Etude physique
Etude physiopathologique
I-
Vibrations mécaniques : généralités
I- Définition:
Une vibration se définit comme la variation, en fonction du temps, du
mouvement ou de la position d’un système mécanique, dont l’amplitude est
alternativement plus grande et plus petite qu’une certaine valeur moyenne de
référence.
Les paramètres qui entrent en jeu dans une vibration sont :
·
la fréquence
·
l’amplitude ou déplacement (m)
·
la vitesse (m/s)
·
l’accélération et son sens de déplacement
(m/s²)
On peut aussi définir la
secousse (m/s3) comme la
dérivée de l’accélération par rapport au temps.
On estime généralement que:
- les vibrations de très
basse fréquence correspondent à des fréquences de 0 à 2 Hz
- les vibrations de basse
fréquence correspondent à des fréquences de 2 à 20 Hz
- les vibrations de haute
fréquence correspondent à des fréquences de 20 à 1000Hz
La
direction des vibrations peut être:
·
longitudinale
·
transversale
·
latérale
II- Types de
vibrations:
On distingue généralement 4 types de vibrations:
·
les vibrations sinusoïdales
·
les vibrations
périodiques
·
les vibrations
aléatoires
·
les vibrations transitoires.
II-1 Les vibrations sinusoïdales:
Une vibration est dite sinusoïdale lorsque le mouvement d’un point m
se reproduit avec une fréquence et une amplitude maximale constantes et si
son amplitude instantanée se définit par la formule:
x(t) = x(m) sin(2ft)
II-2 Les vibrations périodiques:
Ce sont des mouvements vibratoires qui se reproduisent identiquement à eux-mêmes au bout d’un intervalle de
temps constant T.
Leur amplitude répond à la
formule:
x(t)
= x (t+nT)
II-3 Les vibrations transitoires:
Ce sont des mouvements vibratoires de durée brève, qui peuvent
perturber un mouvement vibratoire préétabli.
II-4 Les vibrations aléatoires:
Ce sont des phénomènes vibratoires imprévisibles en fréquence et en amplitude.
III- Valeurs limites
d’exposition aux vibrations:
A bord des navires, les personnels sont soumis essentiellement à des
expositions de type corps entier, c’est-
à- dire à des expositions globales du corps.
Compte tenu de la complexité du phénomène, il n’existe pas de valeurs limites parfaitement satisfaisantes. En France, une évaluation de l’exposition des individus à des vibrations globales du corps est donnée dans la norme AFNOR E 90-401. La norme internationale est ISO 2631.
II-
Vibrations à bord des navires
I- Généralités sur
les vibrations des navires:
Les sources de vibrations à bord des navires sont :
- l’hélice ( vibrations périodiques)
-
l’appareil propulsif
et les groupes auxiliaires ( vibrations périodiques)
-
des appareils de travail
(treuils par exemple)
- les effets
de la mer ( vibrations aléatoires)
L’installation sur les navires de gros tonnage de propulsions de plus
en plus puissantes sur une seule ligne d’arbres a aggravé la disproportion
entre la raideur des lignes d’arbres et la flexibilité de la charpente des
navires. Ceci a entraîné une augmentation des phénomènes vibratoires sur
les navires.
Il peut se produire un phénomène dit « de battement »
provoquant une résonance , lorsque deux sources d’excitation
possèdent des fréquences voisines. La fréquence de battement, différente
de chacune des fréquences composantes, est généralement
plus basse que celles-ci.
Or, il existe sur les navires
de nombreuses situations à l’origine de ce type de résonance, par exemple
:
- l’ensemble de la ligne d’arbre, répondant aux excitations
provenant de l’hélice et de l’appareil propulsif, pouvant exciter la
charpente du double-fond.
- l’ensemble formé par un moteur diesel de propulsion et la
charpente du double-fond le supportant est susceptible de faire
vibrer la charpente de la coque.
D’autres résonateurs
« passifs » peuvent être excités, tels que pont, cloisons, mât,
radars...
II- Vibrations
engendrées par l’hélice:
L’hélice peut exciter des vibrations de charpente d’un navire par:
- des forces transmises à la
coque par l’intermédiaire de la ligne d’arbres;
- des fluctuations de pression
réparties sur toute la partie de la coque arrière;
- des forces exercées sur le
gouvernail;
- un couplage hydro-élastique
entre l’hélice et la ligne d’arbres.
Le sillage dans lequel l’hélice travaille est à l’origine des
fluctuations de pression sur la coque. Ces fluctuations de pression sont
liées :
1- aux variations de poussée de
l’hélice. Lorsque l’hélice fournit une poussée , le dos de chaque
pale est soumis à une dépression par rapport à la pression ambiante, et la
face à une surpression.
2- au nombre, à la surface et à l’épaisseur
des pales. Les fluctuations de pression sont fonction linéaire de l’épaisseur
moyenne des pales et décroissent très vite quand le nombre de pales croît.
3- à la présence d’une poche de vapeur variable sur la surface de
la pale et dans son sillage, par suite de la cavitation.
La cavitation est à l’origine de la plupart des problèmes de vibrations
rencontrés sur les navires à la suite des fluctuations de pression trop
élevées sur les oeuvres vives arrières.
La cavitation agit de deux
façons:
- elle est équivalente à une augmentation d’épaisseur des pales,
et comme telle, augmente les fluctuations de pression
- la variation du volume de la poche de cavitation en fonction du temps est une deuxième source de fluctuation de pression.
Les fréquences propres des pales diminuent quand le diamètre croît. La fréquence fondamentale se situe autour de f = 20Hz pour les hélices à pales fixes de 5 à 6 m et de f = 10 Hz pour les hélices de 8 à 10 m de diamètre.
Dans le cas où la fréquence de la réponse des pales d’hélice est
très élevée (fréquence audible), on constate le phénomène du « chant des hélices ». Ceci peut constituer une gêne pour l’équipage.
III- Vibrations
engendrées par le moteur:
Les vibrations du moteur sont dues aux mouvements alternatifs des
systèmes piston-bielle-manivelle.
Les excitations dues aux forces et moments libres du moteur peuvent
avoir des répercussions sur la réponse vibratoire de la charpente du navire
et même de la « poutre-navire », surtout pour les navires
de taille moyenne équipés d’un moteur à 2 temps.
La fréquence vibratoire des
moteurs est généralement comprise entre
3 et 30Hz. Szczepanski a,
par exemple, retrouvé à bord d’un RO-RO une fréquence moyenne
de vibrations de 8 Hz.
Le niveau vibratoire dépend
bien entendu du type de machine et en particulier de la vitesse de rotation,
exprimée en mm/sec.
IV- Vibrations
engendrées par l’état de la mer:
1- Vibrations intéressant le
navire dans sa globalité
:
La houle provoque des vibrations
aléatoires de très basse fréquence (inférieure à 2Hz) de l’ensemble
du navire, dans le sens longitudinal (
tangage) et transversal ( roulis).
La fréquence de ces vibrations est comprise entre 0,01 Hz par mer très calme
et 1,5 Hz par mauvais temps. Les accélérations vont de 0,01 à 0,8 g,
quelquefois même 1g.
Ces vibrations sont à l’origine
du mal de mer.
2- Vibrations de la
poutre-navire dues à l’état de la mer
:
On en considère en général
deux types :
·
le
« whipping »: engendré par des impacts aux chocs
hydrodynamiques appliqués à l’avant du navire ( phénomène transitoire de
mise en vibration de la poutre-navire).
Le phénomène de whipping se produit, en général, lorsque le navire
navigue en mer de l’avant avec des mouvements relatifs de l’étrave
suffisamment importants pour créer des impacts:
- de « slamming »:
chocs se produisant sur la partie plane au fond du navire quand il retombe
dans la mer après émergence.
- de « slapping »:
chocs sur le bordé d’étrave, sans émergence.
- de paquets de mer: « green
sea ».
·
Le
« springing »:il est créé par les
excitations dues aux forces hydrodynamiques variables de la houle et
correspond à un phénomène de mise en vibrations libres entretenues de la
poutre-navire.
On peut se demander si, dans
certains cas, ces vibrations exercées sur un navire dont la coque est en
mauvais état, ne pourraient pas contribuer à la fracture de celle-ci, et
donc au naufrage. Le naufrage de
l’Erika, en 1999, avec fracture du navire en deux, pourrait être due en
partie à ces phénomènes. Curieusement, aucun
rapport ne semble avoir évoqué ces phénomènes.
En conclusion, les navires
sont des milieux où les nuisances dues aux vibrations sont importantes. Ces
vibrations se situent dans les très basses fréquences, les basses
fréquences et , dans une moindre mesure , les hautes fréquences ( plage
entre 0,01 Hz et 80 Hz, avec un maximum entre 3 et 30 Hz). Ces vibrations sont
périodiques ou aléatoires.
III-
Physiopathologie des vibrations
I-
Caractéristiques biophysiques du corps humain:
Le corps humain soumis à des vibrations peut être assimilé à des
masses élémentaires suspendues (tête, thorax, bassin) réunies entre elles
par des systèmes de ressorts et d’amortisseurs (ligaments, muscles, disques
intervertébraux).
Les effets physiologiques et psychologiques des vibrations sur l’homme
sont dus aux déformations et aux déplacements relatifs que subissent les
organes ou les tissus à certaines fréquences.
L’oscillation libre qu’aurait un système non amorti, après avoir
subi une impulsion, s’appelle fréquence propre ou matérielle.
Lorsque le système est amorti (cas général du corps humain), la
transmission du mouvement est maximale pour une fréquence particulière
appelée fréquence de résonance. La
fréquence de résonance est inférieure à la fréquence propre, mais les
deux fréquences sont le plus souvent assez proches, les organes du corps
humain correspondant à des systèmes peu amortis.
Les fréquences de résonance pour un sujet soumis à des vibrations
verticales sont les suivantes :
·
tête
: 20 à 30 Hz.
·
globes oculaires : 60 à 90 Hz
·
thorax
: 3 à 7 Hz.
·
Cœur:
4 à 8 Hz.
·
masse
thoraco-abdominale : 4 à 9 Hz.
·
Bassin
: 4 à 9 Hz
Ces
niveaux de vibrations permettent de comprendre les pathologies qui peuvent
apparaître : troubles visuels, troubles cardiaques, pulmonaires ou
ostéo-articulaires.
Au
dessous de 2 Hz, le corps réagit comme une masse unique.
Chez l’homme assis, la
première résonance apparaît entre 3 et 6 Hz; chez l’homme debout, on note
deux valeurs maximales à 5 Hz et 12 Hz.
Le seuil
de perception des vibrations est de 0,01
m/s² environ.
La perception des vibrations
est fonction:
-
de
la zone de contact du corps avec
la source d’excitation
-
de
sa surface de contact
-
des caractéristiques physiques de la vibration
(intensité, fréquence, direction
-
de la posture du sujet
-
de sa sensibilité aux vibrations, des propriétés
des vêtements (épaisseur, propriétés physiques,)
-
de l’environnement physique du sujet (bruit,
température)
-
de l’activité physique du sujet
-
de l’activité mentale, psychologique et
comportementale du sujet
II- Classification des
effets des vibrations sur l’homme:
On utilise généralement la classification suivante pour étudier les
effets des vibrations :
·
très
basses fréquences: 0 à 2 Hz (
mal de mer)
·
basses
fréquences: 2 à 20 Hz
·
hautes
fréquences: 20 à 1000 Hz (troubles ostéo-articulaires et vasculaires)
On considère trois conditions d’exposition aux vibrations:
· les vibrations transmises au corps entier et omni-directionnelles;
· les vibrations transmises au tronc à travers les membres inférieurs d’un homme debout, le bassin d’un homme assis ou le support d’un homme couché. C’est la situation que l’on retrouve à bord des navires.
·
les vibrations
à travers des extrémités, telles que les mains, les bras ou la tête.
Dans le milieu maritime, seules les vibrations de très basse fréquence (<2Hz) et les vibrations de basse fréquence (2 à 20Hz) peuvent être génératrices de pathologies. Nous étudierons uniquement les effets de ces deux plages de fréquences.
IV-
Troubles liés aux vibrations de très basse fréquence
A- Le mal de mer ou
naupathie :
Le mal de mer ou naupathie est
provoqué par les vibrations de très
basse fréquence (0 à 2 Hz).
I- Facteurs
étiologiques:
1-1 Conditions déterminantes:
·
Mouvements
du navire :
il s’agit surtout du roulis et du tangage. La fréquence des vibrations est
comprise entre 0,01 Hz par mer très calme et 1,5 Hz par mauvais temps. les
accélérations vont de 0,01 à 0,8g, quelquefois 1g. A ces fréquences, le
corps se comporte comme une masse unique et les vibrations sont entièrement
transmises en amplitude et en accélération. La fréquence et l’accélération
varient alors selon l’état de la mer et aussi selon le tonnage du navire.
·
Répétition
régulière et durée du mouvement : plus que l’intensité du
mouvement, c’est son caractère oscillant qui joue. Un mouvement qui se
répète régulièrement est plus nocif qu’un mouvement brusque et
irrégulier.
1-2 Conditions
favorisantes:
·
l’ambiance
:
elle peut accélérer l’apparition d’une naupathie
·
la
vision : l’apparition
d’une naupathie peut être favorisée par la superposition d’images
immobiles et d’images mobiles (phénomène de hublot). Il existe le plus
souvent un conflit visuo-vestibulaire, lorsque l’on est à l’intérieur d’un
navire, la vision n’intégrant pas les mouvements détectés par le système
vestibulaire.
·
les
odeurs : tabac, peintures, essence, parfums, vomissements
·
la
chaleur
·
le
confinement
·
la
position : la
position couchée atténue le mal de mer ( mais incompatible avec un
travail !)
·
l’état
général :
la fatigue, le manque de sommeil favorisent l’apparition d’une naupathie.
·
l’absence
d’accoutumance : généralement le mal de
mer disparaît au bout de quelques heures à quelques jours . On est alors
« amariné ».
·
l’état
du système nerveux :
- le système neurovégétatif: les
vagotoniques sont particulièrement sensibles
- le psychisme: l’hyperémotivité
- la contagion: lorsqu’un
sujet est malade, les voisins le sont souvent aussi.
-
l’appréhension, la
peur:
le souvenir d’un mal de mer précédent
favorise la réapparition du phénomène
-
l’hypersensibilité
labyrinthique.
II- Séméïologie:
L’importance des symptômes peut varier d’une façon très marquée
selon les individus, la nature, la durée et l’amplitude du mouvement.
Classiquement, on distingue trois phases:
2-1 Début:
Le début s’annonce par un sentiment d’insécurité. Puis
apparaissent :
- des signes
subjectifs: malaise indéfinissable, anxiété
- des signes objectifs:
pâleur, sueurs froides, somnolence, sensation désagréable au niveau de l’épigastre,
bâillements, troubles de l’équilibre, maladresse, salivation, bradycardie,
hyperpnée avec hypocapnie. On peut noter également: inhibition du tonus et
de la mobilité gastrique, chute des températures centrale et cutanée,
froideur des extrémités.
2-2 Phase d’état:
La phase d’état se caractérise par des
nausées, des vomissements. La
pâleur est marquée, le nez est
pincé, la TA basse. Une hyperglycémie peut être notée, ainsi qu’une
oligurie
Il existe toujours une prostration
psychique marquée et souvent invalidante, avec altération importante de
la performance, diminution de la spontanéité, des réflexes, inactivité
totale, état de soumission, altération de la force et de la coordination
musculaire.
2-3
Evolution:
·
à court terme : si les conditions qui ont
déclenché le mal de mer disparaissent, tout rentre dans l’ordre en
quelques minutes à 2 heures.
·
à long terme: l’évolution est le plus souvent
favorable. L’accoutumance s’acquiert relativement vite, en 72 heures (on
est « amariné »). Chez certains pourtant, il n’y a pas d’accoutumance
et c’est alors une inaptitude à la mer.
·
Les complications sont exceptionnelles:
déshydratation, baisse de TA , acidocétose.
III-
Physiopathogénie
:
L’équilibre est un système
complexe : des informations lui sont apportées par 3 voies :
- le système vestibulaire
- le système visuel, en particulier de poursuite,
- le système proprioceptif et somato-sensoriel, en particulier celui
des pieds et de la nuque.
Ces informations sont
transmises aux centres où elles sont comparées entre elles et comparées aux informations antérieurement stockées pour
juger de leur cohérence. L’équilibre est acquis s’il y a cohérence des
données entre elles.
Dans certaines circonstances,
par exemple le mal de mer, les informations sont conflictuelles et se
traduisent alors par la pathologie que l’on vient de décrire.
3-1 Facteur vestibulaire:
Le stimulus normal du vestibule est l’accélération provoquée
par les déplacements de la tête.
Rappelons que l’appareil
vestibulaire périphérique est constitué de cinq récepteurs: trois canaux
semi-circulaires et deux otolithes (le saccule et l’utricule).
Par suite de la mise en jeu
des forces d’inertie proportionnelles aux accélérations, le liquide
endolymphatique contenu dans les canaux
semi-circulaires est animé d’un mouvement en sens contraire de celui du
crâne. Ce mouvement détermine une déflexion des cils sensoriels qui
constituent le système récepteur de chaque canal. La sensibilité des canaux
semi-circulaires aux accélérations angulaires est importante.
Dans les utricules et les
saccules, les otolithes sont formés de cristaux de carbonate de calcium. Au
dessous de ces cristaux, se trouvent les cils des cellules ciliées. C’est
le glissement de la masse otolithique sur la macule qui provoque l’excitation
d’une partie des cellules. Les utricules
et les saccules détectent l’accélération linéaire dans les plans
horizontal (utricule) et vertical (saccule) de la tête. Le système
otolithique mesure également la position de la tête : les otolithes
détectent les vibrations linéaires et les changements de position de la
tête par rapport à la gravité.
L’origine vestibulaire du
mal de mer est admise. Les données expérimentales montrent en effet que les
animaux privés de leur labyrinthe n’ont pas le mal de mer. Les vibrations
de très basse fréquence correspondent à une zone de fréquence d’activation
des récepteurs vestibulaires provoquant une difficulté d’intégration
centrale des données, en discordance avec les autres récepteurs.
Le roulis agirait surtout sur
les canaux semi-circulaires, le tangage sur les otolithes.
3-2 Facteur visuel:
Pour que l’image d’un
objet puisse être regardée avec précision, il est nécessaire qu’elle se
forme à un degré près sur la fovéa et qu’elle reste stable au moins 300
ms. La stabilisation de la tête et celle du regard sont donc deux éléments
essentiels de l’équilibre de l’homme.
3-3 Facteurs
musculo-squelettiques:
Les récepteurs tendineux de
Golgi mesurent la force développée par le muscle.
D’une façon générale, le mal de mer est souvent expliqué en
disant que l’information visuelle est
en conflit avec l’information vestibulaire et des propriocepteurs. Il
existe une difficulté centrale d’intégration des différents messages
sensoriels sur le mouvement du corps.
Il semble que le système
nerveux central mette en mémoire les informations sensorielles correspondant
à une situation de mouvement donnée. Si les signaux des différents
récepteurs sensoriels sont compatibles avec ce modèle interne, il ne se
produit pas de trouble. Si une discordance apparaît, deux effets
apparaissent:
a/ une réorganisation du modèle interne: un exemple typique en
est le « mal de terre », lorsque, revenant d’un séjour
à la mer, on continue à percevoir un mouvement illusoire de roulis. C’est
aussi la diminution de la gravité des symptômes avec la répétition des
voyages. L’entraînement diminue considérablement la fréquence d’apparition
du mal de mer.
b/ l’induction de la séquence des effets neurovégétatifs. C’est
la durée et l’intensité du conflit sensoriel qui est responsable des
symptômes.
Un horizon artificiel peut,
dans certains cas, rendre compatible les sensations d’origine vestibulaire
et visuelle. Tout récemment, on a mis au point des lunettes comportant une
petite ligne noire de type horizon artificiel qui permet de conserver un
repère horizontal en toutes circonstances sans que cela ne gêne la vision.
Ces lunettes ont été en expérimentation chez certains personnels de la
Marine Nationale, mais il ne semble pas qu’elles se soient imposées jusqu’à
présent.
B- Les troubles statiques et
de posture :
Les mouvements de la mer provoquent également des troubles de la stabilité posturale, générateurs de fatigue musculaire importante, de douleurs rachidiennes et aussi d’accidents de tous ordres, au premier rang desquels ont retrouves des chutes, des blessures par instruments, des glissades, voire des passages par dessus bord.
V-
Effets des vibrations de basse fréquence 2 à 20 Hz
Pour les fréquences de 2 à
20 Hz, le corps n’est plus considéré comme une masse unique, mais comme un
système de masses suspendues. Le labyrinthe n’est plus sensible à ces
vibrations.
A bord des navires, on
retrouve des vibrations de fréquences situées entre 2 et 20 Hz, liées comme
nous l’avons vu à l’appareil propulsif et aux hélices, mais d’intensité
généralement assez faible.
I- Séméiologie
:
1-1 Effets sur l’activité musculaire:
Chez un sujet soumis à ce
type de vibrations, le déplacement des masses corporelles et le maintien de
la posture ( surtout pour des vibrations aléatoires de type secousses (
whipping et springing par exemple) vont se traduire par une stimulation de l’activité
de la musculature pour compenser les effets vibratoires.
1-2 Action sur la colonne vertébrale:
Les vibrations peuvent
entraîner des microtraumatismes au niveau du rachis, surtout lombaire,
microtraumatismes d’autant plus nuisibles que la colonne est en
déséquilibre. A bord des navires, surtout de pêche, les vibrations sont un
facteur aggravant, venant s’additionner aux contraintes de posture et de
maintien de l’équilibre lié aux mouvements du navire. Il a été suggéré
que ces troubles rachidiens seraient dus à des atteintes vasculaires.
1-3 Effets sur les performances
:
De nombreux auteurs ont
essayé de quantifier les diminutions de la performance de l’homme soumis à
des vibrations sinusoïdales ou aléatoires. Les vibrations rendent en effet
la tâche plus difficile et plus pénible.
Les vibrations gênent les
mouvements précis, la préhension correcte avec les mains et les doigts, l’écriture.
Elles entraînent une
augmentation du temps de réaction, obligeant à une concentration plus
importante sur la tâche principale aux dépens de l’attention portée aux
tâches secondaires, donc aux dépens de la vigilance.
1-4 Effets sur la vision:
La fréquence pour laquelle l’acuité
visuelle est la plus diminuée se situe vers 5 Hz.
Le
réflexe vestibulo-oculaire a pour fonction de maintenir l’image du monde
extérieur stable sur la rétine pendant les mouvements du corps. Il a un
rôle fondamental puisqu’il déplace les globes oculaires en sens inverse du
mouvement de la tête.
Un sujet immobile peut suivre
de l’œil une cible se déplaçant dans l’espace: c’est la poursuite visuelle. Lorsque la cible est animée d’un mouvement
vibratoire supérieur à 2 Hz, cette poursuite devient difficile.
1-5 Effets sur la fonction
respiratoire
:
Les vibrations de basse
fréquence, surtout entre 4 et 12 Hz, ont tendance à augmenter les
paramètres respiratoires: fréquence respiratoire, ventilation pulmonaire et
consommation d’oxygène.
Cette augmentation serait
liée à la tension musculaire générale engendrée par les vibrations: à 10
Hz, il y a une tension très importante des muscles des lombes, du thorax, de
l’abdomen et du dos. Il n’est pas certain qu’à bord des navires, l’intensité
des vibrations soit suffisamment forte pour engendrer cette pathologie. Aucune
donnée n’est d’ailleurs collectée sur ce sujet dans le milieu maritime.
1-6 Effets cardio-vasculaires
:
Une augmentation de la
fréquence cardiaque a été expérimentalement notée. Entre 4 et 11 Hz, lors
d’intensités vibratoires importantes, des perturbations de l’activité
cardiaque ont été enregistrées, avec extrasystoles et quelquefois
tachycardie ou encore hypertension artérielle.
Quelques rares cas d’infarctus
du myocarde chez des jeunes, sans antécédents d’artériosclérose ou d’insuffisance
coronarienne, ont été reliés à une origine vibratoire, mais ceci est
discuté. Mais la remarque concernant la fonction pulmonaire est ici la même.
Nous avons néanmoins été frappés par le nombre important d’artériopathies oblitérantes des membres inférieurs chez les marins, certes liées à l’importance du tabagisme dans ce milieu, mais nous avons évoqué également la possibilité d’une implication des vibrations (et peut-être de l’association bruit-vibrations) dans le processus causal de cette maladie ( par vasoconstriction). Jovanovic (1994) trouve des résultats similaires aux nôtres et avance les mêmes conclusions.
1-7 Effets digestifs et urinaires
:
On observe des troubles du
tractus digestif et du tractus urinaire, en partie dus à des modifications du
péristaltisme des muscles lisses viscéraux.
Dr D. Jégaden
20/09/04
1- Berthoz A : Effets des vibrations sur l'homme. In Scherrer J : Précis de physiologie du travail, 1992, 2ème édition, Masson édit, Paris
2- Bruskin ZZ : Several points concerning hygienic standardization and evaluation of industrial noise and vibration. Med Tr Prom Ekol, 1994, 7, 15-18
3- Byrne C, Henderson D, Saunders S, Powers N, Farzi F : Interactions of noise and whole-body vibration, in Recent Advances in Researches on the Combined Effects of Environmental Factors, 1988
4- Carlöö S : the
effect of vibration on the skeleton, joints and muscles. A review of the
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5- Hamernick RP, Henderson D, Coling D, Slepecky N : The interaction of whole-body vibration and impulse noise. J Acoust Soc Am, 1980, 67, 928-934
6- Idzior-Walus B : Coronary risk factors in men occupationally exposed to vibration and noise. Eur Heart J, 1987, 8, 10, 1040-1046.
7- Jovanovic J, Jovanovic M : The effect of noise and vibration on the cardiovascular system in exposed workers and possibilities of preventing their harmful effects. Med Pregl, 1994, 47, 9-10, 344-347.
8-
Kjellberg A, Wikström B.O. :
whole-body vibration : exposure
time and acute effects. A review. Ergonomics, 1985, 28, 535-544
9-
Kjellberg A, Wikström B.O., Dimberg U :
Whole-body vibration : exposure time and acute effects. Experimental
assessment of discomfort. Ergonomics, 1985, 28, 544-554
10- Marie Y, Jégaden D : Artériopathie oblitérante des membres inférieurs chez les gens de mer. Importance, facteurs de risque et aptitude à la navigation. Arch Mal Prof, 1991, 52, 5, 327-332
11-
Pettersen J.W.F.: Noise
and vibration aboard ship. In Handbook of Nautical Medicine, Springer-Verlag
éditeur, 1984
12-
Prost G : Les vibrations transmises à l’ensemble du
corps. Arch. Mal. Prof., 1986, 47, 8, 611-613
13-
Szcepanski C : Evaluation
of the exposure of a merchant ship crew to mechanical vibration during a sea
voyage. Bull Inst Marit Trop Med Gdynia, 1990, 41, 1-4, 109-113
14- Zaborski : A hygienic analysis of mechanical vibration in a voyage aboard the semi-container ship M/S "Kalinowski". Bull Inst Marit Trop Med Gdynia, 1976, 27, 3-4 279-288