Docteur Dominique JEGADEN
- soit aux produits stockés et transportés (pétrole et hydrocarbures, gaz, produits chimiques divers, produits agro-alimentaires)
-
soit aux produits
toxiques utilisés à bord (peintures, solvants) ou intégrés
à la structure du navire (amiante dans les calorifugeages anciens,
fréons dans les navires réfrigérés),
-
soit lors d’accidents
(fumées d’incendie).
I-
Généralités sur la toxicologie :
1-1
Définition :
La toxicologie est l’étude
de la nature et du mécanisme de la toxicité des substances sur des
organismes vivants. Cette définition inclut aussi la mesure de la sévérité
et de la fréquence des effets en relation avec le degré d’exposition des
organismes considérés.
1-2
Trois
notions fondamentales :
1-2-1 Notion d’exposition :
Il s’agit en fait de la
pollution de l’environnement immédiat en contact avec un sujet, par un
toxique. Le polluant peut être gazeux, liquide ou solide. La législation
donne des valeurs limites indicatives à ne pas dépasser pour la plupart des
toxiques.
V.L.E. : valeur limite
d’exposition. Il s’agit du seuil maxima tolérable pour une exposition
aiguë (15 à 30 minutes).
V.M.E. : Valeur moyenne
d’exposition. Il s’agit du seuil maxima tolérable pour une exposition
prolongée (8 heures).
L’étude de ces valeurs peut s’effectuer soit par dosage ponctuel dans l’air à l’aide d’une pompe de type « Draëger », soit par dosage individuel sur une journée par patch.
1-2-2
Notion de contamination :
La contamination se définit
comme le passage d’un toxique à l’intérieur de l’organisme, lors d’une
exposition, son imprégnation et son élimination.
Les voies de pénétration
sont :
- la voie pulmonaire (gaz, liquides en aérosols, solides sous forme de fibres)
- la voie cutanée (solvants)
- la voie digestive (liquides, solides)
Les toxiques diffusent ensuite par la voie sanguine dans l’organisme, puis dans les organes-cibles (cerveau, foie, reins ) et sont transformés par voie enzymatique , puis éliminés sous forme de métabolites, généralement dans les urines. Dans certains cas, c’est l’un des métabolites qui est toxique.
Le facteur
déterminant d’un risque toxique d’origine professionnelle est la dose de
composé qui pénètre dans l’organisme au cours du temps de travail. Elle
est mesurée indirectement par la concentration du toxique dans l’air
respiré et par la dose de métabolites éliminés par les urines. Concernant
la concentration dans l’air respiré, la dose du toxique ne reflète que la
dose absorbée par voie respiratoire et ne tient pas compte des autres voies
de pénétration (peau, voie digestive). D’autre part, la concentration dans
l’air respiré est aussi proportionnelle à la ventilation pulmonaire (les
efforts augmentent la ventilation) et au coefficient de rétention pulmonaire
qui est variable suivant les
individus, la pathologie pulmonaire existante,…
La dose
estimée à partir des métabolites urinaires est aussi influencée par des
facteurs individuels (équipement enzymatique). Malgré ces imprécisions, et
en particulier les distorsions qu’il peut y avoir entre la concentration
dans l’air expiré et la dose éliminée par voie urinaire, l’imprégnation,
reflet de la contamination, représente plus fidèlement la dose absorbée que
l’exposition et assure une évaluation plus fiable du risque toxique à long
terme en milieu professionnel.
1-2-3 Notion d’intoxication :
L’intoxication
est la survenue, au cours d’une contamination, de manifestations biologiques
ou cliniques pathologiques.
En cas de
contamination massive, l’intoxication est aiguë. Elle peut aussi
être chronique, modérée, évoluant à bas bruit.
Les signes d’intoxication
peuvent être dus à une neuro-toxicité, une hémato-toxicité, une
hépato-toxicité, ou à une néphro-toxicité.
2- Transport maritime des produits chimiques :
Les
navires qui transportent des produits chimiques véhiculent toute sorte de
produits qui présentent souvent de nombreux risques notamment en cas d’incendie.
Accord
dit « de BONN » (1983 et suivantes) : concerne
la coopération en matière de lutte contre la pollution de la mer du Nord par
les hydrocarbures et autres substances dangereuses.
L’accord
de Bonn détermine deux types de transports de matières dangereuses :
·
les produits chimiques transportés « en
vrac »
·
les produits chimiques transportés « en
colis »
Les
produits transportés en « colis » sont catégorisés en 9 classes
(code IMDG) :
o Explosifs,
o Gaz dangereux
o Liquides inflammables
o Solides inflammables
o Matières comburantes : substances oxydantes et peroxydes organiques,
o Matières toxiques et infectieuses,
o Matières radioactives,
o Matières corrosives,
o Matières et objets dangereux divers.
L’étude statistique réalisée par la garde côtière américaine recense aux Etats-Unis, sur 5 ans (1992-1996), 423 déversements de substances dangereuses à partir de navires ou d’installations à quai, soit une moyenne de 85 déversements par an. La totalité de ces déversements représente une quantité de 7500 tonnes, dont la moitié à elle seule correspond à de l’acide sulfurique. Les 9 produits les plus fréquemment déversés représentent des produits qui se dissolvent dans l’eau (acide sulfurique, acide phosphorique, soude caustique), des produits qui s’évaporent et se dissolvent dans l’eau (acrylonitrile, acétate de vinyle) et des produits de base de la pétrochimie qui flottent et/ou s’évaporent (benzène, toluène, xylène, styrène).
L’origine des déversements provient pour 54% des navires (principalement de barges de transport) et pour 66% des installations (dans la mesure où le déversement provient de l’installation elle-même ou du navire à quai). Aucune statistique européenne sur ce sujet n’est disponible.
|
Principaux
produits déversés |
Nombre
de déversements |
|
Acide sulfurique Toluène Soude caustique Benzène Styrène Acrylonitrile Xylène Acétate de vinyle Acide phosphorique |
86 42 35 23 20 18 18 17 12
|
Déversements
accidentels de substances dangereuses , USA, 1992 – 1995
La majorité des cas recensés a lieu en mer durant la navigation des navires.
Les circonstances de ces
accidents ont été classées en 2 groupes :
o Accidents liés aux aléas de la navigation maritime (mauvais temps entraînant la perte d’une partie de la cargaison, l’échouement, le naufrage ou la collision)
o Accidents liés à un événement initial interne au navire [ incendie, structure défaillante du navire, mauvaise manœuvre (ballastage du navire, arrimage de la cargaison), voire un rejet délibéré de substance].
Schématiquement, on peut discerner deux types de risque liés à des incidents chimiques, indépendants de la forme du transport maritime des produits (vrac ou colis) :
o Les accidents touchant les personnes (équipage, personnel d’intervention, population environnante)
o Les accidents concernant plus spécifiquement l’environnement.
Les risques sur les personnes proviennent pour beaucoup de substances réactives ( réactivité avec l’air, l’eau ou entre les produits eux-mêmes). Les risques encourus pour les personnes peuvent être majeurs avec certaines substances transportées en grande quantité. Les bouteilles de chlore, gaz hautement réactif et corrosif (accident du Sinbad, 1979), les émanations de vapeurs d’épichlorhydrine (accident du Oostzee, 1989) ont gravement nui à l’équipage du navire puisque plusieurs années plus tard, des cas de cancers, probablement liés à l’incident lui-même, ont été diagnostiqués sur plusieurs personnes, certaines étant décédées durant cette période.
4 types de produits en vrac sont particulièrement dangereux :
- l’acrylonitrile (Alessandro Primo, 1991, Anna Broere, 1988) est un produit toxique, inflammable et explosif ; en cas d’incendie le feu produit du phosgène, gaz hautement irritant et toxique.
- Le styrène (Chung Mu, 1995, Ievoli Sun, 2000) peut se polymériser selon une violente réaction exothermique.
- L’acide sulfurique (Panam Perla, 1998, Bahamas, 1998) constitue un risque pour le navire lui-même, sachant que l’acide dilué est plus corrosif que l’acide pur ; par ailleurs, le mélange d’acide avec l’eau libère de l’hydrogène explosif.
- L’acétate de vinyle est explosif (Multi Tank Asciana, 1999).
- Le nitrate d’ammonium est explosif (le Tampa a explosé à Brest et le Grandcamp à Texas City en 1947 faisant de nombreux morts).
Les dangers pour l’environnement sont multiples : pesticides (Sherbo, 1993), lindane (Perintis, 1989). On peut signaler également le déversement de sulfure de plomb (Nordfrakt, 1992) ou encore d’huiles végétales, perturbant le milieu. La fermentation du blé (Fenes, 1997) provoque en milieu marin, en milieu anoxique, un dégagement d’hydrogène sulfuré.
3- Toxicologie des produits pétroliers :
3-1
Composition des produits pétroliers :
Les produits pétroliers sont des mélanges complexes dont la composition est variable en fonction de l’origine du brut, des procédés de raffinage et des procédés d’approvisionnement.
Les produits raffinés sont :
Les carburants : essences et supercarburants
gazole
Kérosène et essences aviation
Fuels lourds carburants marins
Les combustibles : fuels
Les huiles moteur et hydrauliques
Les graisses
Les solvants
Les gaz naturels et liquéfiés
|
Fraction
de distillation de pétrole |
Composés
organiques |
Utilisation |
|
Gaz naturel
Gaz liquéfié
Ether de pétrole
Essences
Naphta
Kérosènes
Gas
oil
Paraffines
Goudrons
|
C1 – C2
C3 – C4
C4 – C5
C5 – C10
C6 –C10
C5 – C16
C9 – C16
C20…
C20… |
Gaz combustible
Pétrochimie Gaz combustible
Solvants
Essence aviation Essence voitures
Solvants – Fluides de nettoyage
Carburants aviation
Diésel
Carburants marins Fuels lourds
Asphalte, bitumes |
Fractions de distillation du
pétrole
En toxicologie, on distingue trois types d’hydrocarbures :
· les hydrocarbures aliphatiques
· les hydrocarbures alicycliques
·
les hydrocarbures aromatiques simples,
hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et hydrocarbures
aromatiques soufrés
2-2 Les hydrocarbures aliphatiques :
3-2-1 Principaux HC aliphatiques :
Gaz : C1 à C4 : méthane, éthane, butane
Liquides volatils : C5 à C8 : pentane à octane
Liquides peu volatils : C9 à C16 : nonane à hexadécane
Solides : + de C16 : goudrons, paraffine
3-2-2 Toxicité :
- Le méthane, l’éthane et le propane sont de simples asphyxiants. Le principal risque du méthane est l’explosion.
-
Les vapeurs des hydrocarbures supérieurs présentent une toxicité certaine
aiguë et chronique :
2-2-2-1 Toxicité aiguë :
Les
symptômes de toxicité aiguë sont résumés dans le tableau suivant :
|
Concentration |
Réponse |
|
550 ppm
900 ppm
1000 à 3000 ppm
10000ppm |
Pas d’effets
Vertige léger, irritation des yeux, nez, larynx
Vertige, irritation plus marquée des muqueuses, céphalées, nausées, anesthésie
Vertiges, irritation des muqueuses, coma en 4 à 10 mn
|
Nilsson et coll.( 1997) a décrit chez les marins de pont à bord de tankers tout ce cortège de symptômes d’intoxication aiguë lors des manœuvres de remplissage ou de vidange des cuves. Hakkola M (1994), Moen BE (1991) ont montré en effet que, lors de ces manœuvres, les valeurs limites d’exposition étaient généralement dépassées.
Il a été décrit également des pneumonies chimiques (fièvre, dyspnée, hypoxémie sévère, infiltrat pulmonaire, troubles de la diffusion) pour des expositions aux aérosols d’hydrocarbures.
L’inhalation volontaire de vapeurs d’essence tétraéthylée (super) peut engendrer une encéphalopathie aiguë attribuée au plomb organique et inorganique libéré in vivo (plomb tétraéthyle).
Il faut savoir que les pétroliers sont plus dangereux après avoir déchargé leur cargaison que lorsque toute la cargaison est à bord, parce que les vapeurs et les gaz qui se libèrent dans les citernes peuvent produire des mélanges incendiaires, explosifs et asphyxiants. Il est donc prévu de pomper les gaz inertes dans les citernes vides pour prévenir la formation de ces mélanges.
2-2-2-2 Toxicité chronique :
1- Action sur le système nerveux central :
Une exposition prolongée aux vapeurs d’hydrocarbures aliphatiques, mais aussi d’hydrocarbures alicycliques et aromatiques peut favoriser le développement d’altérations comportementales qui pourraient évoluer en trois phases :
- 1ère phase : syndrome neurasthénique (« organic affective syndrome ») : asthénie physique, fatigue psychique, tendance dépressive, ralentissement des temps de réaction.
- 2ème phase : syndrome dysphorique (« mild chronic toxic encephalopathy ») : alternance de dépression et irritabilité, plaintes psychosomatiques, altération des performances psychomotrices (mémoire à court terme, attention, dextérité).
- 3ème phase : syndrome psycho-organique (« severe chronic toxic encephalopathy ») avec atteinte des fonctions mnésiques et intellectuelles. Les examens tomodensitométriques peuvent montrer une atrophie corticale diffuse.
En 1990 fut publiée une étude cas-témoins sur les pensions d’invalidité parmi les marins norvégiens, avec référence particulière aux troubles neuropsychiatriques et à l’exposition aux solvants et hydrocarbures. Le travail sur les pétroliers et les transporteurs de produits chimiques furent considérés comme des postes exposés. L’étude était fondée sur 68 cas de pensions d’invalidité par suite de névroses, psychoses ou d’affections du système nerveux et comportait quatre témoins pour un cas. Les marins travaillant sur pétroliers présentaient un « risque » nettement plus élevé de toucher une pension que ceux travaillant sur cargos ordinaires dans tous les types de diagnostics, et le risque était particulièrement élevé et lié à la dose pour les diagnostics de neuropsychiatrie. ( Riise T., Moen B.E., 1990). Ces mêmes auteurs ont retrouvé une corrélation significative entre l’exposition aux solvants et de mauvais résultats à des tests de mémoire visuelle et auditive chez des marins embarqués à bord de tankers côtiers (Moen B.E.,et coll., 1990).
Moen a aussi trouvé une réduction des vitesses de conduction nerveuses (1988).
2- Action sur la peau :
Les alcanes liquides (C5 à C16) sont des solvants des graisses. Le contact avec la peau provoque une irritation, quelquefois une dermo-épidermite.
3- Action sur les poumons :
L’exposition chronique aux aérosols d’hydrocarbures peut provoquer une pneumopathie quelquefois fibrosante.
2-3
Hydrocarbures alicycliques :
On distingue :
- les cycloalcanes
- les cycloalcènes
- les cycloalcadiènes
- les terpènes (C10H16)
Leur toxicité ressemble à celle des alcanes correspondants
2-4
Hydrocarbures aromatiques :
Ces substances contiennent un ou plusieurs noyaux benzéniques.
2-4-1 Principaux hydrocarbures aromatiques simples :
Tous les carburants contiennent, en proportions variables, des hydrocarbures aromatiques :
- du benzène (jusqu’à 10% dans les essences sans plomb)
-
des alkylbenzènes
|
Nom
chimique |
Formule |
|
Toluène (méthylbenzène)
Xylènes (diméthylbenzène)
Polyméthylbenzènes - triméthylbenzène - tétraméthylbenzène - pentaméthylbenzène - hexaméthylbenzène
Ethylbenzènes - Méthyléthylbenzène - Diéthylbenzène
Propylbenzènes - Isopropylbenzène (cumène) - Isopropyltoluène (cymène) - Diisopropylbenzène
Butylbenzènes - Monobutylbenzène - Polybutylbenzène
Autres : - Amylbenzène - Hexylbenzène - Dodécylbenzène
|
(CH3) C6 H5
(CH3)2
C6 H4
(CH3)3
C6 H3 (CH3)4
C6 H2 (CH3)5 C6 H2 (CH3)6
C6
CH3
CH2 C6 H5 (CH3)
(CH3 CH2)
C6 H4 (CH3
CH2)2 C6
H4
(CH3
CH2 CH2)
C6 H5 (CH3)2
CH C6
H5
(CH3)
(CH3)2 CH
C6 H4
(
(CH3)2 CH)2
C6 H4
CH3
(CH2)3 C6
H5
|
Différents
alkylbenzènes
Toxicité des hydrocarbures aromatiques :
1- Dépression du système nerveux central de type ivresse alcoolique
2- Action irritante sur la peau et les muqueuses et irritation des voies respiratoires.
L’aspiration dans les poumons de quelques centimètres cubes d’hydrocarbures liquides provoque un œdème pulmonaire hémorragique sévère.
3- Risque d’atteinte toxique du tubule rénal (toluène) et de néphropathie glomérulaire.
4- Ototoxicité : elle a été récemment établie pour certains solvants , en particulier le toluène, les xylènes et le styrène (Forge, 1999)
5-
Toxicité hématologique spécifique du
benzène, cancérogène certain (classe 1 du CIRC) : aplasies
médullaires et leucémies aiguës et chroniques.
A bord des pétroliers, les intoxications liées aux hydrocarbures peuvent se voir surtout au cours de chargements et déchargements, par accidents. Les équipages des navires pétroliers peuvent être fortement exposés au benzène lors du chargement ou du déchargement de carburants ou de fioul. Des concentrations atmosphériques de plusieurs ppm, voire de plusieurs dizaines de ppm ont été fréquemment mesurées au cours de ces opérations (Moen et coll.,1993 et 1995) . Sur les navires transportant du pétrole brut, et dotés d’un système de chargement en vase clos, l’exposition des personnels est bien plus faible ( généralement inférieure à 0,5 ppm ).
|
Produit |
VME |
VLE |
|
Benzène
Toluène
Xylènes
|
5 ppm
100 ppm
100 ppm |
25
ppm
150
ppm
150
ppm |
Valeurs
limites d’exposition
|
Produit |
Métabolite |
Maximales
urinaires |
|
Toluène
Xylène
Benzène
|
Acide hippurique
Ac. Méthylhippurique
Phénols Ac. Trans muconique
|
2,5 g/g créat.
1,5 g/g créat.
20 mg/g créat. 0,4 mg/g créat. |
Valeurs
maximales des concentrations de métabolites dans les urines
2-4-2
Hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP)
Les
HAP sont présents de manière non négligeables dans les fuels. Ce sont des
substances chimiques composées de deux ou plusieurs noyaux aromatiques
formés de carbone et d’hydrogène. A température ambiante, les HAP sont
solides, très lipophiles et inertes chimiquement.
Les
principaux HAP sont :
·
Naphtalène
·
Acénaphtylène
·
Anthracène
·
Phénanthrène
·
Fluoranthrène
·
Pyrène
·
Benzo(a)anthracène
·
Chrysène
·
Benzo(b)fluoranthène
·
Benzo(k)fluoranthène
·
Benzo(a)pyrène
·
Indéno(1,2,3-c,d)pyrène
·
Dibenzo(a,h)anthracène
·
Benzo(g,h,i)pérylène
Toxicité
aiguë des HAP
La
toxicité aiguë des HAP est faible à modérée. Chez l’homme, les
manifestations cliniques concernent essentiellement le naphtalène. L’ingestion
est suivie de troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales
et diarrhée).
Une
intoxication plus importante conduit à des troubles de conscience , puis à
un coma convulsif.
L’inhalation
de concentrations importantes provoque céphalées, malaise général,
agitation et confusion. Des sueurs abondantes sont habituelles, accompagnées
de troubles digestifs.
La
dose létale est de 5000 à 15000 mg pour un adulte.
Après
contact cutané ou ingestion, l’intoxication aiguë se caractérise aussi
par une anémie hémolytique aiguë.
Le
produit est modérément irritant pour l’œil et la peau.
Toxicité
chronique des HAP
Les
HAP faiblement ou non cancérogènes sont généralement inactifs sur la peau
(pérylène, benzo(e)pyrène, phénanthrène, pyrène, anthracène,
acémaphtène, fluorène, fluoranthène), tandis que les hydrocarbures
cancérogènes provoquent une hyperkératose (benzo(a)anthracène, dibenzo(a,h)anthracène,
benzo(a)pyrène).
Les
vapeurs d’anthracène et de naphtalène sont légèrement irritantes pour l’œil.
Des
verrues ont été décrites lors d’applications chez l’homme de benzo(a)pyrène.
Aucune
étude n’a été effectuée chez l’homme pour rechercher un effet
éventuel des HAP sur la reproduction.
Cancérogénicité
Aucune
donnée épidémiologique ne permet d’incriminer un type de HAP particulier
dans le développement des cancers.
Par
contre, on retrouve des HAP en proportion variable dans les substances
suivantes : goudrons, créosote, brai de houille, asphalte, bitume,
huiles minérales… Le CIRC (centre international de recherche contre le
cancer) a d’ailleurs classé un certain nombre de ces procédés industriels
ou substances comme cancérogènes. On a en effet démontré un excès de
cancer dans les populations exposées aux fumées de goudrons, aux gaz et
fumées à coke, de ramoneurs qui présentent des cancers
cutanés , pulmonaires et de la vessie.
Chez
l’animal, le benz(a)anthracène, le benzo(a)pyrène, le benzo(b)fluoranthène,
le chrysène, le dibenzo(a,h)anthracène sont des cancérogènes complets bien
connus.
On
doit donc considérer comme dangereuses pour l’homme en terme de
cancérogénicité les substances suivantes :
·
Benzo(a)pyrène
·
Benzo(a)anthracène
·
Chrysène
·
Benzo(b)fluoranthène
·
Benzo(k)fluoranthène
·
Indéno(1,2,3-cd)pyrène
·
Dibenzo(ah)anthracène
Valeurs limites des HAP
Les
valeurs limites professionnelles pour les HAP sont généralement basées sur
le benzo(a)pyrène, considéré comme pollueur traceur. En France, la valeur
limite est de 150ng/m3 ( exposition vie entière : 40
h/semaine, 40ans ). L’ACGIH (American Conference of Governmental Industrial
Hygienists, 1998) retient 5000 ng/m3 pour l’ensemble des HAP de
la liste EPA dans les brouillards d’huile.
Il
n’existe pas de valeurs limites professionnelles pour l’exposition
cutanée aux HAP.
2-4-3
Hydrocarbures aromatiques soufrés
ou thiophènes
Il
n’existe que très peu d’études sur la
toxicité des thiophènes chez l’homme.
Dans
certaines conditions, ils pourraient présenter une toxicité semblable à
celle du benzo(a)pyrène (Jacob, cité dans le rapport de l’INERIS).
Le
naphto(1,2b)thiophène s’est avéré mutagène lors de certains tests.
2-5
Huiles :
Moen et coll,(1990, 1996) a publié une étude montrant le risque de développer un cancer chez les marins embarqués à bord des tankers, et particulièrement ceux qui transportent des huiles (cancer du poumon et cancer de la peau chez les mécaniciens surtout).
Svendsen et Hilt (1997), dans deux études différentes, ont retrouvé chez les officiers mécaniciens norvégiens une augmentation de troubles pulmonaires (wheezing, bronchite chronique, dyspnée ) qu’ils ont rattaché en partie aux vapeurs d’huile respirées , et en partie au risque d’asbestose. Ils ont également mis en évidence chez cette même population une prévalence de troubles cutanés (dermatoses acnéiques et eczématiformes) plus importante que chez des témoins, troubles cutanés rapportés au contact avec les huiles minérales et les solvants.
Moen et coll (1994) ont retrouvé également que les marins travaillant à bord des tankers avaient un risque relatif de mortalité plus important que les autres marins. Les causes de mortalité étaient les cancers, les accidents. Par contre, les maladies cardiovasculaires n’y étaient pas plus importantes. Les commandants de pétroliers n’avaient pas de différence de mortalité par rapport aux marins n’ayant jamais travaillé sur ce type de navire.
Le potentiel cancérogène de certaines huiles brutes pourrait dépendre de leur contenu en soufre.
3-
Intoxications par les gaz et fumées :
Les intoxications à bord par les gaz et les fumées peuvent être liées à des accidents :
- de transport sur des navires transporteurs de gaz (méthaniers)
- d’incendies, sur tous types de navires
- de manœuvres d’engins motorisés (voitures, camions), par leurs gaz d’échappement, à bord des ro-ro ou des car-ferries.
3-1 Risques liés aux gaz :
On décrit plusieurs types de gaz :
- Les gaz inertes (méthane, éthane, butane, propane). Ils n’agissent qu’en diminuant la pO2 de l’air. Par contre, le risque majeur est l’explosion.
- Les gaz irritants ( ammoniac, acides,…). Ils provoquent des irritations des voies aériennes supérieures, des yeux. Des accidents graves peuvent toucher les bronches et provoquer des oedèmes pulmonaires
- Les gaz asphyxiants (CO), methémoglobinisants. L’action toxique résulte de l’anoxie provoquée par la conversion de l’oxyhémoglobine en carboxyhémoglobine. L’affinité de l’hémoglobine pour le CO est 210 fois plus forte que pour l’O2.
3-2 Risques liés aux fumées d’incendies :
De nombreux accidents récents sur plusieurs types de navires ont montré que l’incendie était un risque majeur à bord (cargos, pétroliers, navires à passagers.).
A côté des risques
de brûlures , de traumatismes graves par explosion (explosion du
pétrolier Betelgeuse, baie de Bantry, 1979 ), le risque des incendies
est un risque chimique pulmonaire. Une victime d’incendie peut être
intoxiquée sans être brûlée.
3-2-1 Composition des fumées d’incendie :
3-2-1-1 Fraction gazeuse :
Les gaz toxiques dégagés lors de la dégradation thermique des matériaux sont :
- des agents asphyxiants, dépresseurs du système nerveux central et de la fonction cardio-vasculaire (ex. : oxyde de carbone, cyanure, methémoglobinisants, oxyde nitrique)
-
des agents irritants, responsables d’une irritation bronchique, pulmonaire,
oculaire et laryngée (ex. : acroléine, chlore, phosgène, oxydes d’azote).
3-2-1-2 Fraction particulaire :
La fraction particulaire des fumées est constituée par des suies. La présence des suies potentialise toujours fortement la toxicité des gaz. Les suies sont capables d’absorber à leur surface d’importantes quantités de gaz qu’elles peuvent libérer secondairement.
3-2-2 Signes cliniques d’une intoxication :
1- Troubles pulmonaires :
A fortes concentrations, la mort survient rapidement par asphyxie aiguë.
A plus faibles concentrations, des troubles irritatifs oculaires, ORL et pulmonaires sont notés, allant jusqu’à l’œdème pulmonaire.
2- Troubles neurologiques :
A faibles concentrations, il existe une altération des fonctions mentales, motrices et sensorielles capable de perturber le comportement de fuite chez un sujet conscient (incapacitation).
3- Les différentes atteintes , systémiques et pulmonaires, évoluent de façon séquentielle. Toutes les victimes d’inhalation de fumées s’améliorent sur le plan neurologique et respiratoire après avoir été soustraites de l’atmosphère toxique et après a