Risques des rayonnements radar

 

I- Rappel physique

 

 

1-1 Nature:

 

Les rayonnements RADAR ( Radio Detection and Ranging) sont des rayonnements électromagnétiques hyperfréquence dont la fréquence est située entre 30 et 300000 Mhz.  

Les ondes électromagnétiques sont formées d’une composante champ électrique E et d’une composante champ magnétique H, qui sont des vecteurs perpendiculaires entre eux et tous deux perpendiculaires à la direction de propagation. Le produit vectoriel des composantes E et H est le vecteur P, appelé vecteur de Poynting.  

L’énergie transportée par ces rayonnements est trop faible pour avoir une action ionisante directe. L’énergie électromagnétique rayonnée dans l’espace est communément nommée « densité de puissance » et mesurée en W/m² ou en mW/cm².  

Cette énergie est libérée dans l’espace par une antenne ou un aérien dont les caractéristiques ( gain, géométrie, dimensions, etc...) régissent les propriétés du faisceau produit. Ce faisceau n’est constitué qu’à une certaine distance de l’aérien, nommée distance de champ lointain . En fonction de la distance à l’antenne, on définit  ainsi  3 zones de rayonnement : la zone de Fresnel, la zone de Raleigh et la zone de Fraunhoffer.

      ·        La zone de Rayleigh : c’est la zone de champ proche. Il y a échange d’énergie réactive entre l’antenne et le milieu extérieur. Zone dangereuse

·        La zone de Fresnel :  il s’agit d’une zone intermédiaire dans laquelle la densité de puissance est fluctuante  

·        La zone de Frauhoffer : c’est la zone dite de champ lointain, à grande distance par rapport à la longueur d’onde. Les champs sont rayonnés sous la forme d’onde quasiment plane.

 

 

 

 

La forme du faisceau est très complexe: en champ lointain, il peut être considéré comme conique; en champ proche, pour un rayonnement directif,  il existe des lobes latéraux ou postérieurs qui peuvent entraîner l’irradiation de personnes placées en dehors de l’axe de l’aérien.

 

La directivité d’une antenne caractérise la manière dont cette antenne concentre son rayonnement dans une certaine direction de l’espace. Elle est définie comme le quotient de l’intensité de rayonnement dans une direction donnée par la valeur moyenne de cette intensité de rayonnement pour toutes les directions de l’espace (exprimée en dB). Une antenne isotrope a une intensité de rayonnement égale dans toutes les directions de l’espace. Sa directivité est nulle (0 dB). Les antennes radar des navires sont directives, et en plus mobiles sur 360°, ce qui augmente leur puissance par rapport à une antenne isotrope.

 

  Rayonnement d'une antenne directive

La puissance isotrope rayonnée équivalente (PIRE) d’une antenne est la puissance qu’il faudrait fournir à une antenne ayant un rayonnement isotrope pour produire la même puissance que l’antenne directive dans la direction considérée. Elle est égale au produit de la puissance fournie à l’antenne d’émission par le gain de cette antenne. Le gain  est inversement proportionnel aux angles d’ouverture du faisceau.

  La densité de puissance est l’expression de l’énergie disponible en réception, en un point de l’espace. Elle est proportionnelle à la PIRE et inversement proportionnelle au carré de la distance entre l’émetteur et le point considéré (pertes en espace libre).

   

1-2 Pénétration:  

Quand le faisceau, après s’être propagé en espace libre (onde incidente), rencontre un obstacle, une partie de l’énergie est réfléchie (onde réfléchie). Elle constitue l’écho utilisé pour la détection. Une autre partie pénètre dans la matière de l’obstacle et va être absorbée plus ou moins rapidement en fonction des propriétés électriques de cette matière et de la longueur d’onde du rayonnement. L’énergie électromagnétique ainsi absorbée va se transformer en chaleur et entraîner un échauffement en profondeur. Les profondeurs de pénétration pour les fréquences utilisées en radar varient de 10 cm pour un rayonnement de 100 Mhz à une fraction de millimètre pour un rayonnement de 10 gHz.

  La cible reçoit une densité de puissance (assimilée à une onde plane dans la zone lointaine). On définit la surface équivalente de rayonnement (SER) de la cible, qui est proportionnelle au rapport de la densité de puissance réfléchie captée par l’antenne sur la densité de puissance incidente (intérêt dans les problèmes actuels de furtivité des avions ou des navires de guerre où on essaye d’avoir des SER les plus petites possibles par le jeu  des formes et l’utilisation de matériaux absorbants).

 

1-3 Modulation:

Pour pouvoir faire voisiner un émetteur très puissant et un récepteur très sensible, les deux utilisant la même antenne, il faut que l’émetteur fonctionne pendant des durées très brèves, nommées impulsions, séparées par des intervalles de silences pendant lesquels le récepteur va recevoir les échos. La durée des impulsions est en général de l’ordre de la micro-seconde, leur fréquence de répétition variant de 100 à 10000 impulsions par seconde.

La puissance instantanée ou puissance de crête de l’émetteur va être moyennée en fonction de cette modulation, le rapport entre puissance de crête et puissance moyenne étant de l’ordre de 1000 à 2000 pour les émetteurs radar classiques. Les puissances moyenne et de crête sont reliées par:  

                                                Pm = Pc t/T

avec

                                                                                    Pm: puissance moyenne

                                                                                    Pc: puissance de crête

                                                                                    t: durée des impulsions

                                                                                    T: taux de récurrence des impulsions 

   

Le rapport t/T est appelé taux de remplissage du rayonnement.

  La fréquence  utilisée pour les radars des navires civils est comprise entre 8 et 12 GHz (X band)

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II- Bases physiques des effets biologiques des fréquences Radar

 

 

1- Bases physiques:

  Seule l’onde absorbée est à l’origine des interactions rayonnement-matériau. En ce qui concerne les tissus biologiques, la quantité et la distribution de l’énergie électromagnétique absorbée sont fonction de nombreux facteurs:

            - la fréquence des ondes,

            - la puissance émise, en distinguant la puissance crête de la puissance moyenne modulée,

            - la configuration de la source émettrice,

            - la forme, les dimensions et l’orientation dans le champ de l’organisme exposé,

            - la composition des tissus cibles,

            - de nombreux facteurs d’environnement.

  Il est donc, en général, très difficile d’établir une relation significative entre une simple mesure des champs électriques externes et les effets biologiques observés.

   

2-Etudes expérimentales portant sur les actions biologiques des radiofréquences:  

            1- Effets thermiques:

  Le premier effet des radiofréquences est d’échauffer les tissus

 - à haute fréquence, où l’eau est le principal absorbant, et au-dessus du seuil thermique, l’effet produit correspond à un échauffement général et localisé des tissus qui peut dépasser les capacités de la thermorégulation.

- à plus faible puissance, la régulation thermique permet de maintenir une température corporelle constante et les effets biologiques sont alors encore dus à des échauffements, mais localisés.

 

            2- Effets non-thermiques:

  L’effet spécifique le mieux documenté de micro-ondes pulsées est le phénomène acoustique découvert avec l’invention du Radar: l’absorption de l’onde au niveau du liquide céphalo-rachidien donne lieu à une onde acoustique qui se propage à l’intérieur du crâne et provoque l’audition d’un « clic ». Les études actuelles portent sur le mécanisme d’interaction au niveau de la cochlée et sur l’existence éventuelle d’autres effets associés sur le fonctionnement du système nerveux central.  

En laboratoire, il n’a pas encore été clairement démontré l’existence d’effets mutagènes ou cancérogènes en rapport avec les ondes présentes dans l’environnement. Certaines études semblent montrer que les champs électromagnétiques pourraient augmenter les risques de leucémies et de tumeurs du cerveau.

 Les effets tératogènes ou la réduction de la spermatogénèse sont liés au stress thermique.

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III- Action des radiofréquences sur l’homme

 

 

            1- Effet thermogène:  

Lorsque l’énergie absorbée atteint un niveau suffisamment important, sa transformation locale en chaleur entraîne, dans les tissus où elle se produit, un effet thermogène loco-régional.

Selon les circonstances, on peut observer:  

·      en cas de forte densité de puissance focalisée, des brûlures superficielles ou profondes;

·      en l’absence de focalisation, une hyperthermie loco-régionale, dont la gravité  dépend de la région du corps exposée.

·      en cas d’exposition accidentelle brève, la possibilité de points chauds à l’origine d’une nécrose, éventuellement retardée, difficile à évaluer faute de pouvoir connaître précisément la répartition énergétique à l’intérieur du corps;

·      en cas d’expositions répétées et/ou prolongées à des densités de puissance modérées, une charge thermique élevée conjuguée, le cas échéant, à des effets spécifiques.

 

Par ailleurs, le cristallin présente une sensibilité particulière aux ondes en raison de son avascularisation et de son absorption préférentielle dans sa partie postérieure. Il a été démontré que seule une élévation thermique rapide dépassant 41°C est susceptible d’entraîner une cataracte. Mais, en cas d’irradiations répétées à des expositions énergétiques, même inférieures au seuil de 150mW.cm², elle peut néanmoins survenir si la fréquence des agressions ne permet pas entre chaque exposition une réparation des lésions physico-chimiques infra-liminaires.

 

            2- Effets spécifiques:  

Il s’agit de ceux qui ne paraissent pas dus au dégagement loco-régional de chaleur. Ils ont été décrits:

            - à partir de 2 observations de mécaniciens radaristes de l’Armée de l’Air, en 1959;

            - d’une étude élargie à 70 exposés aux ondes radar et 30 témoins;

            - d’après les résultats comparés d’observations soviétiques relatives à une action biologique des radiofréquences;

            - d’après les résultats d’observations récentes d’exposition aux radiofréquences et aux micro-ondes.

En fait, aucune relation certaine n’a pu être prouvée entre les signes et symptômes décrits et l’exposition aux ondes électromagnétiques.

  1- Le système neuro-végétatif:

  On a observé:  

            - une asthénie physique, des myalgies

            - une asthénie psychique avec difficulté d’idéation, troubles de la mémoire et du caractère

            - des troubles du sommeil

            - des céphalées

            - une sensation ébrieuse avec vertiges, lipothymies, nausées,

            - des troubles de la thermo-régulation avec frissons, poussées fébriles et sudorales      

            - des sensations dysesthésiques des extrémités

            - une anorexie ou un amaigrissement.

 

2- Le système neuro-endocrinien:  

Lorsque des désordres endocriniens apparaissent chez un sujet exposé aux rayonnements électromagnétiques, il y a lieu d’explorer complètement cette dysendocrinie. Certaines observations ont fait état de modifications des taux sanguins de certaines hormones.  

3-Le système immunitaire:  

Aucun trouble n’a été cliniquement décelé chez l’homme.  

4-Effets particuliers:  

Nous avons déjà signalé plus haut le seul effet attesté propre aux hyperfréquences  qui est une perception auditive de « click » ou « buzz » appelée aussi « microwave hearing ».

Au niveau des conséquences sur la santé, la question peut être considérée sous deux aspects:

·      Effets sur l’acuité auditive: bien qu’il soit peu probable que la perception des micro-ondes radar constitue un trouble, on ne sait pas quelles peuvent être les répercussions des ondes de pression thermo-élastiques générées à des niveaux significativement élevés. Ni les données physiologiques, ni l’expérience ne permettent pour l’instant une complète analyse du phénomène.

·      Réactions physiologiques et psychologiques: la perception auditive des mico-ondes produit des effets similaires aux réactions habituelles de stress.

 

 5- Effets cancérogènes :  

En ce qui concerne le risque cancérogène, des études sont actuellement en cours. Un certain nombre de ces études sont positives, d’autres sont négatives. Il faut cependant en retenir une tendance à révéler l’existence d’une relation entre l’exposition aux champs et les cancers, notamment les leucémies et les cancers du cerveau. Il est impossible de considérer leurs résultats comme concluants. Mais l’accumulation des résultats positifs pour certains sites spécifiques constitue un élément qui justifie la poursuite des recherches.

   

 

Limites d’exposition

 

   

1- Valeurs limites fondamentales:  

Au-dessus de 10 mHz, la limite supérieure de débit d’absorption spécifique (DAS) ne doit pas dépasser:  

                        0,4 W/kg   pour le corps entier

                        10 W/kg    pour une partie du corps (sauf extrémités)

                        20 W/kg    pour les extrémités

Ces restrictions de base résultent de l’aboutissement d’observations effectuées à partir d’expérimentations animales.

 

2- Valeurs limites dérivées:  

A partir des restrictions de base, il a été défini des valeurs limites d’exposition professionnelle dérivées (VLE) servant de références pratiques aux mesurages effectués en laboratoires et sur sites. Ces valeurs sont données pour une exposition de durée supérieure ou égale à 6 minutes.

   

 

Fréquence f

(Mhz)

 

 

Valeur d’intensité de champs électrique

(V/m)

 

Valeur d’intensité de champ magnétique

(A/m)

 

Densité de puissance équivalente (W/m²)

 

10-400

 

 

61,4

 

0,16

 

10

 

 

400-2000

 

 

               

3,07 x f1/2

 

                   

8,14 x 101/2 x f -3 

 

f/40

 

2000-300000

 

 

137

 

0,364

 

50

 

Valeurs limites d’exposition professionnelle aux champs électromagnétiques de fréquence radioélectrique correspondant aux ondes RADAR

 

 

Surveillance médicale

   

 

1- Cas général:  

En ce qui concerne les visites médicales, les résultats expérimentaux très contradictoires obtenus sur l’animal et le peu de renseignements concernant l’exposition humaine ne permettent pas l’élaboration actuelle d’un protocole de surveillance défini.  

On conseillera néanmoins une surveillance plus attentive des personnels soumis à des ondes électromagnétiques en fonction de la nature du travail. On portera une attention particulière à l’apparition ou à l’évolution de tout signe neurologique, endocrinien ou immunologique.

Il est souhaitable de prévoir, tous les deux ans, un contrôle oculaire avec examen à la lampe à fente en recherchant toute anomalie éventuelle, en particulier cristallinienne.

 

2- Contre-indications particulières:  

Légalement, il n’existe aucune contre-indication.  

            2-1 Porteurs d’implants passifs:  

Les implants passifs métalliques (fils métalliques, prothèses, stérilets...) peuvent être source d’un échauffement du tissu environnant l’implant ou d’une induction de charges électriques. Cette dernière peut provoquer, par effet de pointe, des microdécharges perçues généralement comme des picotements.  

            2-2 Porteurs d’implants actifs:  

Pour les stimulateurs cardiaques, les prothèses auditives, les pompes à médicaments, il convient de tenir compte de l’interaction possible entre les champs électromagnétiques et les circuits électriques, voire électroniques, de l’appareillage.

En général, les sujets porteurs d’un tel appareillage doivent être considérés comme inaptes à un poste de travail en environnement électromagnétique.

 

            2-3 Dysendocrinies et syndromes neurovégétatifs:  

Les radiofréquences pouvant interférer favorablement ou défavorablement sur l’évolution des dysendocrinies et des dystonies neurovégétatives préexistant à l’exposition ou apparues pour d’autres causes, on se doit d’être très prudent quant à l’affectation de personnes présentant de tels troubles à des postes de travail exposés.

   

3- Information du personnel:  

Il est prudent de conseiller de limiter le stationnement dans les zones exposées aux ondes électromagnétiques au temps strictement nécessaire à l’accomplissement des tâches prévues et de s’abstenir de s’exposer inutilement hors des périodes de travail effectives. Les zones dangereuses doivent être délimitées.

 

                                                            Dr Dominique JEGADEN

  18/05/02

 

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