Juillet 2001 Janvier 2005 Avril 2007
Octobre 2001 Février - mars 2005 Juin -juillet 2007
Mai 2003 Avril 2005 Octobre-novembre-décembre 2007
Octobre 2003 Mai-juin 2005 Janvier 2008
Novembre 2003 Juillet 2005 Février 2008
Janvier 2004 Août 2005 Mars 2008

En guise d'éditorial, vous trouverez ci-dessous l'interview du Pr J.D. Dewitte
Par le Dr
Sylvie RIOU
Interview du
Professeur J.D. Dewitte, président de la Société Française de Médecine
Maritime
Comment est née la
Société française de médecine maritime (SFMM)?
Tout a
commencé de manière fortuite, il y a trois ans, lors d'une journée
d'information consacrée à la santé et à la mer. Depuis 1998, il existait
à Brest un diplôme universitaire de médecine maritime. Parmi les inscrits
figurent des généralistes installés sur le littoral breton, et aussi des
parisiens, surtout des gens qui aiment la mer. Après trois ans, le besoin de
regroupement de ces anciens s'est fait ressentir. Parallèlement, la médecine
maritime apparaît comme une discipline balbutiante qui commence tout juste à
se structurer au niveau international. Il existe de fait une véritable
spécificité à la santé du milieu maritime. L'actuel service de santé des
gens de mer, qui exerce son activité sous la tutelle du ministère des
Transports, ne répond pas à la totalité des particularités de la
profession. Il se contente trop souvent de faire appliquer les arrêtés
d'aptitude à la lettre, sans mener plus loin la réflexion. Et puis j'ai
été sollicité par deux de mes collègues, les Drs Dominique Jégaden et
Joël Cuzon, tous deux anciens médecins de la marine, nettement plus
maritimes que moi. Sans eux, rien ne serait arrivé!
Quels sont les objectifs
de la FFMM?
Ils sont
multiples. Si aujourd'hui les navires poubelles, les marins abandonnés et la
pollution font les titres des journaux, on manque cruellement d'informations
sur la santé du milieu maritime. La SFMM se propose de promouvoir l'hygiène
et la santé de ce secteur comme également les
connaissances médicales, l'enseignement.
Nous nous
situons comme une structure de réflexion qui va pouvoir agir à la façon
d'un révélateur de la problématique du milieu. Mais nous aimerions aller
plus loin que le catalogue des constats qui sera forcément peu satisfaisant.
Pour
l'instant, nous sommes une toute jeune société mais, avec le temps, il nous
faudra agir. Il s'agit aussi de fédérer tous les professionnels de santé
intéressés par les différents champs de la sécurité, la salubrité, la
médecine tropicale, la médecine du travail ou encore la médecine sportive.
Pour désormais travailler ensemble plutôt qu'isolément. Ce rôle
fédérateur est essentiel. D'ailleurs, nous préparons pour septembre
prochain le premier colloque "mer et santé".
A qui s'adresse ce
colloque et quels en sont les thèmes ?
A tous ceux
qui s'intéressent à la mer et aux relations entre mer et santé. Il concerne
bien sûr les médecins et aussi le grand public. Quatre temps ont été
retenus pour ces deux journées. Tout d'abord celui des changements
climatiques et de ses conséquences en médecine tropicale, avec les
pathologies transmises par les moustiques, comme la dengue et l'encéphalite
japonaise qui s'étendent. Puis un chapitre sera consacré à la santé
mentale des marins et à la dégradation de leurs conditions de travail,
conséquence de la mondialisation. Un troisième temps traitera des problèmes
de vigilance et des troubles du sommeil, et enfin nous aborderons celui des
cancers professionnels. Déjà des travaux apparaissent avec des thèses qui
traitent des ichtyosarcotoxismes (contamination par la chair de poisson) ou
encore une étude qui fait état de la toxicité algale par le biais
d'inhalation d'embruns chargés de neurotoxines provenant de la pullulation
d'algues secondaire à des modifications climatiques.
Les bateaux sont-ils des
univers à haut risque ?
Absolument.
Car ils cumulent la lourdeur physique des tâches, les problèmes de
sécurité, l'amiante longtemps utilisée dans la construction navale, le
transport des toxiques, le bruit. Sans compter la dégradation des conditions
de travail des marins. Isolement et confinement sont majeurs. De plus, la
notion traditionnelle d'appartenance de l'homme au bateau tend à disparaître
et l'on constate une véritable perte identitaire, source de souffrance.
Aujourd'hui, un tiers des navires fonctionnent sous régime des pavillons de
complaisance. Les équipes sont réduites et les risques liés aux cargaisons
majeurs, comme dans le cas des navires poubelles. Concrètement, il s'agit
d'esclavage moderne. ![]()
Séance
inaugurale du Colloque « mer et santé »
Brest,
le 20 septembre 2001
Professeur J.D. Dewitte, président de la Société Française de Médecine Maritime
Monsieur
le Médecin Général Inspecteur, inspecteur du Service de Santé pour la
Marine
Monsieur
le Médecin Général, directeur du service de santé en région Atlantique,
représentant le Préfet Maritime,
Monsieur
le Député-Maire de Brest,
Monsieur
le Doyen de la Faculté de Médecine de Brest,
Chers
collègues,
Mesdames et messieurs,
C’est
avec beaucoup d’émotion que j’ouvre aujourd’hui, au titre de Président
de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME, Titre qui n’est
actuellement que provisoire,
ce premier Colloque « MER ET SANTÉ », qui, je l’espère, ne
sera pas le seul, comme tous ceux qui l’ont préparé le souhaitent
également.
BREST
nous a semblé l’endroit idéal pour lancer ce concept encore nouveau en
France de MÉDECINE MARITIME.
BREST est à la pointe de l’Europe,
BREST
est une ville qui, de plus en plus, se tourne vers la Mer,
BREST
se devait de savoir répondre aux préoccupations des marins au commerce, à
la pêche et à la plaisance pour ce qui est de leur santé.
Nous l’avons
fait en introduisant ce que beaucoup appellent aussi la « Médecine
Maritime ».
A
côté de IFREMER,
des laboratoires de recherches de l’Institut Universitaire Européen de la
Mer,
de l’existence du DROIT MARITIME,
POURQUOI LA SANTÉ N’AURAIT-ELLE PAS DROIT DE CITER ?
Pourquoi
avoir créé ICI cette « Société Française de Médecine
Maritime » ?
Depuis
près de 5 ans, nous avons mis en place, avec l’aide de l’UBO, et en
particulier celle de son Service Universitaire de Formation Continue, un
diplôme de « MÉDECINE MARITIME » appelé à remplacer le
moribond « BREVET DE MÉDECIN DE LA MARINE MARCHANDE ».
L’idée
de 5 personnes, un peu UTOPIQUES certes pour se lancer dans une pareille
aventure, a trouvé écho auprès de nos instances locales mais surtout
auprès de nos collègues de la Marine Nationale, qui nous ont toujours
prêté une oreille attentive et des moyens généreux.
Que
tous ceux qui nous ont aidés reçoivent ici, très officiellement, nos
remerciements.
Trois
générations de Médecins de toute la France mais aussi d’OUTRE
MÉDITERRANÉE, se sont déjà succédé dans cette Faculté. La nouvelle
promotion semble être encore riche de praticiens en provenance d’horizons
divers, et cela témoigne que la graine continue de germer.
C’est
dans ce contexte qu’il nous est apparu comme étant une suite logique, voire
une nécessité, que de fonder la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MÉDECINE MARITIME.
Notre
ASSOCIATION s’appuie sur les premiers médecins que nous avons formés, mais
aussi sur tous ceux qui s’intéressent à cet immense champ de recherche qu’est
le domaine de la Mer et de ses professionnels que sont les marins.
Elle a
4 buts officiels :
·
Promouvoir l'hygiène et la santé dans le milieu
maritime.
·
Promouvoir et développer les connaissances médicales
sur le milieu maritime, l’enseignement et les spécificités de l'exercice
médical en milieu maritime.
·
Réunir les médecins, les chercheurs et tous
professionnels de santé concernés ou intéressés par la médecine maritime.
·
Développer des relations avec les autres sociétés
de médecine maritime au niveau international.
En
effet, d’autres pays se sont lancés récemment dans cette mouvance :
•
L’Espagne, en 1989, avec
la « Spanish Society of maritime medicine » ;
•
Le Danemark, plus
récemment, en l’an 2000, et la « Danish Maritime Health
Association » ;
• Au
plan INTERNATIONAL, s’est même créé en 1997, une fédération : l’ « International
Maritime Health Association », à laquelle la Société Française a
prévu d’adhérer.
Nos
préoccupations sont bien les mêmes que celles qui se font jour dans d’autres
pays à vocation maritime.
Nous
sommes heureux que les fonds baptismaux de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE
MÉDECINE MARITIME soient posés à BREST, dans notre RÉGION.
Car c’est bien là où la Mer a déjà payé un lourd tribut à la
pollution, là où les algues vertes viennent défigurer nos côtes et gâcher
les vacances de nos touristes et les coquillages des bords de nos côtes, là
où les marins abandonnés se sont retrouvés bloqués, victimes des
modifications de l’organisation du travail et de la mondialisation, là
encore où les salariés de la réparation et de la construction navale
découvrent les méfaits de l’amiante.
Mais
là aussi où les vieux gréements viennent se rassembler pour d’immenses
fêtes, où les navigateurs du monde entier viennent prendre leur élan pour
partir au bout du monde.
Là
encore où OCÉANOPOLIS peut s’enorgueillir de recevoir plusieurs milliers
de visiteurs chaque année.
Tous
ces thèmes seront abordés au cours des deux journées qui vont suivre.
Mesdames,
Messieurs, au nom du Comité d’organisation de ce Colloque, je vous souhaite
des débats passionnants à propos d’exposés réalisés par des
spécialistes du monde maritime,
spécialistes que je remercie, à cette occasion, pour avoir osé se jeter
avec nous dans cette gageure et avoir accepté de libérer un peu de leur
temps pour venir jusqu’ici nous faire partager leur passion et peut être,
parfois, leur colère ou leur angoisse.
Merci de votre présence à
tous et bon colloque.
Pr J.D. Dewitte, Président de la SFMM ![]()
En revenant la
semaine dernière de Tarragone (7ème Symposium International de
Médecine Maritime) et malgré le temps maussade qui nous attendait à Brest,
j’étais satisfait : nous avons rencontré là-bas la médecine
maritime internationale. Cette spécificité de la médecine – pour ne pas
parler de spécialité – est donc bien vivante et, si elle est encore
plutôt confidentielle (une centaine de personnes au congrès), elle s’enrichit
chaque jour des expériences mutuelles.
Nous étions donc
trois membres* de la SFMM à être présents (les seuls français), et cela
nous a permis de côtoyer les grands noms de la médecine maritime : les
Prs Tomaszunas (Pologne), Nogueroles (Espagne), Moen (Norvège), les Drs
Jaremin, Canals, Verbist, Nikolic et bien d’autres Néerlandais,
Danois, Britanniques, Américains, Finlandais, Canadiens… Nous avons
pu constater que notre D.U. de médecine maritime (faculté de médecine de
Brest) était le seul existant avec celui proposé (en anglais) par l’Institut
de Médecine maritime et Tropicale de Gdynia (Pologne).
Nous avons senti
aussi que le travail de recherche dans ce secteur était immense et que nous
avons bien entendu notre carte à jouer. Le poster présenté par Ghislaine
Tirilly était d’ailleurs, au point de vue scientifique, un des meilleurs,
sinon le meilleur. Le thème de la chronobiologie dans le monde maritime a,
semble-t-il, été retenu pour le
prochain symposium international** qui se déroulera en Croatie en 2005 où
nous espérons être plus présents.
D’ici là, la
SFMM aura, elle aussi, monté son 2ème colloque « Mer &
Santé »*** qui, je l’espère, nous réunira tous en septembre
prochain.
Elle devra aussi
promouvoir des travaux en collaboration étroite avec le service de santé des
gens de mer, se faire mieux connaître, toucher plus de professionnels et
augmenter les rangs de ses adhérents…
Dr
Dominique Jégaden
Secrétaire général de la SFMM
*
Pr Dewitte, Dr Jégaden et Melle Tirilly
**
8e International Symposium on Maritime Health – Rijeka –
Croatia, 7 au 14 mai 2005
***
Ifremer- centre de Brest les 25 et 26 septembre 2003![]()
Ces 25 et 26 septembre
2003, le soleil brillait sur la pointe de Bretagne et les congressistes du 2ème
colloque « mer & Santé » ont eu le loisir d’admirer le
magnifique point de vue sur la rade et le goulet de Brest depuis le centre
Ifremer, lieu de la manifestation. Mais le beau temps n’aura pas été
pour nous le seul motif de satisfaction. En effet, ce colloque aura été le
moment de rencontres entre médecins civils et militaires qui oeuvrent en
faveur des marins au sein d’organismes publics (Marine Nationale, Affaires
Maritimes, Ifremer, Universités) ou privés (Brittany Ferries). Je tiens
particulièrement à remercier de leur présence le Docteur Francis Rollot,
chef du Service de Santé des Gens de mer, et le Docteur Michel Pujos,
directeur de Centre de Consultation Médicale Maritime.
La première partie du
colloque, dont le thème était « Les urgences médicales en
mer » aura été animée d’une main de maître par notre ami le Dr
Daniel Carcaillet. La qualité des intervenants et l’intérêt des
communications auront été salués par tous.
Je me réjouis aussi du
succès de la table ronde « Télémédecine et pêche », animée
par Ghislaine Tirilly, qui aura
aussi été le lieu de débats entre médecins
(Dr Pujos et Dr Paris) et professionnels de la mer. Elle aura permis
de mettre l’accent sur l’important besoin de formation et d’entraînement
des marins en matière de séméiologie médicale adaptée à la
télémédecine.
Une autre nouveauté de
notre colloque aura été l’apport scientifique des
chercheurs d’Ifremer en matière de pollution chimique,
bactériologique et phytoplanctonique, et nous avons à ce sujet mesuré l’importance
d’un travail en commun dans ce domaine.
Enfin, nous avons eu le
grand plaisir d’accueillir parmi nous deux éminents confrères espagnols.
Le Docteur José Acebes Garcia ,chef du service de consultations
radiomédicales maritimes de L’institut Social de la Marine de Madrid,
nous a ravi par son humour et son professionnalisme. Madame le Docteur Luisa
Canals, présidente de la Société Espagnole de Médecine Maritime et
récemment élue présidente de l’International Maritime Health
Association a donné une caution internationale à notre colloque et nous a
encouragé à continuer dans cette voie et à développer nos relations avec
les autres sociétés de médecine maritime. Qu’elle soit ici remerciée
pour sa gentillesse et son dynamisme.
Si nous pouvons être
fiers du travail déjà accompli par les membres de notre jeune Société, c’est
certainement aussi grâce au travail assidu de mon prédécesseur, le
Professeur Jean-Dominique Dewitte, qui a su, pendant ses deux ans et demi de
présidence, mettre la SFMM sur de bons rails. En termes plus marins, la
barre a été fermement tenue. Je le remercie chaleureusement et j’espère
que saurai aussi éviter les embardées.
Docteur Dominique
Jégaden
Président de la
Société Française de Médecine Maritime ![]()
Lorsque paquebot rime avec gastro…
Le mois de novembre
2003 a fait découvrir à l’Europe entière l’existence du norovirus et
ses conséquences maritimes. L’Aurora , fleuron de l ‘armement
britannique P&O, a en effet été le théâtre d’une TIAC
(toxi-infection alimentaire collective) de grande envergure, touchant
presque 600 des 1800 passagers. Outre le désagrément pour les passagers
touchés, l’affaire s’est compliquée d’un différent diplomatique
entre la Grande Bretagne et l’Espagne (qui a refusé le débarquement des
passagers dans un port espagnol) et se terminera certainement devant les
tribunaux pour demande de dommages et intérêts.
Pourtant, la maladie
est bien connue depuis plus de 15 ans à bord des navires de croisière,
particulièrement dans la zone des Antilles. Rien qu’entre le 1er
janvier et le 2 décembre 2002, 9 intoxications alimentaires à norovirus
ont été recensées sur des paquebots américains croisant dans les
Caraïbes, sur les 21 rapports de gastro-entérites établis à bord de 17
navires. Il s’agit là-bas d’une affection maritime tellement banale que
le norovirus est connu sous le terme de « cruise ship virus »
Le norovirus,
anciennement appelé « Norwalk virus » ou « Norwalk like
virus », a été isolé en 1972 à partir d’échantillons cliniques
prélevés en 1968 lors d’une épidémie de gastro-entérite dans une
école de Norwalk (Ohio, USA). Ce virus
provoque une maladie relativement typique, caractérisée par l’apparition
soudaine de vomissements et de nausées avec une diarrhée plus ou moins
sévère. Ces signes gastro-intestinaux peuvent être associés à de la
fièvre, des myalgies et des céphalées. La période d’incubation varie
de 15 à 50 heures et les symptômes durent en moyenne entre 12 et 60
heures. On retrouve à bord des navires de croisière tous les ingrédients
pour l’éclosion d’épidémies : le grand nombre de passagers, leur
confinement pendant plusieurs jours en milieu clos, leur brassage
obligatoire favorisent la transmission du virus qui se fait par la
nourriture (et en particulier les fruits de mer crus*), l’eau, les glaces,
la transmission de personne à personne par les mains et les aérosols de
particules virales.
Bien qu’elle soit
généralement bénigne, chez certaines personnes fragiles ou
immunodéprimées, la maladie peut devenir dangereuse. Un cas mortel a été
rapporté chez un passager américain. Ceci pose, en passant, le problème
de la sécurité médicale des passagers malades qui embarquent sur ce type
de navire.
Par ailleurs, si un
grand nombre d’hommes d’équipage est touché, la sécurité du navire
pourrait être prise en défaut. Les marins sont
aussi des hommes… et donc des diarrhéiques en puissance !
En conclusion, si vous partez en croisière, n’oubliez pas de prendre dans vos bagages une fiole d’eau de Javel concentrée et une boîte de Zithromax ® .
Et surtout, lavez vous
bien les mains après chaque rencontre faite sur le pont.
Dr Dominique Jégaden
Président
de la SFMM
*
Au cours du 2ème colloque « Mer & Santé »,
Madame Monique Pommepuy, chercheur à Ifremer, nous a fait une très
intéressante intervention à propos de la contamination du littoral par les
norovirus.
Bonne Année 2004
Bilans de l’année
passée : qu’avons-nous fait de cette année 2003 ? Avons-nous
fait progresser le concept de médecine maritime et la Société
Française de Médecine Maritime? Il nous semble que la réponse est
positive sur plusieurs plans. Cette année a été l’occasion de nous
réunir au cours du colloque « Mer & Santé »,
manifestation biennale la plus médiatique de notre société. Les échos
que nous avons eu ont été en effet très satisfaisants et les actes vont
être diffusés largement par les Editions Ifremer courant 2004.
Cette année a été
également témoin d’un rapprochement de notre Société avec les autres
sociétés de divers pays dans le cadre de rassemblements chapeautés par
l’International Maritime Health Association (IMHA). Tout d’abord lors
du Symposium de Tarragone en avril 2003, au cours duquel notre collègue
Ghislaine Tirilly, secrétaire générale de la SFMM, a
présenté un poster. Puis au cours d’un workshop à Barcelone organisé
par l’IMHA sur le thème de l’enseignement en médecine maritime.
Cette manifestation nous a permis de tisser des liens très étroits avec
quelques éminents collègues étrangers et de nous faire reconnaître
comme interlocuteurs valables. Le Diplôme d’Université de Médecine
Maritime, proposé par l’UBO, seul diplôme universitaire de ce type au
monde actuellement, aura vu sa plus grosse promotion débuter les cours en
novembre dernier. Ceci est la preuve de l’intérêt grandissant en la
matière.
Bref, 2003 aura été une année faste pour la médecine maritime.
2004 promet d’être
de la même veine. En effet, les projets ne manquent pas :
-
préparation d’un workshop de l’IMHA
à Brest pour avril 2004, sur le sujet « collecte et validation des
données en médecine maritime » ;
-
congrès de dermatologie maritime prévu
pour le 9 juillet toujours à Brest , sous le patronage de la SFMM
-
développement d’une base de données
internationale en médecine maritime : ce travail, qui a été
confié à la SFMM avec l’UBO, par l’IMHA, a été décidé au cours
du workshop de Barcelone en novembre dernier.
-
Préparation du 8è Symposium
International de Médecine Maritime qui se déroulera en Croatie en 2005
et où la SFMM se doit de présenter des communications.
-
Préparation du 3è colloque
« Mer & Santé » qui est prévu aussi en 2005.
Comme vous le voyez,
nous avons besoin de bonnes volontés de la part des membres de la SFMM
pour nous aider dans toutes ces tâches aussi passionnantes qu’innovantes.
N’hésitez pas à nous contacter si l’une ou l’autre de ces
manifestations vous intéressent.
Vous retrouverez bien
entendu toutes ces infos développées sur notre site.
Le Professeur Jean
Dominique Dewitte, président de notre Société jusqu’en septembre
dernier, et qui a toute sa part dans l’œuvre accomplie, se joint à moi
pour vous souhaiter une Bonne Année 2004.
Dr Dominique Jégaden
Editorial Février 2004
Le
5 février dernier s’est tenu à Paris une journée de la Médecine
des Gens de Mer consacrée à l’évaluation des risques en milieu
maritime professionnel à laquelle un certain nombre d’entre nous ont
participé. Ce sujet est en effet extrêmement important
compte tenu des implications réglementaires, techniques et
humaines qu’il comporte et c’est pourquoi il ne faut pas le prendre
à la légère. Rappelons d’ailleurs que c’est un sujet qui a été
négligé par les employeurs et par l’état pendant plus de douze ans
car la Directive-cadre européenne 89/391/CEE qui impose une évaluation
des risques par l’employeur date du 12 juin 1989 et que, malgré la
transcription dans le droit français de cette directive européenne par
la Loi du 31 décembre 1991, ce n’est que depuis le Décret du 5
novembre 2001 imposant des sanctions que les choses ont commencé à
bouger. Bien que la Directive-cadre européenne soit applicable au
milieu maritime professionnel, la complexité et la spécificité des
réglementations maritimes a permis de maintenir le flou artistique sur
l’obligation ou non d’appliquer au monde maritime le décret de
novembre 2001. « Armateurs de France » a d’ailleurs
contribué à retarder le processus en posant la question l’année
dernière de savoir si, après tout, l’application du code ISM
(International Safety Management code),
obligatoire depuis le 1er juillet 2002 ne suffisait pas.
La
réponse a été clairement apportée au cours de la journée du 5
février : les armateurs doivent bien procéder à une évaluation
des risques telle qu’elle est décrite dans le décret du 5 novembre
2001 et doivent bien consigner cette évaluation dans un document dit
« Document unique » suivant les dispositions de la
circulaire DRT du 18 avril 2002.
Confronté
à cette évaluation des risques dans les entreprises terrestres, je
sais qu’il s’agit d’un problème ardu, qui a généré une grande
cacophonie dans son application : quelle finalité ? quelle
méthode utiliser ? comment rédiger le fameux document
unique ? De multiples descriptions ont vu le jour en même temps
que nombre de cabinets qui n’avaient de « conseils » que
le nom.
Le
champ de dangers du milieu maritime est tel qu’il est hors de question
de se tromper ou de se disperser quant à la méthodologie à appliquer
en matière d’évaluation des risques. J’ai été satisfait de
constater que l’Institut Maritime de Prévention proposait une
méthodologie cohérente avec des définitions terminologiques validées
(notion de danger, de dommage, d’accident, de risque…), conforme à
la méthodologie préconisée par l’INRS : analyse des dangers,
description des dommages, évaluation des risques selon la gravité et l’occurrence,
qualification du risque en risque acceptable, modifiable ou
inacceptable.
Cette
méthodologie est tirée en réalité de travaux antérieurs très
poussés sur ce sujet et initiés par le Commissariat à l’Energie
Atomique pour les centrales nucléaires. La méthode originale s’appelle
méthode MOSAR ou Méthode Organisée et Systémique d’Analyse des
Risques. En l’étudiant de plus près, cette méthode s’applique
particulièrement bien aux navires.
Mais
ce que l’on peut regretter, autant dans la méthode préconisée par l’INRS
que dans celle – similaire - mise au point par l’IMP, c’est de n’avoir
pas perçu l’essence dynamique de la méthode MOSAR. Cette méthode s’appuie
sur une théorie qui met en scène la notion de « flux de
danger ». Sans entrer dans les détails, la méthode se base sur l’élaboration
de scénarii d’accidents, mettant en jeux et associant des
éléments initiateurs (par exemple la houle) à un ou à des éléments
initiaux (les sources de danger) qui, associés entre eux dans une
vision dynamique (le flux de danger) vont provoquer des
« événements non souhaités » sur des cibles à l’origine
d’effets supposés. Une
deuxième notion fondamentale de la méthode MOSAR est l’étude des
phénomènes en cascade. La modélisation initiale du système (le
navire en l’occurrence) en sous-systèmes fonctionnels (passerelle,
machines, pont…) permet en effet, toujours dans une notion dynamique,
d’étudier les répercussions supposées (nous sommes, ne l’oublions
pas, dans une étude a priori des risques) d’un scénario d’accident
d’un sous-système sur les autres sous-systèmes, susceptibles d’être
à l’origine eux-même de nouveaux scénarii d’accidents.
La
Société Française de Médecine Maritime, lieu de débats
scientifiques sur tous les aspects de la médecine maritime, est, par
là-même, un forum de discussions positives avec tous les acteurs
impliqués pour faire avancer les idées. Je vous invite donc à
étudier plus précisément les partitions de la méthode MOSAR pour y
faire entendre dans le milieu maritime une musique harmonieuse et sans
fausses notes.
Dominique Jégaden
Editorial Mars 2004
Bonne nouvelle
La
France vient de ratifier un certain nombre de conventions de l’organisation
Internationale du Travail (OIT). Parmi ces conventions, la C164 sur la
protection de la santé et les soins médicaux (gens de mer)) intéresse
directement la médecine maritime. Cette convention a été proposée le
8/10/1987 et l’on peut se demander pourquoi la France a attendu février
2004 pour la ratifier. La réponse était que ce n’était pas nécessaire
parce que le marin français bénéficiait d’une organisation sanitaire
supérieure à ce qui est préconisé dans la C164. Ceci est vrai en
général. Mais à y regarder de plus près quelques remarques peuvent être
élaborées si l’on veut suivre à la lettre ces recommandations.
Au sujet de la consultation médicale maritime, premier exemple, l’article
7 de la Convention stipule que « l’autorité compétente doit
assurer,
au moyen d’arrangements préalables, que des consultations médicales par
radio ou par satellite, y compris des conseils de spécialistes, soient
possibles pour les navires en mer à toute heure du jour ou de la
nuit ». Suite à notre dernier colloque « Mer &
Santé », le Docteur Michel Pujos, directeur-adjoint du CCMM (centre de
consultations médicales maritimes) de Toulouse, déclarait dans un article
paru dans la revue « Le Marin » (10 octobre 2003) « le CCMM
est confronté à de grandes difficultés. Alors que les hôpitaux et tout
particulièrement les services d’urgence sont eux-mêmes en crise, il
apparaît de manière plus flagrante et injustifiée le fait que les hôpitaux
de Toulouse ne reçoivent aucun financement spécifique autre que leur propre
budget pour le fonctionnement du CCMM. ». La convention C164 indique
clairement que le fonctionnement des CCMM est du ressort des Etats. Le 5
février dernier, lors des journées de médecine des Gens de Mer à Paris, le
Directeur-Adjoint des Gens de Mer a, ai-je compris,
fait des propositions dans ce sens…
Par
contre, le point 5 du même article 7 stipule que « l’autorité
compétente doit s’assurer que les médecins donnant des conseils médicaux
dans le cadre du présent article reçoivent une formation appropriée et sont
informés des conditions existant à bord des navires ». Si on veut
être logique jusqu’au bout, tous les médecins intervenant au CCMM de
Toulouse devraient être, complémentairement à leur spécialité d'urgentistes,
titulaires du D.U. de médecine maritime, seule
formation validante en la matière. La reconnaissance du DUMM a aussi été soulignée par
le directeur-adjoint des Gens de mer ce même 5 février.
L’article 8 de la Convention indique que « tout navire qui
embarque cent marins ou davantage et effectue normalement des voyages
internationaux de plus de trois jours doit avoir parmi les membres de l’équipage
un médecin chargé de soins médicaux ». Je joue peut-être sur les
mots, mais, à mon sens, cet article pose le problème du statut du médecin
embarqué. En effet, jusqu’à présent, le médecin embarqué, le plus
souvent de manière temporaire, était considéré, selon le décret 84-810
(révisé en 1996, sur la sauvegarde de la vie humaine en mer), comme
« autre personne que l’équipage employée ou occupée à bord à
titre professionnel ou moyennant rétribution en quelque qualité que ce soit
pour les besoins du navire ». Or, à lire la C164, le médecin fait
partie de l’équipage. Devra-t-il être inscrit maritime et cotiser à l’ENIM ?
Il est très intéressant enfin de se pencher sur l’important article
13 de la Convention qui indique aux états signataires qu’ils doivent
développer des recherches sur la santé des gens de mer, former à la
médecine maritime, organiser des échanges internationaux d’informations
techniques et de matériel pédagogique et de personnel enseignant ainsi que
des cours de formation, des séminaires et des groupes de travail
internationaux … Je perçois là-dedans deux intérêts majeurs. D’une
part une reconnaissance internationale de la médecine maritime comme une
entité spécifique (mais j’en étais déjà persuadé). D’autre part le
bien fondé de la Société Française de Médecine Maritime qui , justement,
a été créée pour promouvoir les études, la formation et les échanges
internationaux en médecine maritime.
La
ratification de la Convention C 164 ne doit pas être prise comme une simple
formalité, elle est bien le départ d’un nouvel élan auquel la SFMM doit
être en première ligne.
Dr Dominique Jégaden
Président
de la SFMM
N.B.
Convention C 164 ( texte mis sur le
site avec l'aimable autorisation de l'OIT ) ![]()
Editorial Avril 2004
Attentats
Le
soir de l’attentat de Madrid, j’ai adressé un message d’amitié, au nom
de la SFMM, à nos amis espagnols, Luisa Canals, présidente de la Société
Espagnole de Médecine Maritime et Pedro Nogueroles, professeur à l’Université
de Cadix.
Ce
fléau des attentats a déjà sévi dans le milieu maritime. Souvenons-nous de
la prise d’otages à bord du paquebot Achile Lauro , en 1985, au
cours de laquelle un otage avait été exécuté. Plus récemment, en 2002,
le pétrolier français Limburg a été touché. Dans l’avenir,
on peut penser que, malheureusement, le transport maritime risque d’être
pris pour cible privilégiée. Le champ est en effet vaste : prise en
otage de paquebot avec toutes les conséquences humaines que cela implique,
explosion de pétrolier plein dans un port, détournement de navire, etc. L’imagination
des terroristes est diaboliquement sans limites.
L’objectif
maritime est majeur : le commerce maritime représente 80% des échanges
mondiaux (60% en ce qui concerne l’Union Européenne). Ce trafic emploie 1,2
millions de marins embarqués à bord de 46000 navires. Si l’on touche le
commerce maritime, on touche l’économie mondiale. L’explosion d’un
ferrie ou d’un paquebot rempli de touristes serait d’un coût humain aussi
grave que l’attentat du 11 septembre. Les conséquences pourraient être
encore plus importantes avec d’après
le commissaire européen Frits Bolkenstein : " fermeture des
frontières, navires empêchés d’accoster dans les ports, désorganisation
totale du système d’approvisionnement, énormes conséquences pour l’économie
mondiale". Selon le chercheur Michael Richardson, « il existe des
preuves sérieuses que des menaces pèsent contre le commerce maritime et ses
connexions terrestres, y compris les ports et les villes adjacentes ».
Pour
lutter contre ce danger, l’organisation Maritime Internationale (OMI) a
ratifié en décembre 2002 toutes les propositions estimées à améliorer la
sûreté des navires et des ports. Ces mesures comportent :
-
l’obligation d’emport d’un instrument d’identification
des navires (Automatic Identification System / AIS)
-
l’établissement d’un plan de sûreté du
navire.
-
La mise en place d’une alarme de sûreté à
bord
-
La tenue de registres des activités relatives
à la sûreté
-
La désignation d’un officier de sûreté et
des formations spécifiques pour cet officier et l’équipage
-
L’identification du navire par marquage sur
la coque
-
L’instauration d’un certificat de sûreté
et de déclarations de sûreté
-
La mise en place d’équipements d’éclairage
extérieur quand le navire est à quai ou au mouillage.
Des
mesures portuaires sont prévues parallèlement.
Tout
cela est bien, mais n’est-ce pas là des mesures somme toute assez
dérisoires vis-à-vis de malfaisants qui réussissent à s’insérer dans
les populations et par là, de passer inaperçus ? De nouvelles
paperasses et de nouveaux registres seront-ils efficaces ? Ils pourraient
l’être tout au moins en partie dans la mesure où ils impulsent un
état d’esprit de vigilance. Ils seront totalement inefficaces s’ils sont
pris pour des papiers obligatoires de plus à remplir par les officiers de
bord, comme déjà certains prennent les documents rendus obligatoires par le
code ISM (International Safety Managment). Et que dire de l’évaluation des
risques avec le document unique !!!
Et
les médecins dans tout cela ? Et bien ! il faut d’abord qu’ils
soient au courant de ces risques et de l’évolution de la réglementation.
Il faut ensuite qu’ils restent attentifs en toutes circonstances.
Dr Dominique Jégaden
Editorial Mai 2004
Europe : + 10
Europe maritime : +6
Bienvenue
aux nouveaux Pays entrant dans l’Union Européenne. Parmi ceux-ci, six
attireront particulièrement notre attention car ce sont des pays
éminemment maritimes : les Pays Baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie),
la Pologne, Malte et Chypre.
Ces
nations concernent très fortement la médecine maritime. En effet, la
Pologne, notamment par l’Université de Gdynia, occupe une place éminente
en médecine maritime. L’Institut de Médecine Maritime et Tropicale de
Gdynia (Institute of Maritime and Tropical Medicine in Gdynia), dirigé par
le Professeur Tomaszunas, travaille beaucoup sur les sujets qui nous
intéressent et publie une revue , International Maritime Health, seule
revue de médecine maritime indexée dans Medline. Au passage, nous sommes,
nous français, dramatiquement absents dans ces publications. Le Professeur
Tomaszunas est aussi l’instigateur de cours de médecine maritime à l’attention
des pays en voie de développement (Intercountry Training Course on Maritime
Occupation Health). C’est dire la compétence incontournable que ce pays
va apporter dans notre spécialité.
Les
Pays Baltes aussi sont très impliqués dans la Médecine Maritime. Le Dr
Ulle Lahe, de Tallinn (Estonie), a été élue membre du Conseil d’Administration
de l’IMHA (International Maritime Health Association) au cours du
Symposium International de Tarragone en 2003. Le Dr Andra Ergle, de Riga
(Lettonie), prépare un séminaire sur les problèmes psychologiques chez
les marins en fin de ce mois à
Riga. Le dynamisme est donc d’actualité dans cette région d’Europe où
la médecine maritime est une entité médicale indiscutée que ce soit en
Finlande, Suède, Norvège, Danemark et, bien entendu Allemagne.
Les
deux derniers Pays à rejoindre l’Union posent évidemment un problème
différent en matière maritime. Ici, pas de médecine maritime à notre
connaissance, mais des pavillons de complaisance… Beaucoup de travail donc
à entreprendre dans le sens d’une meilleure prise en charge des marins de
ces pavillons, en particulier en matière de santé.
C’est
pourquoi je ne peux que rebondir sur le projet européen de
« formation post-universitaire en médecine maritime dans l’Europe
des 25 » que nous venons de lancer et dans lequel la SFMM , aux
côtés de l’UBO (Université de Bretagne Occidentale), a une place de
partenaire à part entière. Ce projet a été lancé au cours du dernier
workshop de l’IMHA à Barcelone en novembre 2003. Il regroupe les
partenaires suivants : l’EMA (European Medical Association) qui vient
de déposer au 1er avril 2004 le dossier de ce projet auprès de
la Commission Européenne, l’IMHA qui est co-responsable scientifique du
projet avec l’UBO, des universités de Tarragone, d’Ejsberg
(Danemark-sud), de Gdynia (Pologne), de Rijeka (Croatie-Pays entrant en 2007
dans l’UE), et enfin des Sociétés scientifiques de médecine maritime (SEMM-société
espagnole, SFMM – notre société, et la Société Allemande de médecine
maritime). Ce projet a pour mission de déterminer les compétences
professionnelles communes nécessaires aux médecins concernés et de mettre
en place une base de données européenne en matière de médecine maritime.
Nous avons pensé que notre Société devait fortement s’impliquer dans
cette aventure passionnante tant sur le fond que sur la forme . Rien ne
remplace en effet les relations humaines tissées lors de ces projets
communs et nous pouvons d’ores et déjà être fiers du chemin parcouru à
ce sujet par la SFMM depuis sa récente création. Le prochain workshop de l’IMHA
se fera d’ailleurs à Brest, les 2 et 3 juillet, et aura pour thème,
toujours dans un souci de préparation de la base de données ,
« collecte et validation des données en médecine maritime ».
Le programme de cette manifestation vient d’être mis en ligne sur notre
site mersante.com, même si tout n’est pas encore entièrement finalisé.
J’espère
que chaque membre de la Société Française de Médecine Maritime se
sentira concerné par tous ces événements et lui apportera son soutien.
Nous
sommes heureux de ne pas avoir raté l’appareillage et d’être montés
à temps à bord du navire européen .
Editorial Juin 2004
Histoire d’aptitude
J’ai retrouvé récemment un article paru dans la revue « Le Marin » il y a un peu plus de quinze ans , relatant le naufrage d’un petit caseyeur malouin qui avait fait quatre morts et un rescapé. Ce dernier, un colosse, était à bord en tant que passager. Il n’était pas inscrit maritime. Il racontait en détail dans l’article les circonstances du naufrage, expliquant qu’il avait donné des conseils aux autres marins alors qu’ils avaient tous été précipités à l’eau. Ces conseils longuement décrits dans l’interview avaient probablement accéléré l’hypothermie et la noyade de ces pauvres marins car ils étaient du genre « enlevez vos bottes, car elles vont vous faire couler » ou « bougez, nagez pour vous réchauffer ».
Le
colosse avait d’ailleurs vu ses collègues disparaître les uns après les
autres. Il avait réussi à regagner la côte – rare exploit – épuisé
mais vivant.
Ce
que la revue ne racontait pas , je vais vous le dire maintenant .
Le
lendemain de ce naufrage, étant médecin des gens de mer du quartier, je
reçois un coup de fil de mon chef parisien qui me dit ceci :
« Un marin de St Malo, propriétaire d’un bateau de pêche, a écrit
au Président de la République pour se plaindre du fait que vous l’avez
déclaré inapte à être patron de son bateau ». Lui ayant demandé le
nom du bateau en question, je lui réponds : « Vous pouvez dire au
Président de la République que ce propriétaire a coulé hier avec son
bateau et s’est noyé avec trois
de ses matelots ».
Il
s’agissait d’un marin qui avait acheté un navire sachant pertinemment qu’il
était inapte à le commander, ne répondant pas aux normes visuelles
réglementaires, avec et sans lunettes. Il devait donc appointer dans son
équipage un marin dûment désigné comme patron, avec le brevet et l’aptitude
médicale, alors que lui-même était embarqué sur son propre bateau comme
simple matelot.
Ce
jour-là – celui du naufrage – le patron officiel, qui je crois m’en
souvenir tirait un peu sur la bouteille, était en arrêt de maladie, ce qui n’avait
pas empêché ledit propriétaire malvoyant de prendre la mer…
Quelques
années auparavant, un cas semblable de marin propriétaire de navire sans
avoir l’aptitude physique à commander pour un problème de vision avait
été à l’origine d’une grève de la faim dans le quartier du Guilvinec.
Le matelot-armateur avait fait tellement de bruit qu’il avait réussi à
faire rediscuter les normes d’aptitude visuelle. Les argumentaires avaient
parfois frisé le ridicule, certains professionnels estimant qu’il suffisait
d’avoir une acuité visuelle permettant de retrouver ses lunettes, tombées
par terre, à quatre pattes dans la passerelle, arguant du fait qu’on
pouvait, avec les moyens modernes de positionnement, entrer « aux
instruments » dans un port !
Heureusement
que les responsables de la profession et que les autorités médicales de l’époque
n’avaient pas suivi ces propositions déraisonnables et avaient gardé, tout
en les assouplissant un peu, un niveau d’acuité compatible avec la
sécurité la plus élémentaire.
Lorsqu’on
voit encore aujourd’hui le nombre de collisions entre navires, n’oublions
pas que ces moyens modernes ne sont que des aides à la navigation et n’exonèrent
ni du bon sens marin ni d’une aptitude physique satisfaisante.
Dr Dominique Jégaden
Editorial Septembre 2004
1954
– 2004
J’ai
eu l’honneur d’être invité au premier Symposium national vietnamien de
Médecine Maritime qui a eu lieu les 21 et 22 août derniers à Haiphong. A
l’occasion de cet événement , l’IMHA et la SFMM ont parrainé la
création de la Société Vietnamienne de Médecine Maritime. Il faut dire
que j’ai été très chaleureusement reçu par le professeur Nguyen Truong
Son, directeur de l’Institut National Vietnamien de Médecine Maritime et
par son adjoint, le Professeur Phan Van Thuc, que nous avions eu le plaisir
d’accueillir à Brest en juillet lors du workshop que nous avons
organisé.
Il
y a juste 50 ans, la présence française
en Indochine se terminait avec la bataille de Dien Bien Phu. On ne
peut s’empêcher de se demander s’il reste quelque chose de cette
présence ou si le régime de Ho Chi Minh, omniprésent encore aujourd’hui,
a tout balayé. L’époque coloniale française fait certainement partie de
l’Histoire ancienne pour les jeunes Vietnamiens, la langue française n’ayant
pas globalement survécu aux départ des Français. Mais j’ai pu constater
qu’un certain nombre de jeunes médecins et étudiants en médecine de
Haiphong ont choisi d’apprendre le français au lieu de l’anglais et qu’ils
s’expriment très bien dans notre langue. Ceci est de bonne augure pour l’avenir
de notre coopération. Les noms de Pasteur, Calmette et Yersin leur sont
aussi familiers. C’est l’occasion ici de rappeler que Calmette, médecin
de marine, a été à l’origine de la création du premier Institut
Pasteur à Saigon (il en existe toujours trois
en activité aujourd’hui) et que Yersin, ancien médecin de marine
et découvreur du bacille de la peste, a ouvert la première école de
médecine à Hanoï pour les autochtones au début du siècle. Il est d’ailleurs
enterré au Vietnam. Devoir de mémoire…
Nos
amis vietnamiens ont réussi à monter un beau symposium qui a été
parfaitement réussi. Bien qu’elles aient été pour la plupart
présentées en vietnamien, langue qui m’est bien entendu totalement
inconnue (j’avais tout de même un traducteur à côté de moi), les
communications m’ont paru d’un bon niveau. Beaucoup de ces
communications ont été faites par les jeunes médecins de l’Institut de
Médecine Maritime, ce qui témoigne d’un dynamisme certain que l’on
peut admirer.
L’Institut
de Médecine Maritime voit en visite d’aptitude l’ensemble des marins de
la marine marchande mais pas encore les pêcheurs. S’il n’est pas très
bien installé actuellement et plutôt pauvre en matériel médical, le
projet d’un nouvel Institut nous
a été présenté. Mais une de leurs préoccupations majeures pour l’heure
est de se doter d’un caisson de recompression multiplaces (ils n’ont que
des caissons monoplaces chinois à oxygène pur : de vraies bombes).
Des pourparlers sont en cours pour essayer de récupérer l’ancien caisson
de l’hôpital Salvador de Marseille, si le prix du reconditionnement n’est
pas trop élevé. Un jeune médecin de l’Institut va aussi venir passer un
an chez nous à Brest pour apprendre à manipuler ce type de caisson. Une
coopération s’engage donc.
Les organisateurs du symposium avaient prévu une ballade dans
la Baie d’Along. Malgré la chaleur étouffante et un soleil de plomb, la
navigation autour des îles dans une mer vert émeraude génère toujours
une fascination exquise.
D.
Jégaden
Le
programme du diplôme d’université de médecine maritime vient d’être
redéfini et augmenté. Il passe à 220 heures étalées sur deux années
universitaires. Dorénavant, pour obtenir ce DU, il faudra avoir validé
deux certificats d’université, le certificat général de médecine
maritime et le certificat de médecine d’urgences maritimes.
Depuis
deux ans, nous savions que le temps imparti était trop court pour pouvoir
adapter le diplôme aux réalités du terrain. C’est à l’occasion de
la refonte du système de secours en mer avec la création de SAMU de
coordination d’urgences maritimes (Le Havre, Brest, La Rochelle et
Toulon) et l’obligation de former spécifiquement de nouveaux médecins
que nous avons saisi cette opportunité pour revoir l’ensemble de l’enseignement.
La collaboration avec l’Université de Tarragone, qui met en ligne un
cours de médecine maritime en espagnol (mais bientôt aussi en anglais)
nous incite aussi à réfléchir sur une harmonisation du nombre d’heures
et des programmes. Nous avions lancé un projet européen l’année
dernière à ce sujet, mais nous avons appris récemment que ce projet n’avait
pas été retenu pour 2004. La partie n’est que remise.
Donc
le module 3 de l’ancien diplôme, qui traitait des urgences maritimes s’émancipe
et devient un certificat qui développera en théorie et en pratique l’ensemble
des problèmes posés par ce thème. Ce certificat sera sous la
responsabilité du Pr C. Arvieux, du SAMU de Brest, avec bien entendu la
collaboration du CCMM de Toulouse, de la faculté de médecine de
Bordeaux, de la Marine Nationale et évidemment, de Daniel Carcaillet.
Le
certificat général de médecine maritime, sous la responsabilité du Pr
J.D.Dewitte, regroupera en
trois modules toutes les autres matières enseignées dans l’ancien
diplôme : connaissance du milieu maritime, pathologies en milieu
maritime et réglementations. Le Service de Santé des Gens de Mer
apportera un concours important à ce certificat. Nous allons pouvoir
développer un peu plus les notions d’océanologie et de climatologie
(avec les chercheurs d’Ifremer), qui nous semblent importantes à
connaître dans le contexte général de réchauffement de la planète et
ses conséquences sur le milieu marin et la santé humaine.
Nous
introduisons aussi deux autres nouveautés : des visites de navires
de commerce et de pêche et des travaux pratiques. Il y aura des travaux
pratiques de métrologie d’ambiances (mesures de bruit par sonomètre,
mesures de vibrations, d’éclairage et utilisation de pompes Draëger
pour la dosimétrie d’exposition chimique à des toxiques) et des
travaux pratiques de biologie (TP de bactériologie avec
apprentissage de colorations de lames, TP de parasitologie, TP de biologie
avec reconnaissance de poissons et de coquillages toxiques). Il est vrai
qu’à Brest, nous avons de quoi mettre en place toutes ces
modifications, en relation avec les chercheurs d’Ifremer, de l’Institut
Universitaire Européen de la Mer et d’Océanopolis.
Bien
sûr, l’effort qui sera demandé aux étudiants sera conséquent,
notamment l’étalement sur deux ans du cursus, mais, j’en suis sûr,
ils seront bénéficiaires d’un enseignement haut de gamme, certainement
unique au monde actuellement et d’un intérêt culturel, médical et
pratique important.
La
SFMM s’efforcera de contribuer à la notoriété de ce diplôme. Vous
trouverez l’ensemble des informations sur notre site.
Dr
Dominique Jégaden
Rail
En
tant que médecins nous occupant de marins ou tout au moins de personnes
travaillant d’une manière ou d’une autre au sein du milieu maritime,
nous nous devons de connaître le plus possible cet environnement si
spécifique.
Pratiquer
la navigation de plaisance, c’est aussi être pleinement marin. C’est
« prendre la mer », la même mer que les professionnels. C’est
être en proie aux mêmes aléas du temps. C’est certainement voir la
mer de bien plus près que de nombreux marins professionnels.
Comme
beaucoup d’autres, je suis un plaisancier averti. Je connais les règles
maritimes, le balisage, les dangers de la côte. J’ai été formé à la
vieille école de la navigation à l’estime, lorsque nous ne possédions
aucun appareil de positionnement sophistiqué et que nous faisions appel
à notre « pif », notre sens marin, surtout dans la brume. La
lecture des cartes marines et l’utilisation de la règle Cras
n’ont plus de secrets pour moi depuis longtemps.
Je
connais maintenant l’utilisation en routine de tous les appareils
modernes, les mêmes qui sont à disposition des professionnels : GPS,
traceur, radar, VHF, et autre navtex…
Chaque
année, je traverse
Pour
nous, médecins de marine, cet amateurisme–là peut, au contraire,
largement renforcer notre professionnalisme.
Dr Dominique Jégaden,
Président
*
La mer est ronde, Jean François Deniau, Gallimard![]()
Travaux
et publications
Les
mémoires récemment présentés dans le cadre du DUMM ont été, dans
leur majorité, de très bon niveau et d’une diversité notable.
Présentations de cas cliniques, études bibliographiques, travaux
historiques, études épidémiologiques ont concerné aussi bien les
domaines de la navigation au commerce, à la pêche ou à la plaisance,
que des sujets plus généraux, laissant percevoir un immense champ d’études
à poursuivre.
Je
suis depuis longtemps convaincu que les Français ne produisent pas
assez de travaux scientifiques sur la santé dans le milieu maritime.
Nous avons du mal à avoir une idée précise sur l’état de santé
réel des marins, sur les problèmes spécifiques rencontrés, l’évolution
de la situation sanitaire dans le temps, l’émergence de pathologies
nouvelles et sur bien d’autres domaines encore.
En
dehors de quelques thèses de médecine qui émergent de temps à autre
sur des sujets de médecine maritime, force est de constater que le DUMM
est pratiquement la seule source actuelle de travaux, ou d’embryons de
travaux sur ces sujets spécifiques. Je suis donc particulièrement
favorable à donner une importance plus grande au mémoire dans le cadre
du nouveau DUMM, pour que ce mémoire soit un vrai travail approfondi et
de qualité.
Espérons
aussi que l’ouverture des services de santé des gens de mer à des
internes en médecine du travail ainsi que la formation des médecins
des gens de mer en médecine du travail apporte une dynamique nouvelle
au SSGM, et plus de temps pour générer des publications en plus grand
nombre. L’association ainsi créée entre le SSGM et, en l’occurrence,
l’Université de Bretagne occidentale, ne peut qu’aller dans ce
sens.
N’hésitons
donc pas à communiquer ! Deux forums sont, depuis quelques
années, faits pour cela : les Journées de la médecine des Gens
de mer, organisées par le SSGM, et le colloque « Mer et
Santé » de
Tsunami
Que
dire, que faire? Les journaux télévisés, les articles des revues ne
suffisent-ils pas? Et pourtant, impossible pour moi, en ce début de
janvier 2005, de ne pas évoquer le tsunami de l’Océan Indien dans ce
premier éditorial de l’année. Dire que cette catastrophe nous touche
est une évidence, comme tous les citoyens du monde. Mais elle doit nous
concerner plus encore car elle est venue de la mer. Cet océan Indien
qui, jadis, m’a paru si calme lorsque je l’ai traversé de long en
large pendant plusieurs mois, a matérialisé la puissance destructrice
du séisme dans l’interface mer-terre,
justement là où la majorité des gens qui tirent leurs ressources de
la mer, en particulier les pêcheurs, vivent. Nous nous devons donc,
bien évidemment, de participer individuellement, à notre mesure et
selon nos possibilités, à l’aide internationale. A ce titre, nous
avons fait figurer une icône de l’UNICEF en page d’accueil du site mersante.com.
Mais
la vocation d’une Société telle que la nôtre s’inscrit dans la
durée plus que dans l’action immédiate. C’est pourquoi la
deuxième raison qui nous implique fortement est le caractère
particulier des relations que nous avons commencé à tisser avec nos
amis asiatiques, bien avant l’imprévisible catastrophe. Tout d’abord
avec l’Institut de Médecine maritime de Haiphong et
Plus
globalement, vous savez que nous travaillons dans un projet plus
ambitieux, dans lequel
Si,
pour l’instant, nous ne pouvons qu’être démunis face à l’adversité,
espérons que nous tirerons les enseignements de cette catastrophe en
matière de médecine maritime, et à partir de là, que nous mettrons
en place une aide concrète et à long terme dans cette partie du
monde au profit des gens de mer: la vraie contribution de
Président
Editorial de Février - mars 2005
Je
reviens de Bruxelles où nous avons organisé une réunion, avec
quelques partenaires, pour finaliser ce dossier. Nous y avons travaillé
d’arrache-pied car le temps était compté. Il fallait monter l’ensemble
du dossier financier et revérifier le texte de présentation du projet.
Le sort
en est maintenant jeté : nous saurons en octobre prochain si
Dans le
dossier définitif, nous avons du définir avec précision les
objectifs, l’organisation, les cibles et les moyens d’évaluation.
Nous
avons du aussi augmenter significativement le nombre des partenaires, ce
point étant une recommandation des experts par rapport à la pré-proposition.
Nous avons pu rassembler 23 partenaires des pays suivants : France,
Espagne, Allemagne, Belgique, Danemark, Suède, Finlande, Lituanie,
Italie, Malte, Roumanie, Bulgarie, Croatie…et Turquie.