCIDENTS DE L’OREILLE EN PLONGÉE

1 - BAROTRAUMATISMES DE L’OREILLE MOYENNE : Lors de la descente, quand celle -ci est trop rapide, et que la fonction équipressive de la trompe d’Eustache est défectueuse, la surpression extérieure du tympan ne sera pas compensée par la dépression relative de la caisse: le tympan est enfoncé et les lésions vont apparaître.

-Cliniquement : otalgie profonde, hypoacousie de transmission (sensation d’oreille bouchée) , aspect du tympan variable (classification de Haines et Harris modifiée par Riu et Flottes).

-Traitement : abstention de la plongée, traitement local simple, régional nasal, et anti-inflammatoire. Au dernier stade, coton pour protéger l’oreille et pas de gouttes auriculaires avec même traitement régional et général.         

2 - BAROTRAUMATISME DE L’OREILLE INTERNE : Ils sont moins fréquents que les précédents mais redoutables par leurs séquelles fonctionnelles.

-Mécanismes : un barotraumatisme de l’oreille externe qui se transmet à l’oreille interne ou barotraumatisme mixte ; le barotraumatisme direct de l’oreille interne sans atteinte du tympan = entorse stapédo -  vestibulaire de Plante-Lonchamp qui survient à la descente ; vertige alterno-barique ou accident de décompression.

-Clinique : douleur surtout quand atteinte concomitante de l’oreille moyenne, nausées, vomissements , hypoacousie mixte intéressant soit les fréquences aiguës soit toutes les fréquences, vertiges rotatoires avec déséquilibre et troubles de la marche.

-Traitement : loco-régionaux : si barotraumatisme mixte, gouttes auriculaires et thérapeutiques naso-sinuso-tubaires

           Généraux: repos au lit tête surélevée, anxiolytiques, médications à visée vasculaire (macromolécules, antisludge, modificateurs de la déformabilité érythrocytaire, vasorégulateurs), anti-œdémateux (corticoïdes), oxygénothérapie hyperbare.


-LES BAROTRAUMATISMES DES SINUS

Ils sont dus à une mauvaise équipression entre les sinus de la face et le milieu extérieur.

-Clinique : douleur dont le siège dépend du sinus intéressé, épistaxis, larmoiements, nausées, troubles auriculaires, œdème frontal ou maxillaire, douleur provoquée à la pression, anesthésie du nerf sous-orbitaire.

-Traitement : Symptomatique avec antalgiques, vasoconstricteurs en pulvérisations ; Étiologique avec traitement médical des anomalies de la muqueuse, traitement chirurgical.

PATHOLOGIE GASTRO-INTESTINALE BAROTRAUMATIQUE

-LA COLIQUE DU SCAPHANDRIER

Elle résulte d’une dilatation des gaz contenus dans les viscères au cours d’une remontée trop rapidement effectuée (cf. LOI DE BOYLE MARIOTTE).

Cette dilatation provoque, par mise en jeu des plexus nerveux intrinsèques, des spasmes.

Il s’agit de coliques abdominales avec borborygmes émission de gaz faisant cesser les douleurs.

-LES LÉSIONS PARIÉTALES GASTRIQUES

Elle résulte de la conjonction de trois phénomènes : un excès d’air intra-gastrique, une remontée trop rapide (cf. Boyle Mariotte), un défaut d’évacuation des gaz intra-gastriques.

Le début est brutal avec état de choc modéré, douleurs abdominales, météorisme, polypnée superficielle, vomissement voire hématémèse. A l’ASP, on retrouve un pneumopéritoine, la disparition de la poche à air gastrique.

PATHOLOGIE DENTAIRE BAROTRAUMATIQUE

-ODONTALGIES BAROGÉNIQUES

Elles ne touchent que les dents cariées et se manifestent par des douleurs déclenchées par l’accroissement des forces de pression sur l’organe dentaire. Elle peut entraîner un processus inflammatoire péri apical avec abcès.

-ODONTALGIES PNEUMATIQUES

Elles sont dues à une bulle en communication ou non avec le milieu ambiant.


-ODONTALGIES VASCULAIRES

Elles sont rares et ne concernent que les dents saines des plongeurs profonds. Le syndrome dentaire des hautes pressions qu’elles traduisent est caractérisé par une hyperhémie pulpaire, voire des micro hémorragies et évolue vers des lésions nécrotiques discrètes comparables aux ostéonécroses dysbariques aseptiques. Il n’existe souvent qu’une congestion chronique tolérée.

-ALGIES THERMIQUES

Elles sont les plus fréquentes et sont dues à l’action du froid sur les collets des dents dénudés ou lésés, sur des dents cariées ou sur des obturations métalliques de bonne conduction thermique. A long terme cela peut entraîner des dégénérescences pulpaires.

 

-LA PATHOLOGIE PARODONTALE

Un embout mal adapté peut induire une desmodontite, un syndrome algo-dysfonctionnel de l’articulation temporo-mandibulaire (SADAM)? une stomatite d’intolérance au caoutchouc, des gingivites traumatiques, une parodontolyse inflammatoire, une alvéolyse au niveau des prémolaires, des bourrages desmodontaux.

AUTRES ACCIDENTS BAROTRAUMATIQUES

-Le placage de la lunette de plongée peut entraîner des hémorragies sous conjonctivales ou des épistaxis.

- Le placage du vêtement de plongée au niveau des plis, peut entraîner des hémorragies de l’épiderme ou du derme, ou des œdèmes localisés.

-Les accidents de plongée des scaphandriers lourds (le « coup de ventouse» , la « remontée en ballon» )


ACCIDENTS BIOCHIMIQUES

  Ils découlent de la loi de Dalton. Si la pression hydrostatique augmente, la pression partielle des gaz du mélange augmente. Mais, à certaines pressions partielles, certains gaz deviennent plus ou moins toxiques.

L’HYPOXIE

Elle survient essentiellement lors de la plongée en apnée. Les symptômes sont très pauvres avant la syncope en dehors de l’envie impérieuse de respirer.

L’HYPEROXIE

L’organisme humain ne supporte pas une pression partielle d’oxygène supérieure à 1,7 BAR si l’oxygène est respiré pur, et supérieure à 2 BAR en cas de mélange. Le tissu nerveux est particulièrement sensible à ces hyperoxies aiguës: c’est l’effet Paul Bert. (épilepsies, troubles visuels, ... )

Pour une longue période d’inhalation, la PO2 doit être le plus proche possible de la normoxie, soit 0,21 BAR, sinon, après plusieurs heures survient une altération du surfactant puis des lésions des cellules endothéliales de la muqueuse trachéo-bronchique et du parenchyme. C’est l’effet Lorrain-Smith avec des douleurs rétro sternales, une toux voire un œdème pulmonaire lésionnel.

L’HYPERCAPNIE

L’intoxication par le dioxyde de carbone peut être due à une augmentation de la production de CO2 liée à l’effort, à la pression élevée, à un détenteur mal réglé, au froid, à l’angoisse et à un certain état de fatigue. Les symptômes sont une polypnée superficielle conduisant à une asphyxie progressive.

L’INTOXICATION PAR L’OXYDE DE CARBONE

Elle survient en cas de pollution de l’air de gonflage. Il ne faut pas dépasser 0,05 mb lors du gonflage en surface à une pression de 1 BAR car risque toxique à 10 M (P° partielle du CO à 0,10 mb) et risque mortel à 30 M (P° partielle à 0,20 mb).

LA NARCOSE A L’AZOTE

Elle survient à partir d’une pression partielle d’azote de 3,2 BARS chez certains individus, et plus généralement à partir de 5,5 BARS soit une profondeur de 60 M.

Cliniquement, on retrouve une euphorie, une augmentation du dialogue intérieur, un ralentissement des capacités d’attention et intellectuelles et des troubles du comportement.

LE SYNDROME NERVEUX DES HAUTES PRESSIONS

Décrit pour la première fois chez l’homme par FRUCTUS en 1969 à partir d’une pression de 21 BARS (200 M de profondeur), il comporte des tremblements des extrémités, une dysmétrie une baisse de la vigilance avec désintérêt et somnolence.

LES RISQUES D’ACCIDENTS AÉRO-EMBOLIQUES

Pendant la descente, les gaz inhalés et en particulier l’azote ou les autres gaz inertes, non consommés sur place comme l’oxygène, se dissolvent dans le sang et les tissus se désaturent progressivement.

Si la remontée est trop rapide, les possibilités d’évacuation des gaz par les poumons sont dépassées et il y a formation de bulles dans le sang et les tissus, qui iront emboliser un vaisseau terminal et entraîneront une anoxie du territoire vascularisé par ce vaisseau, surtout si les suppléances vasculaires sont faibles ou absentes. Plusieurs phénomènes peuvent se produire :

- Augmentation de l’adhérence et de l’agrégation plaquettaire et leucocytaire pouvant aboutir à une CIVD

- En cas de dégazage massif des réactions inflammatoires peuvent se produire entraînant une fuite plasmatique avec hypovolémie, œdème tissulaire, formation d’emboles.

Les symptômes sont assez polymorphes :

-Signes cutanés : les « puces » se traduisent par un prurit localisé cédant spontanément ; les « moutons» se traduisent par les mêmes signes avec en plus des papules érythémato -œdémateuses.

-Signes articulaires : les « bends » sont liés à la formation de bulles dans les vaisseaux ou tissus articulaires ou péri articulaires se traduisant par des douleurs au niveau des grosses articulations sans signes radiologique et rétrocédant après recompression.

-Signes neurologiques : Il peut y avoir des localisations cérébrales avec hémiplégies flasques, crises d’épilepsie, amaurose brutale ; et des localisations médullaires marquées par une paraplégie

- Les accidents aéro-emboliques de l’oreille interne :elles sont le fait d’une vascularisation terminale sans suppléance.

- Autres formes : paucisymptomatique marqué par une asthénie intense ; ischémie myocardique aiguë ou embolie pulmonaire massive.

Devant tout signe conduisant à penser à la présence d’un accident aéro-embolique il faut acheminer en urgence le sujet dans un centre de recompression tout en commençant à lui administrer les premiers soins :

-2 litres d’eau plate per os

-0,5 grammes d’aspirine

- Des vasodilatateurs (2 SERMION° et 1 TORENTAL°400)

-Oxygénothérapie normobare à 12 litres par minutes.

Mais l’essentiel du traitement est la recompression thérapeutique d’urgence en caisson.  

6 - LES EFFETS A LONG TERME DU TRAVAIL EN MILIEU HYPERBARE

OSTÉONÉCROSES DYSBARIQUES

Elles surviennent après un ou plusieurs accidents ostéo-articulaires aigu de décompression, ou plus souvent après une longue vie de plongeur exerçant à des profondeurs importantes. On aura surtout des ostéonécroses aseptiques de hanche.

ATTEINTE CHRONIQUE DE L’AUDITION


7 - LES RISQUES LIES AU FROID

Chez le plongeur, il y a déperdition constante de chaleur en raison d’un environnement dont la température est constamment plus froide que celle de son propre corps.

Pour lutter contre le froid, le plongeur est tenté d’augmenter son effort physique mais cela entraîne un risque d’essoufflement et le passage d’une quantité accrue d’air froid dans les voies aériennes ce qui va majorer encore les pertes de chaleur.

Pour diminuer les pertes de chaleur, la masse sanguine se déplace de la périphérie vers les organes profonds.

Les phénomènes de Raynaud sont fréquemment rencontrés chez les plongeurs ; lorsqu’ils sont liés à une maladie de système, il y a contre -indication totale à la plongée en eau froide.

On peut voir des troubles cardiaques avec des douleurs proches de l’angor surtout chez les sujets prédisposés.

Le refroidissement du sang entraîne également une bradycardie proportionnelle à la chute thermique et sinusale ; mais au-dessous de 32°C, on peut observer des troubles du rythme cardiaque (BAV, allongement de QT, inversion de l’onde T). Le risque est l’apparition d’une fibrillation ventriculaire au -dessous de 28°C.

La syncope thermo-différentielle a pour cause l’écart entre la température cutanée et celle de l’eau.  

8 - LES RISQUES LIES A L’EAU : LA NOYADE

Il s’agit d’une asphyxie aiguë par inondation des voies aériennes. Elle peut être la conséquence d’un manque d’air, d’une hypoxie, d’une perte de connaissance                                                            qu’elle qu’en soit la cause, d’un choc allergique par piqûre de végétaux ou d’animaux marins.

Il existe deux types de noyades :

-Primitive: elle survient chez un sujet conscient qui finit par inhaler de l’eau = noyade bleue

-Secondaire à une perte de connaissance = noyade blanche.

Selon le type d’eau inhalée, on aura diverses conséquences : œdème aigu du poumon (noyade en eau de mer), complications hématologiques avec hémolyse (eau douce)  

9 - LES RISQUES LIES A LA FAUNE ET A LA FLORE

LA FLORE DANGEREUSE

Les dinoflagellés sont responsables lorsqu’ils sont rassemblés en grand nombre des phénomènes d’eau rouge capable d’anéantir toute vie animale.

LES INVERTÉBRÉS DANGEREUX

-   Les cônes (gastéropodes) peuvent infliger des piqûres mortelles.

- Les poulpes peuvent présenter quelques dangers du fait de leur morsure.

- dans les astérides, le genre Echinaster est dangereux de par ses long piquants sécrétant des fluides toxiques.

- Les oursins les plus dangereux appartiennent au genre Toxopneustidae, leur venin a une neurotoxicité marquée.

- Parmi les siphonophores, la physalie ou « galère » a des tentacules possédant des cellules urticantes à venin.

- L’attouchement par des tentacules de méduses entraîne des brûlures locales, parfois des signes généraux.

-Etc...

LES VERTÈBRES MARINS

De nombreuses espèces de poissons sont dotées d’un aiguillon caudal ou d’épines dorsales venimeuses.

- Les raies armées sont dangereuses

- Les vives se retrouvent le long des côtes sablonneuses de l’Atlantique, de la Manche et de la Méditerranée. Les épines de vives sont capables de transpercer les gants et les palmes. Les répercussions générales restent rares et la mort est exceptionnelle.

- Les rascasses : la piqûre saigne beaucoup et dans certains cas, l’intensité de la douleur favorise l’installation d’un état de choc.

- Les synancées, les pterois ou « poissons zèbres », les « poissons crapauds », les « poissons astronomes» , les « poissons-chats”

Certains vertébrés des fonds marins sont capables d’infliger des morsures venimeuses :

- Les murènes : elles n’attaquent l’homme que si elles se sentent menacées et peuvent mordre plusieurs heures après avoir été sorties de l’eau. La salive est hémolysante et neurotoxique.

- Les Huydropiidae : ce sont les serpents de mer dont l’appareil venimeux est similaire à celui des serpents terrestres. L’issue est fatale dans 20 à 30 % des cas.

 

Mais les animaux de mer les plus redoutés par l’homme sont sans conteste les requins dont les plus dangereux sont ceux des zones tropicales.

La victime est un hémorragique menacé de choc à brève échéance.  

10 - LA SURVEILLANCE MÉDICALE DES TRAVAILLEURS EN MILIEU HYPERBARE.

Se référer au DÉCRET N°90-277 du 28 MARS 1990 (relatif à la protection des travailleurs intervenants en milieu hyperbare), et à l’ARRÊTÉ du 28 MARS 1991 définissant les recommandations aux médecins du travail chargés de la surveillance médicale des travailleurs intervenants en milieu hyperbare.  

11- LA RÉPARATION DES ACCIDENTS HYPERBARIQUES

Elle est prévue pour les professionnels salariés du régime général de sécurité sociale par le tableau 29 des maladies professionnelles.