La cellule d’urgence médico-psychologique du Finistère : notre expérience du traumatisme maritime

 Dr Didier PAPETA

Psychiatre des Hôpitaux des Armées, Médecin Chef du Service de Psychiatrie, HIA Brest.

 

Il suffit de suivre, même de loin, l’actualité nationale et internationale pour se rendre compte que les interventions dites médico-psychologiques auprès des victimes d’événements traumatiques sont de plus en plus souvent demandées et il est difficile actuellement de ne pas  évoquer la tragédie New-Yorkaise. Les professionnels de la santé mentale ont ainsi acquis depuis quelques années une sérieuse expérience dans ce domaine, qui pour la majorité relève de l’urgence psychiatrique. Pourtant, l’urgence médico-psychologique n’est pas strictement superposable à la notion d’urgence psychiatrique même si elle y participe. D’abord parce que l’approche clinique en particulier diagnostique en est très spécifique, ensuite parce que l’approche thérapeutique est également différente de la pratique des services d’urgence hospitaliers, ne serait-ce que parce que les équipes de soins peuvent être appelés à se déplacer.

Toutefois, soulignons d’emblée que la sensibilisation de l’opinion publique à ces questions qui la rend parfois demandeuse à l’excès, ajoutée à un déficit de l’offre psychiatrique traditionnelle conduit en pratique à une mobilisation des équipes dans un contexte de catastrophes micro-sociales voire individuelles qui ne correspond plus à l’objectif initial qui leur avait  été fixé lors de la création du réseau national de l’urgence médico-psychologique.  

Dans la psychiatrie francophone, ce qui fait l’unité de ces diverses situations  c’est le traumatisme psychique.  

Le terme de trauma est à l’origine un terme chirurgical qui se définit par l’ensemble des lésions physiques provoquées par un agent extérieur ; ceci nous ramène à l’étymologie grecque, le mot trauma signifiant blessure, et au sens figuré, désastre ou échec.  

A l’heure actuelle la définition du trauma psychique est loin d’être consensuelle, celui-ci étant rapporté par certains au concept de stress, d’autres le considérant comme indissociable de la psyché, tous s’accordant cependant pour souligner le rôle de l’événement qui peut lui donner naissance. La notion de psychotraumatisme va d’ailleurs bien au-delà du seul domaine de la médecine et de la psychiatrie. Elle rejoint en effet les champs de la philosophie et de la métaphysique en tant qu’elle interroge l’Homme sur sa représentation de la Mort : et l’Homme peut-il regarder sa mort en face sans risquer une blessure de l’âme ?  

La transposition métaphorique qui permet de passer du traumatisme corporel au trauma psychique permet néanmoins d’en retrouver des aspects communs fondamentaux :  

- d’abord un événement subit, inattendu, violent

- ensuite la notion d’effraction qui sans attenter à l’enveloppe corporelle, se fait dans l’organisation psychique du sujet,

- enfin des conséquences sur l’ensemble de cette organisation psychique, dont font partie les réactions que l‘on a longtemps regroupées sous le terme de « choc émotionnel », avant de les nommer au gré des hypothèses théoriques « névrose traumatique », « état de stress post-traumatique » ( qui est le terme actuellement reconnu par l’OMS) ou « troubles psychotraumatiques », même si ces appellations ne sont pas strictement superposables.  

Sur le plan sémantique, il convient cependant de préciser que le terme de traumatisme psychique dans son acception médicale ou psychiatrique n’est d’usage que le lorsque le sujet a vécu un événement qui l’a confronté à sa propre mort (même au travers de la mort d’un autre), cet événement ayant provoqué ce que FREUD appelait une réaction d’effroi (en allemand  « schreck). Ce traumatisme est le dénominateur commun de tous les troubles qu’il peut engendrer qu’il soit sexuel, de guerre, de catastrophe, d’attentat civil et qu’il atteigne un adulte ou un enfant.  

D’autres événements qui ne produisent pas les mêmes bouleversements psychiques sont souvent qualifiés de traumatiques dans le langage commun ;  les cliniciens les différencient des traumatismes psychiques en utilisant les termes de facteurs de stress ou d’événements de vie, auxquels chacun d’entre nous peut être confronté sans ressentir un péril pour sa vie.  

Le Médecin CLUNET vécut le 26 Février 1916 le torpillage du croiseur auxiliaire le « Provence II ». Il écrit :  

" l'affolement commence environ 5 minutes après le torpillage alors que le bateau est à peine enfoncé à l'arrière et semble immobile et parait devoir supporter son avarie. Cet affolement demeure silencieux : pas de cris, seulement quelques râles de gens étouffés et étranglés dans la presse des escaliers. Des hommes, frappés de stupeur, immobiles sur le pont, ou la plupart très agités se livrent à des actes déraisonnables. Certains s'entassent sur les embarcations, sur le pont, sans essayer de les mettre à la mer, d'autres montent dans les haubans de la mâture ; d'autres encore tirent des coups de revolvers et des coups de fusils en l'air ".

 

Cette description saisissante doit être placée dans le contexte particulier de ce transport de troupes, surchargé  de soldats, groupe hétérogène, non entraîné aux aléas de la vie à bord. Il y eut 1100 disparus,  ... chiffre particulier, correspondant au nombre des sujets à débarquer réclamé par le commandant, en raison de l'insuffisance des brassières de sauvetage.  

A plus long terme, donc dans l’après-coup, les rescapés de ces catastrophes - quels que soient leur type et leur gravité apparente - sont parfois loin d'être libérés de l'horreur de ce qu'ils ont vécu et du trauma résultant de la rencontre avec la mort :

Le 22 Novembre 1975, le porte-avions " KENNEDY " entre en collision avec le lance-missiles "BELKNAP " lors de manoeuvres en Méditerranée. A bord de ce dernier, on déplore 8 morts et  46 blessés physiques dont l'état nécessite une évacuation, 18 hommes non atteints physiquement présentant des troubles psychiques aigus transitoires.  

L'ensemble de l'équipage sera l’objet d’un suivi psychologique sur 3 ans et sera comparé à un groupe témoin, l'équipage d'un bâtiment de même type, le "YARNELL ".  

Parmi les conclusions, on peut souligner :

- il y eut plus d'hospitalisations et de présentations devant les commissions de santé et/ou de réforme parmi l'équipage du " BELKNOP " que parmi celui du " YARNELL ".

- l'incidence et la prévalence des tableaux psychiatriques furent significativement plus élevées par rapport à la morbidité psychique rencontrée habituellement sur le même type de bâtiments.

- le taux de pertes psychiatriques secondaires fut plus important dans le sous-groupe de sujets blessés psychiques qui furent renvoyés aux USA juste après l'accident, et ne rencontrèrent un psychiatre qu’après ce retour.

 

Le rôle du psychiatre en post-immédiat est donc déterminant car si son intervention souple et rapide, dans le respect de l'urgence somatique ne peut comme nous le verrons dans le prochain exemple protéger de toutes les séquelles post-traumatiques, elle diminue leur risque de survenue en apaisant l'intensité de la souffrance psychique, en donnant une information sur les symptômes et leur possible évolution, en permettant au sujet de relier l'événement à sa propre trajectoire existentielle.  

Le 30 mars 1994 le sous-marin nucléaire d’attaque Emeraude est en plongée d’exercice lorsqu’une rupture de vanne provoque la mort de 10 personnes (dont le commandant) par brûlure et asphyxie. Au retour à quai, quelques heures plus tard une équipe de 10 médecins et infirmiers de l’hôpital Sainte-Anne de Toulon accueillent les 60 rescapés. Ils décrivent cette rencontre comme difficile, se sentant « en position d’étrangers face à un groupe d’hommes que des liens puissants et mystérieux réunissent entre eux ». Confrontés à la fois aux impératifs institutionnels et à des réactions d’étonnement, de fuite voire de défiance de la part de ceux qu’ils sont venus soutenir, ils ne pourront réaliser qu’une dizaine d’entretiens individuels. Aucune manifestation psychopathologique aiguë lors de l’accident et dans les semaines suivantes ne sera relevée.  Cinq personnes viendront consulter à l’hôpital pendant quelques mois. Les psychiatres estiment a posteriori que leur  « intervention en situation a fonctionné pour l’essentiel d’une manière informelle et grâce à un réseau de relations relevant plus de la camaraderie et en dehors de tout système hiérarchique de type vertical ».  Dans leur conclusion ils soulignent que si l’intervention immédiate « ne s’inscrit pas dans un plan préalable d’organisation des secours incluant l’aide psychologique, elle expose à l’improvisation, à la genèse d’affolement ou de réponses mal adaptées ». Il est vrai qu’en 1994, si nous, psychiatres militaires savions depuis longtemps la nécessité d’une prise en charge des sujets ayant vécu une menace de mort, la société en général n’était pas encore sensibilisée par les media  et les hommes politiques.  

Voici un dernier exemple qui illustre l’importance de l’intervention rapide des psychiatres. Le 30 Avril 1997, au large du Cap Levi, à quelques nautiques de Cherbourg, une explosion secoue la gabare " La Fidèle " qui effectue sa sixième campagne de destruction de 1400 grenades " contre nageurs de combat " périmées.  

22 hommes sont à bord (16 marins et six pyrotechniciens de la Direction des Constructions Navales de Cherbourg).  

Le bâtiment coule à pic en quelques minutes. On compte 17 rescapés, 2 morts (un militaire et un pyrotechnicien), 3 disparus (tous pyrotechniciens dont les corps ne sont pas retrouvés).  

Si tous les rescapés sont considérés d'emblée comme des victimes psychiques, certains sont porteurs de blessures physiques parfois graves (blasts pulmonaires, abdominaux, auriculaires, fractures multiples, ...).  

Deux psychiatres militaires interviennent environ deux heures après l 'arrivée de tous les blessés (délai respectant le temps de triage et la prise en charge par les autres spécialistes de l'urgence somatique).  

Le premier entretien invite la victime à évoquer ce qu'elle a ressenti, afin de lui signifier qu'à travers le vécu d'un drame commun, chacun a son histoire et sa sensibilité face aux événements. Pour tous, l'effet de surprise a été systématique, avec un sentiment d'impuissance unanime et douloureusement vécu, la pensée d'une mort par noyade se confondant avec la vision de la gabare, verticalisée s'engloutissant rapidement.  

Un document décrivant les principaux signes pouvant se développer dans les heures ou jours à venir  avec les coordonnées des psychiatres est remis à chaque patient.

Tous les membres de l'équipage sont revus une ou deux fois de façon progressive : près de la moitié présente des réactions post-immédiates, avec dans 47 % des cas des cauchemars stéréotypés, survenant chaque nuit, reproduisant à l'identique la scène du naufrage avec l'image de la " Fidèle " qui coule à pic, verticalisée et dans 1/3 des cas des symptômes anxieux avec des thèmes de mort et un vécu de culpabilité.  

Si l'ensemble de la symptomatologie semble régresser en un ou deux mois, huit victimes présentent dans les mois qui suivent un syndrome de répétition post-traumatique avec des cauchemars de répétition plusieurs fois par semaine, une angoisse constante, des troubles de la concentration et mnésiques, une perte des intérêts pour les activités investies antérieurement.  

C’est sous l’influence des psychiatres militaires que la Commission Médicale du Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants a proposé au début des années 90 une évolution de la législation des Pensions Militaires d’Invalidité et des victimes de la Guerre. Cette évolution s’est traduite par un décret du 10 janvier 1992 qui reconnait le droit à indemnisation des psychosyndromes traumatiques ou névroses traumatiques, après qu’ait eu lieu une expertise psychiatrique. Cette expertise peut avoir lieu aussi bien pour une première demande de pension que lors d’une demande de réévaluation, l’expert disposant d’une grande liberté d’appréciation en fonction de l’intensité des troubles : il peut ainsi proposer des taux d’indemnisation pouvant aller de 0 à 100 %, même s’il n’existe pas de certificat d’origine de l’événement initial, sur l’existence des éléments cliniques constitutifs de ces névroses traumatiques.  

Ce texte qui concerne les militaires et les victimes de la guerre sert néanmoins de support aux revendications des associations de victimes du terrorisme qui pèsent de tout leur poids pour que ce barême leur soit appliqué pour leur indemnisation prévue par la loi du 9 septembre 1986 promulguée à la suite des attentats parisiens.  

En matière d’accidents du travail, d’accidents de la circulation, ou pour les victimes d’agressions quel qu’en soit le type, il n’existe pas encore de textes législatifs faisant référence aux troubles psychotraumatiques en tant que tels. Les appréciations des experts de la Sécurité Sociale, ou de ceux des compagnies d’assurance privées ne peuvent donc qu’être aléatoires et dépendent souvent de la sensibilisation du praticien expert à cette symptomatologie.  

Il faut cependant souligner que cette dimension de réparation intervient fréquemment de façon positive pour permettre la mise en place d’une thérapeutique, dans la mesure où elle traduit la reconnaissance de ces troubles longtemps qualifiés de façon péjorative de simulation ou de sinistrose pour en dénier l’existence réelle.  

L’approche thérapeutique a, là encore, été l’apanage des psychiatres militaires pendant de longues années,  mais il a fallu encore plus de temps pour que les Armées françaises prennent en compte le risque psychique lors des différentes opérations extérieures malgré l’expérience d’autres armées, en particulier américaine et israélienne.  

Depuis la Guerre du Golfe, en 1991, ces expériences ont toutefois conduit à une prise de conscience réelle qui a abouti à l’affectation de psychiatres au sein des forces d’intervention dites projetables dans les opérations extérieures au même titre que les chirurgiens ou les réanimateurs : ils participent ainsi au soutien des forces engagées et ont plus spécifiquement en charge la prévention des troubles et les soins aux blessés psychiques.  

Les expériences dont ils ont témoigné, la médiatisation de leur présence, l’accumulation d’événements traumatiques ces dernières années dans notre pays (attentats, accidents collectifs) et l’activisme de certaines associations de victimes ont finalement  conduit les autorités politiques à inscrire dans un texte la reconnaissance de l’existence de ces blessures psychiques. La première cellule a été créée le 26 juillet 1995, immédiatement après l’attentat au métro Saint-Michel, à l’initiative du Président de la République qui demande par ailleurs aussitôt d’élaborer un dispositif de secours applicable au territoire français.  

C’est une circulaire du Secrétariat d’Etat à la Santé du 28 mai 1997 qui a donné naissance au réseau national de prise en charge de l’urgence médico-psychologique en cas de catastrophe. Ce réseau repose sur une architecture à 3 étages :

- un niveau national supervisé par le Comité National chargé de la coordination,

- un niveau inter-régional : le territoire est découpé en 7 inter-régions calquées sur les zones de défense civile et il y a donc sept cellules interrégionales permanentes chargées de la coordination des soins mais aussi chargées d’assurer le soutien médical du niveau départemental

- ce niveau départemental repose sur des psychiatres référents nommés par les préfets dans tous les départements français y compris les D.O.M. et rattachés aux SAMU.

 

Les sept cellules permanentes inter-régionales sont implantées dans les départements où les risques de catastrophe sont estimés les plus importants : Bouches du Rhône, Haute Garonne, Loire-Atlantique, Meurthe et Moselle, Nord, Rhône et Paris. Elles sont constituées d’un psychiatre, d’un psychologue et d’une secrétaire exerçant dans le service public, qui doivent consacrer la moitié de leur temps d’activité à ces cellules.  

Dans les deux cas, le psychiatre doit constituer une liste de professionnels de santé (psychiatres, psychologues, infirmiers) volontaires pour intervenir en cas d’événement grave susceptible d’entraîner d’importantes répercussions psychologiques : ces volontaires doivent être recherchés prioritairement parmi les personnels du service public, y compris les personnels du Service de Santé des Armées.  

Les équipes ainsi constituées sont rattachées à la régulation des SAMU départementaux qui les alertent et déclenchent leur intervention sur ordre du préfet. Elles ont pour mission officielle selon le texte :

- de mettre en place un poste d’urgence médicopsychologique (PUMP) qui doit être installé à proximité du poste médical avancé,

- de prodiguer des soins et un soutien médicopsychologique aux blessés psychiques et de faire évacuer, si nécessaire, vers des établissements de santé les cas les plus lourds,

- de dispenser des soins post-immédiats aux victimes, aux impliqués et à leurs proches, le relais étant ensuite assuré par les équipes de secteur psychiatrique ou par des praticiens libéraux.

 

Ce réseau est maintenant en place depuis décembre 1998, son mandat initial de 3 ans ayant été renouvelé cette année, et il fait l’objet d’une évaluation permanente par le Comité National mis en place auprès du ministre chargé de la Santé  

L’intervention de soutien est maintenant bien codifiée et s’appuie sur des techniques dites de debriefing. Ce debriefing consiste à proposer aux victimes de reparcourir l’événement traumatique et de le mettre en relation avec les émotions qui l’ont suivi et les pensées qu’il a fait naître, car les impliqués peuvent difficilement parler de l’événement lui-même. Deux cas de figure peuvent se présenter : si le groupe impliqué est un groupe constitué avant l’événement on aura tendance à privilégier le debriefing collectif dans l’immédiat et en post-immédiat en mettant l’accent sur la prise en charge du groupe ( sans toutefois omettre d’orienter les ujets fragiles vers une prise en charge indivivduelle) ; si le groupe est constitué par l’événement l’intervention prend la forme de ce qu’on appelle le defusing au cours duquel l’accent est mis sur l’information sur les éventuels symptômes, et les aspects techniques de la prise en charge ultérieure, pour orienter rapidement vers une prise en charge individuelle en post-immédiat et à long terme.  

Un certain nombre de travaux ont été publiés dans les 10 dernières années sur l’efficacité des diverses méthodes, les américains utilisant des méthodes différentes des nôtres : une revue récente de la littérature conclut ainsi à l’inefficacité des interventions type debriefing en terme de prévention à long terme des états de stress post-traumatiques .  

Le 14 septembre 1993, nous sommes alertés par le service de réanimation de l’HIA qui vient de recevoir 3 hommes rescapés d’un équipage de 6 sur catamaran. Restés 50 heures dans l’eau encordés et accrochés à la coque retournée dans leur combinaison protectrice, ils avaient vu mourir noyées leurs trois compagnons : une femme s’est noyée dès le retournement du bateau, une deuxième qui était la compagne du skipper était enceinte et il l’a retenue pendant plusieurs heures par la main avant qu’elle ne lâche prise et ne se noie également, et le troisième a sauté à l’eau de façon irrationnelle lors du sauvetage. Hospitalisés dans la même chambre en réanimation, puis dans le service de médecine, ils sont tous suivis en groupe et individuellement par un psychiatre. Il y aura une séance collective chaque jour et un entretien individuel pour chacun d’eux.  Seul, le skipper, qui présente la souffrance la plus intense fera l’objet d’un suivi ultérieur individuel en région parisienne quand ils quitteront l’hôpital.  

La prise en charge spécialisée est en effet avant tout une démarche d'urgence qui prodigue soins et soutien médico-psychologique aux blessés psychiques ; une démarche d'information sur les symptômes ultérieurs  (limitant le risque de vécu de honte et d'isolement en cas de pathologie différée) ; une démarche de prévention.  

Mais elle ne peut à elle seule être une démarche thérapeutique en soi qui permettrait au sujet d'éviter toute décompensation ultérieure, car c'est l'intime du sujet qui est en cause dans la rencontre avec la mort.  

Si nous militaires pouvont reprendre à notre compte le célèbre adage " si vis pacem, para bellum ",  nous pouvons peut-être aussi faire notre sa transformation par Freud : " si vis vitam, para mortem " dont nous proposerons la traduction suivante : " si tu veux endurer la vie, organise toi en vue de la mort ".  

Pour conclure, je veux souligner la question du devenir des sujets qui sont confrontés à de telles situations reste malheureusement en suspens, et insister sur le fait qu’il n’est pas avéré que les structures mises en place aient un effet préventif sur l’apparition des troubles et encore moins un effet thérapeutique lorsqu’ils sont apparus. Chaque sujet trouve sa réponse personnelle au traumatisme et personne ne peut l’obliger à en rendre compte, ou à exprimer un désir d’aide et de soins, ce qui revient à dire que l’intime du sujet reste toujours mystérieux même pour les thérapeutes.

 

De toute éternité, il n’est sans doute pas d’homme qui ne se soit interrogé sur la mort, ou sur les occasions de rencontre inopinée avec elle  : celles-ci lui rappellent en effet en permanence l’interrogation fondamentale de tout mortel pour qui , « pas plus que le soleil, la mort ne peut être regardée en face ».  

 23/02/02