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Retour éditorial du mois

 

Juillet 2001

En guise d'éditorial, vous trouverez ci-dessous l'interview du Pr J.D. Dewitte

Impact Médecin Hebdo n°542, 9 juillet 2001

   

L'homme qui voulait soigner la mer

Par le Dr Sylvie RIOU  

Interview du Professeur J.D. Dewitte, président de la Société Française de Médecine Maritime  

Comment est née la Société française de médecine maritime (SFMM)?

Tout a commencé de manière fortuite, il y a trois ans, lors d'une journée d'information consacrée à la santé et à la mer. Depuis 1998, il existait à Brest un diplôme universitaire de médecine maritime. Parmi les inscrits figurent des généralistes installés sur le littoral breton, et aussi des parisiens, surtout des gens qui aiment la mer. Après trois ans, le besoin de regroupement de ces anciens s'est fait ressentir. Parallèlement, la médecine maritime apparaît comme une discipline balbutiante qui commence tout juste à se structurer au niveau international. Il existe de fait une véritable spécificité à la santé du milieu maritime. L'actuel service de santé des gens de mer, qui exerce son activité sous la tutelle du ministère des Transports, ne répond pas à la totalité des particularités de la profession. Il se contente trop souvent de faire appliquer les arrêtés d'aptitude à la lettre, sans mener plus loin la réflexion. Et puis j'ai été sollicité par deux de mes collègues, les Drs Dominique Jégaden et Joël Cuzon, tous deux anciens médecins de la marine, nettement plus maritimes que moi. Sans eux, rien ne serait arrivé!  

Quels sont les objectifs de la FFMM?

Ils sont multiples. Si aujourd'hui les navires poubelles, les marins abandonnés et la pollution font les titres des journaux, on manque cruellement d'informations sur la santé du milieu maritime. La SFMM se propose de promouvoir l'hygiène et la santé de ce secteur comme également les  connaissances médicales, l'enseignement.

Comment vous définissez-vous et comment allez-vous travailler?

Nous nous situons comme une structure de réflexion qui va pouvoir agir à la façon d'un révélateur de la problématique du milieu. Mais nous aimerions aller plus loin que le catalogue des constats qui sera forcément peu satisfaisant.

Pour l'instant, nous sommes une toute jeune société mais, avec le temps, il nous faudra agir. Il s'agit aussi de fédérer tous les professionnels de santé intéressés par les différents champs de la sécurité, la salubrité, la médecine tropicale, la médecine du travail ou encore la médecine sportive. Pour désormais travailler ensemble plutôt qu'isolément. Ce rôle fédérateur est essentiel. D'ailleurs, nous préparons pour septembre prochain le premier colloque "mer et santé".  

A qui s'adresse ce colloque et quels en sont les thèmes ?

A tous ceux qui s'intéressent à la mer et aux relations entre mer et santé. Il concerne bien sûr les médecins et aussi le grand public. Quatre temps ont été retenus pour ces deux journées. Tout d'abord celui des changements climatiques et de ses conséquences en médecine tropicale, avec les pathologies transmises par les moustiques, comme la dengue et l'encéphalite japonaise qui s'étendent. Puis un chapitre sera consacré à la santé mentale des marins et à la dégradation de leurs conditions de travail, conséquence de la mondialisation. Un troisième temps traitera des problèmes de vigilance et des troubles du sommeil, et enfin nous aborderons celui des cancers professionnels. Déjà des travaux apparaissent avec des thèses qui traitent des ichtyosarcotoxismes (contamination par la chair de poisson) ou encore une étude qui fait état de la toxicité algale par le biais d'inhalation d'embruns chargés de neurotoxines provenant de la pullulation d'algues secondaire à des modifications climatiques.  

Les bateaux sont-ils des univers à haut risque ?

Absolument. Car ils cumulent la lourdeur physique des tâches, les problèmes de sécurité, l'amiante longtemps utilisée dans la construction navale, le transport des toxiques, le bruit. Sans compter la dégradation des conditions de travail des marins. Isolement et confinement sont majeurs. De plus, la notion traditionnelle d'appartenance de l'homme au bateau tend à disparaître et l'on constate une véritable perte identitaire, source de souffrance. Aujourd'hui, un tiers des navires fonctionnent sous régime des pavillons de complaisance. Les équipes sont réduites et les risques liés aux cargaisons majeurs, comme dans le cas des navires poubelles. Concrètement, il s'agit d'esclavage moderne. 

Octobre 2001

Séance inaugurale du Colloque « mer et santé »

Brest, le 20 septembre 2001

 

Professeur J.D. Dewitte, président de la Société Française de Médecine Maritime

 

 

Monsieur le Médecin Général Inspecteur, inspecteur du Service de Santé pour la Marine

Monsieur le Médecin Général, directeur du service de santé en région Atlantique, représentant le Préfet Maritime,

Monsieur le Député-Maire de Brest,

Monsieur le Doyen de la Faculté de Médecine de Brest,

Chers collègues,

Mesdames et messieurs,

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ouvre aujourd’hui, au titre de Président de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME, Titre qui n’est actuellement que provisoire,
ce premier Colloque « MER ET SANTÉ », qui, je l’espère, ne sera pas le seul, comme tous ceux qui l’ont préparé le souhaitent également.

BREST nous a semblé l’endroit idéal pour lancer ce concept encore nouveau en France de MÉDECINE MARITIME.
BREST est à la pointe de l’Europe,

BREST est une ville qui, de plus en plus, se tourne vers la Mer,

BREST se devait de savoir répondre aux préoccupations des marins au commerce, à la pêche et à la plaisance pour ce qui est de leur santé.

Nous l’avons fait en introduisant ce que beaucoup appellent aussi la « Médecine Maritime ».

A côté de IFREMER,
des laboratoires de recherches de l’Institut Universitaire Européen de la Mer,
de l’existence du DROIT MARITIME,
POURQUOI LA SANTÉ N’AURAIT-ELLE PAS DROIT DE CITER ?

 

Pourquoi avoir créé ICI cette « Société Française de Médecine Maritime » ?

Depuis près de 5 ans, nous avons mis en place, avec l’aide de l’UBO, et en particulier celle de son Service Universitaire de Formation Continue, un diplôme de « MÉDECINE MARITIME » appelé à remplacer le moribond « BREVET DE MÉDECIN DE LA MARINE MARCHANDE ».

L’idée de 5 personnes, un peu UTOPIQUES certes pour se lancer dans une pareille aventure, a trouvé écho auprès de nos instances locales mais surtout auprès de nos collègues de la Marine Nationale, qui nous ont toujours prêté une oreille attentive et des moyens généreux.

Que tous ceux qui nous ont aidés reçoivent ici, très officiellement, nos remerciements.

Trois générations de Médecins de toute la France mais aussi d’OUTRE MÉDITERRANÉE, se sont déjà succédé dans cette Faculté. La nouvelle promotion semble être encore riche de praticiens en provenance d’horizons divers, et cela témoigne que la graine continue de germer.

C’est dans ce contexte qu’il nous est apparu comme étant une suite logique, voire une nécessité, que de fonder la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME.

Notre ASSOCIATION s’appuie sur les premiers médecins que nous avons formés, mais aussi sur tous ceux qui s’intéressent à cet immense champ de recherche qu’est le domaine de la Mer et de ses professionnels que sont les marins.

Elle a 4 buts officiels :

·        Promouvoir l'hygiène et la santé dans le milieu maritime.

·        Promouvoir et développer les connaissances médicales sur le milieu maritime, l’enseignement et les spécificités de l'exercice médical en milieu maritime.

·        Réunir les médecins, les chercheurs et tous professionnels de santé concernés ou intéressés  par la médecine maritime.

·        Développer des relations avec les autres sociétés de médecine maritime au niveau international.

En effet, d’autres pays se sont lancés récemment dans cette mouvance :

L’Espagne, en 1989, avec la « Spanish Society of maritime medicine » ;

Le Danemark, plus récemment, en l’an 2000, et la « Danish Maritime Health Association » ;

• Au plan INTERNATIONAL, s’est même créé en 1997, une fédération : l’ « International Maritime Health Association », à laquelle la Société Française a prévu d’adhérer.

Nos préoccupations sont bien les mêmes que celles qui se font jour dans d’autres pays à vocation maritime.

Nous sommes heureux que les fonds baptismaux de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME soient posés à BREST, dans notre RÉGION.
Car c’est bien là où la Mer a déjà payé un lourd tribut à la pollution, là où les algues vertes viennent défigurer nos côtes et gâcher les vacances de nos touristes et les coquillages des bords de nos côtes, là où les marins abandonnés se sont retrouvés bloqués, victimes des modifications de l’organisation du travail et de la mondialisation, là encore où les salariés de la réparation et de la construction navale découvrent les méfaits de l’amiante.

Mais là aussi où les vieux gréements viennent se rassembler pour d’immenses fêtes, où les navigateurs du monde entier viennent prendre leur élan pour partir au bout du monde.

Là encore où OCÉANOPOLIS peut s’enorgueillir de recevoir plusieurs milliers de visiteurs chaque année.

Tous ces thèmes seront abordés au cours des deux journées qui vont suivre.

Mesdames, Messieurs, au nom du Comité d’organisation de ce Colloque, je vous souhaite des débats passionnants à propos d’exposés réalisés par des spécialistes du monde maritime,
spécialistes que je remercie, à cette occasion, pour avoir osé se jeter avec nous dans cette gageure et avoir accepté de libérer un peu de leur temps pour venir jusqu’ici nous faire partager leur passion et peut être, parfois, leur colère ou leur angoisse.

 Merci de votre présence à tous et bon colloque.  

                            Pr J.D. Dewitte, Président de la SFMM 

 

 

Editorial  mai 2003

     

En revenant la semaine dernière de Tarragone (7ème Symposium International de Médecine Maritime) et malgré le temps maussade qui nous attendait à Brest, j’étais satisfait : nous avons rencontré là-bas la médecine maritime internationale. Cette spécificité de la médecine – pour ne pas parler de spécialité – est donc bien vivante et, si elle est encore plutôt confidentielle (une centaine de personnes au congrès), elle s’enrichit chaque jour des expériences mutuelles.

Nous étions donc trois membres* de la SFMM à être présents (les seuls français), et cela nous a permis de côtoyer les grands noms de la médecine maritime : les Prs Tomaszunas (Pologne), Nogueroles (Espagne), Moen (Norvège), les Drs Jaremin, Canals, Verbist, Nikolic et bien d’autres Néerlandais,  Danois, Britanniques, Américains, Finlandais, Canadiens… Nous avons pu constater que notre D.U. de médecine maritime (faculté de médecine de Brest) était le seul existant avec celui proposé (en anglais) par l’Institut de Médecine maritime et Tropicale de Gdynia (Pologne).

Nous avons senti aussi que le travail de recherche dans ce secteur était immense et que nous avons bien entendu notre carte à jouer. Le poster présenté par Ghislaine Tirilly était d’ailleurs, au point de vue scientifique, un des meilleurs, sinon le meilleur. Le thème de la chronobiologie dans le monde maritime a, semble-t-il, été retenu pour  le prochain symposium international** qui se déroulera en Croatie en 2005 où nous espérons être plus présents.

D’ici là, la SFMM aura, elle aussi, monté son 2ème colloque « Mer & Santé »*** qui, je l’espère, nous réunira tous en septembre prochain.

Elle devra aussi promouvoir des travaux en collaboration étroite avec le service de santé des gens de mer, se faire mieux connaître, toucher plus de professionnels et augmenter les rangs de ses adhérents…

Bon courage à tous.

 

                                                            Dr Dominique Jégaden

                                                            Secrétaire général de la SFMM  

 

* Pr Dewitte, Dr Jégaden et Melle Tirilly

** 8e International Symposium on Maritime Health – Rijeka – Croatia, 7 au 14 mai 2005

*** Ifremer- centre de Brest les 25 et 26 septembre 2003  

 

 

 

Editorial  octobre 2003

   

Ces 25 et 26 septembre 2003, le soleil brillait sur la pointe de Bretagne et les congressistes du 2ème colloque « mer & Santé » ont eu le loisir d’admirer le magnifique point de vue sur la rade et le goulet de Brest depuis le centre Ifremer, lieu de la manifestation. Mais le beau temps n’aura pas été pour nous le seul motif de satisfaction. En effet, ce colloque aura été le moment de rencontres entre médecins civils et militaires qui oeuvrent en faveur des marins au sein d’organismes publics (Marine Nationale, Affaires Maritimes, Ifremer, Universités) ou privés (Brittany Ferries). Je tiens particulièrement à remercier de leur présence le Docteur Francis Rollot, chef du Service de Santé des Gens de mer, et le Docteur Michel Pujos, directeur de Centre de Consultation Médicale Maritime.

La première partie du colloque, dont le thème était « Les urgences médicales en mer » aura été animée d’une main de maître par notre ami le Dr Daniel Carcaillet. La qualité des intervenants et l’intérêt des communications auront été salués par tous.

Je me réjouis aussi du succès de la table ronde « Télémédecine et pêche », animée par Ghislaine Tirilly, qui  aura aussi été le lieu de débats entre médecins  (Dr Pujos et Dr Paris) et professionnels de la mer. Elle aura permis de mettre l’accent sur l’important besoin de formation et d’entraînement des marins en matière de séméiologie médicale adaptée à la télémédecine.

Une autre nouveauté de notre colloque aura été l’apport scientifique des  chercheurs d’Ifremer en matière de pollution chimique, bactériologique et phytoplanctonique, et nous avons à ce sujet mesuré l’importance d’un travail en commun dans ce domaine.

Enfin, nous avons eu le grand plaisir d’accueillir parmi nous deux éminents confrères espagnols. Le Docteur José Acebes Garcia ,chef du service de consultations radiomédicales maritimes de L’institut Social de la Marine de Madrid, nous a ravi par son humour et son professionnalisme. Madame le Docteur Luisa Canals, présidente de la Société Espagnole de Médecine Maritime et récemment élue présidente de l’International Maritime Health Association a donné une caution internationale à notre colloque et nous a encouragé à continuer dans cette voie et à développer nos relations avec les autres sociétés de médecine maritime. Qu’elle soit ici remerciée pour sa gentillesse et son dynamisme.

Si nous pouvons être fiers du travail déjà accompli par les membres de notre jeune Société, c’est certainement aussi grâce au travail assidu de mon prédécesseur, le Professeur Jean-Dominique Dewitte, qui a su, pendant ses deux ans et demi de présidence, mettre la SFMM sur de bons rails. En termes plus marins, la barre a été fermement tenue. Je le remercie chaleureusement et j’espère que saurai aussi éviter les embardées.

 

Docteur Dominique Jégaden

Président de la Société Française de Médecine Maritime  

 

 

Editorial Novembre 2003

Lorsque paquebot rime avec gastro…

 

Le mois de novembre 2003 a fait découvrir à l’Europe entière l’existence du norovirus et ses conséquences maritimes. L’Aurora , fleuron de l ‘armement britannique P&O, a en effet été le théâtre d’une TIAC (toxi-infection alimentaire collective) de grande envergure, touchant presque 600 des 1800 passagers. Outre le désagrément pour les passagers touchés, l’affaire s’est compliquée d’un différent diplomatique entre la Grande Bretagne et l’Espagne (qui a refusé le débarquement des passagers dans un port espagnol) et se terminera certainement devant les tribunaux pour demande de dommages et intérêts.

Pourtant, la maladie est bien connue depuis plus de 15 ans à bord des navires de croisière, particulièrement dans la zone des Antilles. Rien qu’entre le 1er janvier et le 2 décembre 2002, 9 intoxications alimentaires à norovirus ont été recensées sur des paquebots américains croisant dans les Caraïbes, sur les 21 rapports de gastro-entérites établis à bord de 17 navires. Il s’agit là-bas d’une affection maritime tellement banale que le norovirus est connu sous le terme de « cruise ship virus »

Le norovirus, anciennement appelé « Norwalk virus » ou « Norwalk like virus », a été isolé en 1972 à partir d’échantillons cliniques prélevés en 1968 lors d’une épidémie de gastro-entérite dans une école de Norwalk (Ohio, USA). Ce virus  provoque une maladie relativement typique, caractérisée par l’apparition soudaine de vomissements et de nausées avec une diarrhée plus ou moins sévère. Ces signes gastro-intestinaux peuvent être associés à de la fièvre, des myalgies et des céphalées. La période d’incubation varie de 15 à 50 heures et les symptômes durent en moyenne entre 12 et 60 heures. On retrouve à bord des navires de croisière tous les ingrédients pour l’éclosion d’épidémies : le grand nombre de passagers, leur confinement pendant plusieurs jours en milieu clos, leur brassage obligatoire favorisent la transmission du virus qui se fait par la nourriture (et en particulier les fruits de mer crus*), l’eau, les glaces, la transmission de personne à personne par les mains et les aérosols de particules virales.

Bien qu’elle soit généralement bénigne, chez certaines personnes fragiles ou immunodéprimées, la maladie peut devenir dangereuse. Un cas mortel a été rapporté chez un passager américain. Ceci pose, en passant, le problème de la sécurité médicale des passagers malades qui embarquent sur ce type de navire.

Par ailleurs, si un grand nombre d’hommes d’équipage est touché, la sécurité du navire pourrait être prise en défaut. Les marins sont  aussi des hommes… et donc des diarrhéiques en puissance !  

En conclusion, si vous partez en croisière, n’oubliez pas de prendre dans vos bagages une fiole d’eau de Javel concentrée et une boîte de Zithromax ® . 

Et surtout, lavez vous bien les mains après chaque rencontre faite sur le pont.

                                                         Dr Dominique Jégaden

Président de la SFMM

 

* Au cours du 2ème colloque « Mer & Santé », Madame Monique Pommepuy, chercheur à Ifremer, nous a fait une très intéressante intervention à propos de la contamination du littoral par les norovirus.  

 

 

Editorial janvier 2004

  Bonne Année 2004

  Temps des vœux , temps des bilans et des perspectives.

Bilans de l’année passée : qu’avons-nous fait de cette année 2003 ? Avons-nous fait progresser le concept de médecine maritime et la Société Française de Médecine Maritime? Il nous semble que la réponse est positive sur plusieurs plans. Cette année a été l’occasion de nous réunir au cours du colloque « Mer & Santé », manifestation biennale la plus médiatique de notre société. Les échos que nous avons eu ont été en effet très satisfaisants et les actes vont être diffusés largement par les Editions Ifremer courant 2004.

Cette année a été également témoin d’un rapprochement de notre Société avec les autres sociétés de divers pays dans le cadre de rassemblements chapeautés par l’International Maritime Health Association (IMHA). Tout d’abord lors du Symposium de Tarragone en avril 2003, au cours duquel notre collègue Ghislaine Tirilly, secrétaire générale de la SFMM,  a présenté un poster. Puis au cours d’un workshop à Barcelone organisé par l’IMHA sur le thème de l’enseignement en médecine maritime. Cette manifestation nous a permis de tisser des liens très étroits avec quelques éminents collègues étrangers et de nous faire reconnaître comme interlocuteurs valables. Le Diplôme d’Université de Médecine Maritime, proposé par l’UBO, seul diplôme universitaire de ce type au monde actuellement, aura vu sa plus grosse promotion débuter les cours en novembre dernier. Ceci est la preuve de l’intérêt grandissant en la matière.

Bref, 2003 aura été une année faste pour la médecine maritime.

2004 promet d’être de la même veine. En effet, les projets ne manquent pas :

-           préparation d’un workshop de l’IMHA à Brest pour avril 2004, sur le sujet « collecte et validation des données en médecine maritime » ;

-           congrès de dermatologie maritime prévu pour le 9 juillet toujours à Brest , sous le patronage de la SFMM

-           développement d’une base de données internationale en médecine maritime : ce travail, qui a été confié à la SFMM avec l’UBO, par l’IMHA, a été décidé au cours du workshop de Barcelone en novembre dernier.

-           Préparation du 8è Symposium International de Médecine Maritime qui se déroulera en Croatie en 2005 et où la SFMM se doit de présenter des communications.

-           Préparation du 3è colloque « Mer & Santé » qui est prévu aussi en 2005.  

Comme vous le voyez, nous avons besoin de bonnes volontés de la part des membres de la SFMM pour nous aider dans toutes ces tâches aussi passionnantes qu’innovantes. N’hésitez pas à nous contacter si l’une ou l’autre de ces manifestations vous intéressent.

Vous retrouverez bien entendu toutes ces infos développées sur notre site.  

Le Professeur Jean Dominique Dewitte, président de notre Société jusqu’en septembre dernier, et qui a toute sa part dans l’œuvre accomplie, se joint à moi pour vous souhaiter une Bonne Année 2004.

 

Dr Dominique Jégaden

Président de la SFMM

 

Editorial Février 2004

Evaluation des risques en milieu maritime

   

Le 5 février dernier s’est tenu à Paris une journée de la Médecine des Gens de Mer consacrée à l’évaluation des risques en milieu maritime professionnel à laquelle un certain nombre d’entre nous ont participé. Ce sujet est en effet extrêmement important  compte tenu des implications réglementaires, techniques et humaines qu’il comporte et c’est pourquoi il ne faut pas le prendre à la légère. Rappelons d’ailleurs que c’est un sujet qui a été négligé par les employeurs et par l’état pendant plus de douze ans car la Directive-cadre européenne 89/391/CEE qui impose une évaluation des risques par l’employeur date du 12 juin 1989 et que, malgré la transcription dans le droit français de cette directive européenne par la Loi du 31 décembre 1991, ce n’est que depuis le Décret du 5 novembre 2001 imposant des sanctions que les choses ont commencé à bouger. Bien que la Directive-cadre européenne soit applicable au milieu maritime professionnel, la complexité et la spécificité des réglementations maritimes a permis de maintenir le flou artistique sur l’obligation ou non d’appliquer au monde maritime le décret de novembre 2001. « Armateurs de France » a d’ailleurs contribué à retarder le processus en posant la question l’année dernière de savoir si, après tout, l’application du code ISM (International Safety Management  code), obligatoire depuis le 1er juillet 2002 ne suffisait pas.

La réponse a été clairement apportée au cours de la journée du 5 février : les armateurs doivent bien procéder à une évaluation des risques telle qu’elle est décrite dans le décret du 5 novembre 2001 et doivent bien consigner cette évaluation dans un document dit « Document unique » suivant les dispositions de la circulaire DRT du 18 avril 2002.

Confronté à cette évaluation des risques dans les entreprises terrestres, je sais qu’il s’agit d’un problème ardu, qui a généré une grande cacophonie dans son application : quelle finalité ? quelle méthode utiliser ? comment rédiger le fameux document unique ? De multiples descriptions ont vu le jour en même temps que nombre de cabinets qui n’avaient de « conseils » que le nom.

Le champ de dangers du milieu maritime est tel qu’il est hors de question de se tromper ou de se disperser quant à la méthodologie à appliquer en matière d’évaluation des risques. J’ai été satisfait de constater que l’Institut Maritime de Prévention proposait une méthodologie cohérente avec des définitions terminologiques validées (notion de danger, de dommage, d’accident, de risque…), conforme à la méthodologie préconisée par l’INRS : analyse des dangers, description des dommages, évaluation des risques selon la gravité et l’occurrence, qualification du risque en risque acceptable, modifiable ou inacceptable.

Cette méthodologie est tirée en réalité de travaux antérieurs très poussés sur ce sujet et initiés par le Commissariat à l’Energie Atomique pour les centrales nucléaires. La méthode originale s’appelle méthode MOSAR ou Méthode Organisée et Systémique d’Analyse des Risques. En l’étudiant de plus près, cette méthode s’applique particulièrement bien aux navires.

Mais ce que l’on peut regretter, autant dans la méthode préconisée par l’INRS que dans celle – similaire - mise au point par l’IMP, c’est de n’avoir pas perçu l’essence dynamique de la méthode MOSAR. Cette méthode s’appuie sur une théorie qui met en scène la notion de « flux de danger ». Sans entrer dans les détails, la méthode se base sur l’élaboration de scénarii d’accidents, mettant en jeux et associant des éléments initiateurs (par exemple la houle) à un ou à des éléments initiaux (les sources de danger) qui, associés entre eux dans une vision dynamique (le flux de danger) vont provoquer des « événements non souhaités » sur des cibles à l’origine d’effets supposés.  Une deuxième notion fondamentale de la méthode MOSAR est l’étude des phénomènes en cascade. La modélisation initiale du système (le navire en l’occurrence) en sous-systèmes fonctionnels (passerelle, machines, pont…) permet en effet, toujours dans une notion dynamique, d’étudier les répercussions supposées (nous sommes, ne l’oublions pas, dans une étude a priori des risques) d’un scénario d’accident d’un sous-système sur les autres sous-systèmes, susceptibles d’être à l’origine eux-même de nouveaux scénarii d’accidents. 

La Société Française de Médecine Maritime, lieu de débats scientifiques sur tous les aspects de la médecine maritime, est, par là-même, un forum de discussions positives avec tous les acteurs impliqués pour faire avancer les idées. Je vous invite donc à étudier plus précisément les partitions de la méthode MOSAR pour y faire entendre dans le milieu maritime une musique harmonieuse et sans fausses notes.

Dominique Jégaden

Président de la SFMM   

   

Editorial Mars 2004

Bonne nouvelle

 

La France vient de ratifier un certain nombre de conventions de l’organisation Internationale du Travail (OIT). Parmi ces conventions, la C164 sur la protection de la santé et les soins médicaux (gens de mer)) intéresse directement la médecine maritime. Cette convention a été proposée le 8/10/1987 et l’on peut se demander pourquoi la France a attendu février 2004 pour la ratifier. La réponse était que ce n’était pas nécessaire parce que le marin français bénéficiait d’une organisation sanitaire supérieure à ce qui est préconisé dans la C164. Ceci est vrai en général. Mais à y regarder de plus près quelques remarques peuvent être élaborées si l’on veut suivre à la lettre ces recommandations.

 Au sujet de la consultation médicale maritime, premier exemple, l’article 7 de la Convention stipule que « l’autorité compétente doit assurer, au moyen d’arrangements préalables, que des consultations médicales par radio ou par satellite, y compris des conseils de spécialistes, soient possibles pour les navires en mer à toute heure du jour ou de la nuit ». Suite à notre dernier colloque « Mer & Santé », le Docteur Michel Pujos, directeur-adjoint du CCMM (centre de consultations médicales maritimes) de Toulouse, déclarait dans un article paru dans la revue « Le Marin » (10 octobre 2003) « le CCMM est confronté à de grandes difficultés. Alors que les hôpitaux et tout particulièrement les services d’urgence sont eux-mêmes en crise, il apparaît de manière plus flagrante et injustifiée le fait que les hôpitaux de Toulouse ne reçoivent aucun financement spécifique autre que leur propre budget pour le fonctionnement du CCMM. ». La convention C164 indique clairement que le fonctionnement des CCMM est du ressort des Etats. Le 5 février dernier, lors des journées de médecine des Gens de Mer à Paris, le Directeur-Adjoint des Gens de Mer a, ai-je compris,  fait des propositions dans ce sens…

Par contre, le point 5 du même article 7 stipule que « l’autorité compétente doit s’assurer que les médecins donnant des conseils médicaux dans le cadre du présent article reçoivent une formation appropriée et sont informés des conditions existant à bord des navires ». Si on veut être logique jusqu’au bout, tous les médecins intervenant au CCMM de Toulouse devraient être, complémentairement à leur spécialité d'urgentistes, titulaires du D.U. de médecine maritime, seule formation validante en la matière. La reconnaissance du DUMM a aussi été soulignée par le directeur-adjoint des Gens de mer ce même 5 février.

 L’article 8 de la Convention indique que « tout navire qui embarque cent marins ou davantage et effectue normalement des voyages internationaux de plus de trois jours doit avoir parmi les membres de l’équipage un médecin chargé de soins médicaux ». Je joue peut-être sur les mots, mais, à mon sens, cet article pose le problème du statut du médecin embarqué. En effet, jusqu’à présent, le médecin embarqué, le plus souvent de manière temporaire, était considéré, selon le décret 84-810 (révisé en 1996, sur la sauvegarde de la vie humaine en mer), comme « autre personne que l’équipage employée ou occupée à bord à titre professionnel ou moyennant rétribution en quelque qualité que ce soit pour les besoins du navire ». Or, à lire la C164, le médecin fait partie de l’équipage. Devra-t-il être inscrit maritime et cotiser à l’ENIM ?

 Il est très intéressant enfin de se pencher sur l’important article 13 de la Convention qui indique aux états signataires qu’ils doivent  développer des recherches sur la santé des gens de mer, former à la médecine maritime, organiser des échanges internationaux d’informations techniques et de matériel pédagogique et de personnel enseignant ainsi que des cours de formation, des séminaires et des groupes de travail internationaux … Je perçois là-dedans deux intérêts majeurs. D’une part une reconnaissance internationale de la médecine maritime comme une entité spécifique (mais j’en étais déjà persuadé). D’autre part le bien fondé de la Société Française de Médecine Maritime qui , justement, a été créée pour promouvoir les études, la formation et les échanges internationaux en médecine maritime.

La ratification de la Convention C 164 ne doit pas être prise comme une simple formalité, elle est bien le départ d’un nouvel élan auquel la SFMM doit être en première ligne.

 Dr Dominique Jégaden

Président de la SFMM

N.B.   Convention C 164  ( texte mis sur le site avec l'aimable autorisation de l'OIT )

 

 

 

Editorial Avril 2004

Attentats  

Le soir de l’attentat de Madrid, j’ai adressé un message d’amitié, au nom de la SFMM, à nos amis espagnols, Luisa Canals, présidente de la Société Espagnole de Médecine Maritime et Pedro Nogueroles, professeur à l’Université de Cadix.

Ce fléau des attentats a déjà sévi dans le milieu maritime. Souvenons-nous de la prise d’otages à bord du paquebot Achile Lauro , en 1985, au cours de laquelle un otage avait été exécuté. Plus récemment, en 2002,  le pétrolier français Limburg a été touché. Dans l’avenir, on peut penser que, malheureusement, le transport maritime risque d’être pris pour cible privilégiée. Le champ est en effet vaste : prise en otage de paquebot avec toutes les conséquences humaines que cela implique, explosion de pétrolier plein dans un port, détournement de navire, etc. L’imagination des terroristes est diaboliquement sans limites.

L’objectif maritime est majeur : le commerce maritime représente 80% des échanges mondiaux (60% en ce qui concerne l’Union Européenne). Ce trafic emploie 1,2 millions de marins embarqués à bord de 46000 navires. Si l’on touche le commerce maritime, on touche l’économie mondiale. L’explosion d’un ferrie ou d’un paquebot rempli de touristes serait d’un coût humain aussi grave que l’attentat du 11 septembre. Les conséquences pourraient être encore plus importantes avec  d’après le commissaire européen Frits Bolkenstein : " fermeture des frontières, navires empêchés d’accoster dans les ports, désorganisation totale du système d’approvisionnement, énormes conséquences pour l’économie mondiale". Selon le chercheur Michael Richardson, « il existe des preuves sérieuses que des menaces pèsent contre le commerce maritime et ses connexions terrestres, y compris les ports et les villes adjacentes ».

Pour lutter contre ce danger, l’organisation Maritime Internationale (OMI) a ratifié en décembre 2002 toutes les propositions estimées à améliorer la sûreté des navires et des ports. Ces mesures comportent :

-         l’obligation d’emport d’un instrument d’identification des navires (Automatic Identification System / AIS)

-         l’établissement d’un plan de sûreté du navire.

-         La mise en place d’une alarme de sûreté à bord

-         La tenue de registres des activités relatives à la sûreté

-         La désignation d’un officier de sûreté et des formations spécifiques pour cet officier et l’équipage

-         L’identification du navire par marquage sur la coque

-         L’instauration d’un certificat de sûreté et de déclarations de sûreté

-         La mise en place d’équipements d’éclairage extérieur quand le navire est à quai ou au mouillage.

Des mesures portuaires sont prévues parallèlement.

Tout cela est bien, mais n’est-ce pas là des mesures somme toute assez dérisoires vis-à-vis de malfaisants qui réussissent à s’insérer dans les populations et par là, de passer inaperçus ? De nouvelles paperasses et de nouveaux registres seront-ils efficaces ? Ils pourraient  l’être tout au moins en partie dans la mesure où ils impulsent un état d’esprit de vigilance. Ils seront totalement inefficaces s’ils sont pris pour des papiers obligatoires de plus à remplir par les officiers de bord, comme déjà certains prennent les documents rendus obligatoires par le code ISM (International Safety Managment). Et que dire de l’évaluation des risques avec le document unique !!!

Et les médecins dans tout cela ? Et bien ! il faut d’abord qu’ils soient au courant de ces risques et de l’évolution de la réglementation. Il faut ensuite qu’ils restent attentifs en toutes circonstances. 

Dr Dominique Jégaden

Président de la SFMM 

 

 

Editorial Mai 2004

Europe : + 10

Europe maritime : +6

 

Bienvenue aux nouveaux Pays entrant dans l’Union Européenne. Parmi ceux-ci, six attireront particulièrement notre attention car ce sont des pays éminemment maritimes : les Pays Baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie), la Pologne, Malte et Chypre.

Ces nations concernent très fortement la médecine maritime. En effet, la Pologne, notamment par l’Université de Gdynia, occupe une place éminente en médecine maritime. L’Institut de Médecine Maritime et Tropicale de Gdynia (Institute of Maritime and Tropical Medicine in Gdynia), dirigé par le Professeur Tomaszunas, travaille beaucoup sur les sujets qui nous intéressent et publie une revue , International Maritime Health, seule revue de médecine maritime indexée dans Medline. Au passage, nous sommes, nous français, dramatiquement absents dans ces publications. Le Professeur Tomaszunas est aussi l’instigateur de cours de médecine maritime à l’attention des pays en voie de développement (Intercountry Training Course on Maritime Occupation Health). C’est dire la compétence incontournable que ce pays va apporter dans notre spécialité.

Les Pays Baltes aussi sont très impliqués dans la Médecine Maritime. Le Dr Ulle Lahe, de Tallinn (Estonie), a été élue membre du Conseil d’Administration de l’IMHA (International Maritime Health Association) au cours du Symposium International de Tarragone en 2003. Le Dr Andra Ergle, de Riga (Lettonie), prépare un séminaire sur les problèmes psychologiques chez les marins  en fin de ce mois à Riga. Le dynamisme est donc d’actualité dans cette région d’Europe où la médecine maritime est une entité médicale indiscutée que ce soit en Finlande, Suède, Norvège, Danemark et, bien entendu Allemagne.

Les deux derniers Pays à rejoindre l’Union posent évidemment un problème différent en matière maritime. Ici, pas de médecine maritime à notre connaissance, mais des pavillons de complaisance… Beaucoup de travail donc à entreprendre dans le sens d’une meilleure prise en charge des marins de ces pavillons, en particulier en matière de santé.

C’est pourquoi je ne peux que rebondir sur le projet européen de « formation post-universitaire en médecine maritime dans l’Europe des 25 » que nous venons de lancer et dans lequel la SFMM , aux côtés de l’UBO (Université de Bretagne Occidentale), a une place de partenaire à part entière. Ce projet a été lancé au cours du dernier workshop de l’IMHA à Barcelone en novembre 2003. Il regroupe les partenaires suivants : l’EMA (European Medical Association) qui vient de déposer au 1er avril 2004 le dossier de ce projet auprès de la Commission Européenne, l’IMHA qui est co-responsable scientifique du projet avec l’UBO, des universités de Tarragone, d’Ejsberg (Danemark-sud), de Gdynia (Pologne), de Rijeka (Croatie-Pays entrant en 2007 dans l’UE), et enfin des Sociétés scientifiques de médecine maritime (SEMM-société espagnole, SFMM – notre société, et la Société Allemande de médecine maritime). Ce projet a pour mission de déterminer les compétences professionnelles communes nécessaires aux médecins concernés et de mettre en place une base de données européenne en matière de médecine maritime. Nous avons pensé que notre Société devait fortement s’impliquer dans cette aventure passionnante tant sur le fond que sur la forme . Rien ne remplace en effet les relations humaines tissées lors de ces projets communs et nous pouvons d’ores et déjà être fiers du chemin parcouru à ce sujet par la SFMM depuis sa récente création. Le prochain workshop de l’IMHA se fera d’ailleurs à Brest, les 2 et 3 juillet, et aura pour thème, toujours dans un souci de préparation de la base de données , « collecte et validation des données en médecine maritime ». Le programme de cette manifestation vient d’être mis en ligne sur notre site mersante.com, même si tout n’est pas encore entièrement finalisé.

J’espère que chaque membre de la Société Française de Médecine Maritime se sentira concerné par tous ces événements et lui apportera son soutien.

Nous sommes heureux de ne pas avoir raté l’appareillage et d’être montés à temps à bord du navire européen . 

       Dr Dominique Jégaden

          Président de la SFMM  

 

Editorial Juin 2004

Histoire d’aptitude

 

J’ai retrouvé récemment un article paru dans la revue « Le Marin » il y a un peu plus de quinze ans , relatant le naufrage d’un petit caseyeur malouin qui avait fait quatre morts et un rescapé. Ce dernier, un colosse, était à bord en tant que passager. Il n’était pas inscrit maritime. Il racontait en détail dans l’article les circonstances du naufrage, expliquant qu’il avait donné des conseils aux autres marins alors qu’ils avaient tous été précipités à l’eau. Ces conseils longuement décrits dans l’interview avaient probablement accéléré l’hypothermie et la noyade de ces pauvres marins car ils étaient du genre « enlevez vos bottes, car elles vont vous faire couler » ou « bougez, nagez pour vous réchauffer ».

Le colosse avait d’ailleurs vu ses collègues disparaître les uns après les autres. Il avait réussi à regagner la côte – rare exploit – épuisé mais vivant.

Ce que la revue ne racontait pas , je vais vous le dire maintenant .

Le lendemain de ce naufrage, étant médecin des gens de mer du quartier, je reçois un coup de fil de mon chef parisien qui me dit ceci :  « Un marin de St Malo, propriétaire d’un bateau de pêche, a écrit au Président de la République pour se plaindre du fait que vous l’avez déclaré inapte à être patron de son bateau ». Lui ayant demandé le nom du bateau en question, je lui réponds : « Vous pouvez dire au Président de la République que ce propriétaire a coulé hier avec son bateau et s’est noyé avec  trois de ses matelots ».

Il s’agissait d’un marin qui avait acheté un navire sachant pertinemment qu’il était inapte à le commander, ne répondant pas aux normes visuelles réglementaires, avec et sans lunettes. Il devait donc appointer dans son équipage un marin dûment désigné comme patron, avec le brevet et l’aptitude médicale, alors que lui-même était embarqué sur son propre bateau comme simple matelot.

Ce jour-là – celui du naufrage – le patron officiel, qui je crois m’en souvenir tirait un peu sur la bouteille, était en arrêt de maladie, ce qui n’avait pas empêché ledit propriétaire malvoyant de prendre la mer…

Quelques années auparavant, un cas semblable de marin propriétaire de navire sans avoir l’aptitude physique à commander pour un problème de vision avait été à l’origine d’une grève de la faim dans le quartier du Guilvinec. Le matelot-armateur avait fait tellement de bruit qu’il avait réussi à faire rediscuter les normes d’aptitude visuelle. Les argumentaires avaient parfois frisé le ridicule, certains professionnels estimant qu’il suffisait d’avoir une acuité visuelle permettant de retrouver ses lunettes, tombées par terre, à quatre pattes dans la passerelle, arguant du fait qu’on pouvait, avec les moyens modernes de positionnement, entrer « aux instruments » dans un port !

Heureusement que les responsables de la profession et que les autorités médicales de l’époque n’avaient pas suivi ces propositions déraisonnables et avaient gardé, tout en les assouplissant un peu, un niveau d’acuité compatible avec la sécurité la plus élémentaire.

Lorsqu’on voit encore aujourd’hui le nombre de collisions entre navires, n’oublions pas que ces moyens modernes ne sont que des aides à la navigation et n’exonèrent ni du bon sens marin ni d’une aptitude physique satisfaisante. 

Dr Dominique Jégaden

Président de la SFMM 

 

 

Editorial Septembre 2004

1954 – 2004

 

J’ai eu l’honneur d’être invité au premier Symposium national vietnamien de Médecine Maritime qui a eu lieu les 21 et 22 août derniers à Haiphong. A l’occasion de cet événement , l’IMHA et la SFMM ont parrainé la création de la Société Vietnamienne de Médecine Maritime. Il faut dire que j’ai été très chaleureusement reçu par le professeur Nguyen Truong Son, directeur de l’Institut National Vietnamien de Médecine Maritime et par son adjoint, le Professeur Phan Van Thuc, que nous avions eu le plaisir d’accueillir à Brest en juillet lors du workshop que nous avons organisé.  

Il y a juste 50 ans, la présence française  en Indochine se terminait avec la bataille de Dien Bien Phu. On ne peut s’empêcher de se demander s’il reste quelque chose de cette présence ou si le régime de Ho Chi Minh, omniprésent encore aujourd’hui, a tout balayé. L’époque coloniale française fait certainement partie de l’Histoire ancienne pour les jeunes Vietnamiens, la langue française n’ayant pas globalement survécu aux départ des Français. Mais j’ai pu constater qu’un certain nombre de jeunes médecins et étudiants en médecine de Haiphong ont choisi d’apprendre le français au lieu de l’anglais et qu’ils s’expriment très bien dans notre langue. Ceci est de bonne augure pour l’avenir de notre coopération. Les noms de Pasteur, Calmette et Yersin leur sont aussi familiers. C’est l’occasion ici de rappeler que Calmette, médecin de marine, a été à l’origine de la création du premier Institut Pasteur à Saigon (il en existe toujours trois  en activité aujourd’hui) et que Yersin, ancien médecin de marine et découvreur du bacille de la peste, a ouvert la première école de médecine à Hanoï pour les autochtones au début du siècle. Il est d’ailleurs enterré au Vietnam. Devoir de mémoire…

Nos amis vietnamiens ont réussi à monter un beau symposium qui a été parfaitement réussi. Bien qu’elles aient été pour la plupart présentées en vietnamien, langue qui m’est bien entendu totalement inconnue (j’avais tout de même un traducteur à côté de moi), les communications m’ont paru d’un bon niveau. Beaucoup de ces communications ont été faites par les jeunes médecins de l’Institut de Médecine Maritime, ce qui témoigne d’un dynamisme certain que l’on peut admirer.

L’Institut de Médecine Maritime voit en visite d’aptitude l’ensemble des marins de la marine marchande mais pas encore les pêcheurs. S’il n’est pas très bien installé actuellement et plutôt pauvre en matériel médical, le projet d’un nouvel Institut  nous a été présenté. Mais une de leurs préoccupations majeures pour l’heure est de se doter d’un caisson de recompression multiplaces (ils n’ont que des caissons monoplaces chinois à oxygène pur : de vraies bombes). Des pourparlers sont en cours pour essayer de récupérer l’ancien caisson de l’hôpital Salvador de Marseille, si le prix du reconditionnement n’est pas trop élevé. Un jeune médecin de l’Institut va aussi venir passer un an chez nous à Brest pour apprendre à manipuler ce type de caisson. Une coopération s’engage donc.

 Les organisateurs du symposium avaient prévu une ballade dans la Baie d’Along. Malgré la chaleur étouffante et un soleil de plomb, la navigation autour des îles dans une mer vert émeraude génère toujours une fascination exquise.

D. Jégaden

Président 

 

Editorial Octobre 2004

 

DU de médecine maritime, nouvelle mouture.

 

Le programme du diplôme d’université de médecine maritime vient d’être redéfini et augmenté. Il passe à 220 heures étalées sur deux années universitaires. Dorénavant, pour obtenir ce DU, il faudra avoir validé deux certificats d’université, le certificat général de médecine maritime et le certificat de médecine d’urgences maritimes.

Depuis deux ans, nous savions que le temps imparti était trop court pour pouvoir adapter le diplôme aux réalités du terrain. C’est à l’occasion de la refonte du système de secours en mer avec la création de SAMU de coordination d’urgences maritimes (Le Havre, Brest, La Rochelle et Toulon) et l’obligation de former spécifiquement de nouveaux médecins que nous avons saisi cette opportunité pour revoir l’ensemble de l’enseignement. La collaboration avec l’Université de Tarragone, qui met en ligne un cours de médecine maritime en espagnol (mais bientôt aussi en anglais) nous incite aussi à réfléchir sur une harmonisation du nombre d’heures et des programmes. Nous avions lancé un projet européen l’année dernière à ce sujet, mais nous avons appris récemment que ce projet n’avait pas été retenu pour 2004. La partie n’est que remise.

Donc le module 3 de l’ancien diplôme, qui traitait des urgences maritimes s’émancipe et devient un certificat qui développera en théorie et en pratique l’ensemble des problèmes posés par ce thème. Ce certificat sera sous la responsabilité du Pr C. Arvieux, du SAMU de Brest, avec bien entendu la collaboration du CCMM de Toulouse, de la faculté de médecine de Bordeaux, de la Marine Nationale et évidemment, de Daniel Carcaillet.

Le certificat général de médecine maritime, sous la responsabilité du Pr J.D.Dewitte,  regroupera en trois modules toutes les autres matières enseignées dans l’ancien diplôme : connaissance du milieu maritime, pathologies en milieu maritime et réglementations. Le Service de Santé des Gens de Mer apportera un concours important à ce certificat. Nous allons pouvoir développer un peu plus les notions d’océanologie et de climatologie (avec les chercheurs d’Ifremer), qui nous semblent importantes à connaître dans le contexte général de réchauffement de la planète et ses conséquences sur le milieu marin et la santé humaine.

Nous introduisons aussi deux autres nouveautés : des visites de navires de commerce et de pêche et des travaux pratiques. Il y aura des travaux pratiques de métrologie d’ambiances (mesures de bruit par sonomètre, mesures de vibrations, d’éclairage et utilisation de pompes Draëger pour la dosimétrie d’exposition chimique à des toxiques) et des travaux pratiques de biologie (TP de bactériologie avec apprentissage de colorations de lames, TP de parasitologie, TP de biologie avec reconnaissance de poissons et de coquillages toxiques). Il est vrai qu’à Brest, nous avons de quoi mettre en place toutes ces modifications, en relation avec les chercheurs d’Ifremer, de l’Institut Universitaire Européen de la Mer et d’Océanopolis.

Bien sûr, l’effort qui sera demandé aux étudiants sera conséquent, notamment l’étalement sur deux ans du cursus, mais, j’en suis sûr, ils seront bénéficiaires d’un enseignement haut de gamme, certainement unique au monde actuellement et d’un intérêt culturel, médical et pratique important.

La SFMM s’efforcera de contribuer à la notoriété de ce diplôme. Vous trouverez l’ensemble des informations sur notre site.

Dr Dominique Jégaden

Président    

 

Editorial Novembre 2004

Rail

 

En tant que médecins nous occupant de marins ou tout au moins de personnes travaillant d’une manière ou d’une autre au sein du milieu maritime, nous nous devons de connaître le plus possible cet environnement si spécifique.

Comment connaître en profondeur le milieu marin si ce n’est de le pratiquer ?  Le moyen le plus accessible me paraît être la navigation de plaisance.

Pratiquer la navigation de plaisance, c’est aussi être pleinement marin. C’est « prendre la mer », la même mer que les professionnels. C’est être en proie aux mêmes aléas du temps. C’est certainement voir la mer de bien plus près que de nombreux marins professionnels.

Comme beaucoup d’autres, je suis un plaisancier averti. Je connais les règles maritimes, le balisage, les dangers de la côte. J’ai été formé à la vieille école de la navigation à l’estime, lorsque nous ne possédions aucun appareil de positionnement sophistiqué et que nous faisions appel à notre « pif », notre sens marin, surtout dans la brume. La lecture des cartes marines et l’utilisation de la règle Cras n’ont plus de secrets pour moi depuis longtemps.

Je connais maintenant l’utilisation en routine de tous les appareils modernes, les mêmes qui sont à disposition des professionnels : GPS, traceur, radar, VHF, et autre navtex

Chaque année, je traverse la Manche pour rendre visite aux côtes anglaises. Je sais ce que veut dire le « rail ». J’aime, de nuit, repérer les feux des navires, estimer leur éloignement, leur route, leur vitesse. Je reste vigilant quant à la route de collision et je suis prêt à manœuvrer si celle-ci se confirme, ce que j’ai été obligé de faire à plusieurs reprises. Bref, j’ai exactement les mêmes préoccupations que n’importe quel officier de quart à la passerelle. Je vis les mêmes sensations, les mêmes questions, parfois les mêmes angoisses. J'ose aussi prétendre que nous avons quelquefois des conduites plus sérieuses que celles de certains gens de mer, lorsqu'un défaut de veille la plus élémentaire conduit à une collision ou un échouement dramatique. 

« Amateur, comme l’a si bien écrit Jean François Deniau*, cela veut dire  qui aime . Mais, si l’on entend le langage commun, amateur, cela veut dire aussi : non-professionnel, avec une nuance de mépris ou même d’hostilité ».

Pour nous, médecins de marine, cet amateurisme–là peut, au contraire, largement renforcer notre professionnalisme.

Dr Dominique Jégaden, 

Président                                                    

* La mer est ronde, Jean François Deniau, Gallimard

 

Editorial Décembre 2004

   

Travaux et publications

   

Les mémoires récemment présentés dans le cadre du DUMM ont été, dans leur majorité, de très bon niveau et d’une diversité notable. Présentations de cas cliniques, études bibliographiques, travaux historiques, études épidémiologiques ont concerné aussi bien les domaines de la navigation au commerce, à la pêche ou à la plaisance, que des sujets plus généraux, laissant percevoir un immense champ d’études à poursuivre.

Je suis depuis longtemps convaincu que les Français ne produisent pas assez de travaux scientifiques sur la santé dans le milieu maritime. Nous avons du mal à avoir une idée précise sur l’état de santé réel des marins, sur les problèmes spécifiques rencontrés, l’évolution de la situation sanitaire dans le temps, l’émergence de pathologies nouvelles et sur bien d’autres domaines encore.

En dehors de quelques thèses de médecine qui émergent de temps à autre sur des sujets de médecine maritime, force est de constater que le DUMM est pratiquement la seule source actuelle de travaux, ou d’embryons de travaux sur ces sujets spécifiques. Je suis donc particulièrement favorable à donner une importance plus grande au mémoire dans le cadre du nouveau DUMM, pour que ce mémoire soit un vrai travail approfondi et de qualité.

Espérons aussi que l’ouverture des services de santé des gens de mer à des internes en médecine du travail ainsi que la formation des médecins des gens de mer en médecine du travail apporte une dynamique nouvelle au SSGM, et plus de temps pour générer des publications en plus grand nombre. L’association ainsi créée entre le SSGM et, en l’occurrence, l’Université de Bretagne occidentale, ne peut qu’aller dans ce sens.

N’hésitons donc pas à communiquer ! Deux forums sont, depuis quelques années, faits pour cela : les Journées de la médecine des Gens de mer, organisées par le SSGM, et le colloque « Mer et Santé » de la SFMM. Nous venons d’ailleurs tout juste de recevoir les Actes du colloque de 2003, édités par les éditions Ifremer, qui vont permettre de diffuser plus largement les interventions.

 Ceci est d’ailleurs un des objectifs de la SFMM  : promouvoir et diffuser les travaux en médecine maritime. Donnons-nous les moyens de continuer sur la lancée.

 Dr Dominique Jégaden

Président    

 

Editorial Janvier 2005

 

Tsunami

   

Que dire, que faire? Les journaux télévisés, les articles des revues ne suffisent-ils pas? Et pourtant, impossible pour moi, en ce début de janvier 2005, de ne pas évoquer le tsunami de l’Océan Indien dans ce premier éditorial de l’année. Dire que cette catastrophe nous touche est une évidence, comme tous les citoyens du monde. Mais elle doit nous concerner plus encore car elle est venue de la mer. Cet océan Indien qui, jadis, m’a paru si calme lorsque je l’ai traversé de long en large pendant plusieurs mois, a matérialisé la puissance destructrice du séisme dans l’interface mer-terre, justement là où la majorité des gens qui tirent leurs ressources de la mer, en particulier les pêcheurs, vivent. Nous nous devons donc, bien évidemment, de participer individuellement, à notre mesure et selon nos possibilités, à l’aide internationale. A ce titre, nous avons fait figurer une icône de l’UNICEF en page d’accueil du site mersante.com.

Mais la vocation d’une Société telle que la nôtre s’inscrit dans la durée plus que dans l’action immédiate. C’est pourquoi la deuxième raison qui nous implique fortement est le caractère particulier des relations que nous avons commencé à tisser avec nos amis asiatiques, bien avant l’imprévisible catastrophe. Tout d’abord avec l’Institut de Médecine maritime de Haiphong et la Société Vietnamienne de médecine maritime : l’année 2005 doit concrétiser ces relations privilégiées entre nous. Le Vietnam n’a heureusement pas été touché par le raz de marée.

Plus globalement, vous savez que nous travaillons dans un projet plus ambitieux, dans lequel la SFMM sera partenaire, le projet « AsiaLink », dont l’objectif sera de tisser un système de formation et de recherche en médecine maritime entre plusieurs pays européens (en particulier la France , l’Espagne et le Danemark) et, à ce jour, le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie.

Si, pour l’instant, nous ne pouvons qu’être démunis face à l’adversité, espérons que nous tirerons les enseignements de cette catastrophe en matière de médecine maritime, et à partir de là, que nous mettrons en place une aide concrète et à long terme dans cette partie du monde au profit des gens de mer: la vraie contribution de la SFMM se situera dans ce contexte. 

 Dr Dominique Jégaden        

Président

 

 

Editorial de Février - mars 2005

 EUROPE

 Lundi 28 février 2005 : j’envoie le dossier « Medmar, la formation post-universitaire en médecine maritime en Europe » à la Commission Européenne.

Je reviens de Bruxelles où nous avons organisé une réunion, avec quelques partenaires, pour finaliser ce dossier. Nous y avons travaillé d’arrache-pied car le temps était compté. Il fallait monter l’ensemble du dossier financier et revérifier le texte de présentation du projet.

Le sort en est maintenant jeté : nous saurons en octobre prochain si la Commission Européenne retient notre projet. Un premier pas décisif a été franchi en décembre par l’acceptation de notre pré-proposition.

Dans le dossier définitif, nous avons du définir avec précision les objectifs, l’organisation, les cibles et les moyens d’évaluation.

Nous avons du aussi augmenter significativement le nombre des partenaires, ce point étant une recommandation des experts par rapport à la pré-proposition. Nous avons pu rassembler 23 partenaires des pays suivants : France, Espagne, Allemagne, Belgique, Danemark, Suède, Finlande, Lituanie, Italie, Malte, Roumanie, Bulgarie, Croatie…et Turquie.

La France compte trois partenaires : l’UBO,